1crime , & que l’homme ne se trouve aujourd’hui si étranger au langage de la vérité , que
pour avoir osé dans le principe , parler un autre
langage que celui de cette vérité ; comme les
postérités premières nont cesse de l’entendre ,
que lorsqu’elles ont cesse d’avoir pour but l’exçlusive domination du Premier de tous les Etres ,
& qu’elles ont formé le defi'ein de lui substituer
un autre Principe..
J’exposerai ici une vérité qui jettera quelque
jour sur l’origine primitive & sur la dégradation
des Sciences. On prétend que les hommes ont
été d’abord dans la plus profonde ignorance ,
& réduits aux seules ressourçes de l’inftinâ : on
les a peints avec les couleurs que nous donnons
aux Peuples sauvages , n’ayant à combattre que
la Nature , à satisfaire que leurs besoins corporels , & à ne communiquer entr’eux que par leurs
idées sensibles ; & l’on veut faire croire que telles
ont été les bases sur lesquelles se sont élevés fuc-.
cefiivement les différens étages de l’édifice des
çonnoissances humaines.
On s’est: trompé , en plaçant là l’origine acçroifiante des sciences de l’homme. Lorsqu’après
sa dégradation , il fut admis sur la Terre , il y
vint avec plus de lumières que n’en a possedé
peut-être toute sa postérité ; quoique ces lumières
( C 3 ) aient
38 Tableau
2aient été inférieures à celles dont il jouissoit
avant d’y delcendre. Il a été comme la tige de
ces Elus généraux , employés par la bonté divine
à la réparation de son crime ; il a communiqué
à ses Descendans les lumières dont il avoit alors
la jouissance ; & c’est-là le véritable héritage dont
les premiers hommes étoient si avides , & dont les
hommes des siecles i'uivans n’ont plus conservé
que la figure dans leurs hérédités matérielles.
Mais ces postérités primitives ont lailTc altérer cet héritage , comme l’homme lui-même avoit
perdu celui dont il jouissoit pendant sa gloire ;
& l’ignorance allant de front avec l’iniquité , n’a
fait que croître jusqu’à ce que l’une & l’autre
étant à son comble , les fléaux de la justice ont
réduit les hommes aux plus épaisses ténèbres &
à une dijperfion absolue.
C’est à cette derniere époque que l’on devoit se
transporter pour trouver l’homme languissant
dans l’incertitude & la misere , & réduit aux seules
ressources de son inftinét ; c’est à cette époque
que l’on doit chercher l’origine des Langues conventionnelles , parce que toute connoissance vraie
étant perdue pour les hommes , il leur fallut employer les objets sensibles pour lignes de leurs
idées ; enfin telle a été la source de toute
l’industrie à laquelle ils furent obligés d’avoir
ÏQÇQ.urs ? après avoir abandonné les mobiles
infaillibles
Naturel. 39
infaillibles qui pouvoient encore les diriger sur
la Terre.
3Leurs efforts , excités par leurs besoins , les ramenèrent bien-tôt par divers moyens à des découvertes , & à des notions , quoiqu’imparfaites y
de ces mobiles universels qui leur étoient fî nécessaires ; sans qu’aucun Peuple , aucune Tribu,
aucun individu peut-être , n’ait marché dans
cette carrière , ni du même pas , ni par les mêmes
sentiers.
Ce fut alors que les Sciences allèrent en croissant parmi les hommes , & l’on en peut suivre
la chaîne comme non interrompue depuis cette
époque secondaire jusqu’à nos jours ; on doit
même être alluré qu’elles ne seront que se développer de plus en plus , si l’on réfléchit aux moyens sans nombre qui ont été découverts pour les
répandre.
Il en a été de l’espece générale de l’homme ,
comme de ses individus. Rien de plus pur que
les premiers rayons de lumière dont notre Etre
est éclairé , lorsqu’il commence à être fufceptibîe
de les recevoir : bientôt ces rayons précieux
se trouvent arrêtés , souvent même obscurcis
par des passions orageuses , qui font perdre à
l’homme jusqu’au souvenir de ces premières faveurs d’intelligence qu’il avoit goûtées au sortir
de l’enfance : mais bientôt aussi on le voit se
( C 4 ) délivrer
40 Tableau
délivrer de ces entraves pour s’e'Iever vers les re»
gions des sciences & de la raison , & marcher
dans des /entiers immenses de lumière &■ de vérités , qui s’étendant chaque jour devant ses yeux,
vont se perdre dans l 'Infini.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.