1En vain quelques partisans de cette Science
séduisante , prétendent-ils obtenir par elle , une
Science plus noble encore , qui les éleveroit
autant au dessus des adeptes matériels , que
ceux-ci le feroient au dessus du vulgaire. Ces
hommes , très-louables dans leurs desirs , cessent de Pétre , dès que l’on considere par quelle
voie ils cherchent à les remplir. Car une substance quelconque ne peut produire que des fruits
de sa nature : & très - certainement les fruits
après lesquels ils fembient soupirer , sont d’une
nature bien différente des fubffances qu’ils soumettent à leurs manipulations.
Si l’Art hermétique matériel n’atteint pas audelà des objets matériels , cet Art n’est pas dans
une classe plus élevée que l’Agriculture ; il est
donc évident que les emblèmes & les symboles
de la Mythologie lui lont également étrangers,
jpuifqu’ils présentent le langage de l’intelligence ,
& qu’ils donnent une vie & une action â
2V A T U R E X. 2ÎÎ
des facultés qui sont inconnues à la matière.
2Ceux qui ont cru voir tant de rapports entre
des choses aussi differentes , ne les ont confondues qu’en se laiss'anr séduire par l’uniformité
des loix qui leur sont communes. Il faut observer des temps , des degrés , des me ures , des
poids , des quantités , pour la direction des
procédés hermétiques ; il faut de même un
poids y un nombre , une rnefure , pour nous diriger conformément aux loix de notre Nature
intelligente. Il faut une précision , une juste'ffe
extrême dans toutes les opérations hermétiques ;
il faut y avec bien plus de nécefîité encore , suivre un ordre fixe & régulier dans la marche intellectuelle.
Ce sont ces conformités qui ont abusé les Observateurs. Us ont attribué à des opérations abfolumenr matérielles , une foule de principes qui
ne pouvoient convenir qu’à des objets supérieurs
par leur aélion & par toutes les propriétés qui
leur sont inhérentes. Par-là il est certain qu’ils
ont ravalé les anciens symboles , au lieu de nous
les expliquer. '
La méprise des Seclateurs de sa Science hermétique vient donc de ce qu’ils ont sans celle
confondu , & dans leur do&rine & dans leur œuvre , deux Sciences parfaitement diftin&es.
L’amour du Principe suprême n’avoit préO z
2ï2 Tableau
3fente aux hommes les loix de Nature matérielle j, que pour les aider à y reconnoître des traces du modèle vivant qu’ils avoient perdu de
vue. Au contraire , les Philosophes hermétiques
se sont servi de cette similitude entre le modèle
& l’image , pour les confondre & n’en composer
qu’un seul Etre.
Trompés par cette idée précipitée , les Philosophes hermétiques n’ont pas vu que la {impie
Physique matérielle , à laquelle ils ont appliqué
tous leurs efforts , ne méritoit point ces mysteres ,
ni ce langage énigmatique & enveloppé que présentent les anciens emblèmes ; ils n’ont pas vu
que , s’il existoit une Science digne de l’étude &
des hommages de l’homme , c’étoit celle qui mettoit sa grandeur en évidence en l’éclairant sur
son origine, & sur l’étendue de ses facultés naturelles & intellectuelles.
On peut donc dire que si leur objet n’est pas
chimérique dans tous les sens possïbles , la voie
qu’ils suivent est au moins très-étrangere au véritable emploi de l’homme , & tout-à-fait opposée
à celle de la vérité , qu’ils semblent tous honorer.
Premièrement , ils attaquent cette vérité , en
prétendant l’égaler dans leur œuvre , & en cherchant à faire les mêmes choses qu’elle , sans son ordre ; quoiqu’ils se défendent de cette inculpation ,
en disant avec raison qu’ils ne créent point.
Nature î. 213
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.