1D'après ce que nous venons de voir , l’imprudent qui par le suicide se précipite dans une
nouvelle région avant le temps marqué , n’eût-il
commis que ce seul crime , s’expose sans doute à
des pâtimens plus effrayans , que s’il y fût arrive
avec les forces acquises dans la région visible
par sa confiance à cultiver les facultés avec
lesquelles il devoit y combattre. Il est semblable à un prisonnier , qui , pour se remettre
en liberté , démoliroit sa prison par les fondemens } & la feroit s’écrouler sur lui. Ainsi tout
a&e de notre part , qui n’a pas l’aveu de la
nature & de l’ordre , augmente encore les maux
& les foufirances attachées à la condition d©
notre malheureuse postérité.
D’après ces Principes , nous pouvons déjà
teconnoître la sagesse & la bonté de l’Etre di~
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vin , dont tous les décrets portent le cara&ere
de l’amour. 11 ne commande aux hommes que C3
qui peut les rappocher de lui , il ne leur défend
que ce qui les en éloigne : & si toutes les loix de
la Nature & de la raison proscrivent le suicide ,
c’est qu’il trompe l’homme , au lieu de le rendre
plus heureux.
2Je pourrois faire voir que cette sagesse & cette
bonté se manifestent également par la naissance
de l’homme à la vie terrestre ; puisque c’est le
mettre à portée de soulager , par ses combats &
ses efforts , une partie des maux que le premier
crime a occasionnés sur la terre ; puisque c’est lui
confier le secret & l’œuvre de la Divinité même ,
que de l'admettre à pouvoir concourir , dans sa
sphere particulière , à la réparation des désordres
de l’espece humaine. Enfin quelque rigoureux
que foient les maux qui nous attendent ici bas ,
il suffiroit de penser qu il est possible à l’homme
de n’en être point abattu ; que c’est à ses erreurs
& à ses foiblesses qu’il en doit attribuer la plus
grande partie ; que dès-lors il se pourroit qu’ils
fussent nuis & apparens pour lui ; & qu’ainsi c’est
peut-être l’homme qui leur donne toute leur valeur. Mais, pour concevoir de semblables vérités,
il faudroit s’élever à une sublimité très-étrangere à la plupart des hommes , qui ont peine à
fo former des idées vraies & constantes ^ sur les
IV»
Naturel.
résultats meme les plus simples d’une justice
matérielle ,* ainsi je ne m’étendrai point sur cet
objet.
3L’homme , en s'unifiant par une fuite de la
corruption de sa volonté aux choscs mixtes de
la région apparente & relative , s’est assujetti à
l’aciion des difierens principes qui la constituent,
& à celle des difierens agens préposés pour les
soutenir , & pour présider à la défense de leur
loi : & ces choses mixtes ne produisant par leur
assemblage que des phénomènes temporels, lents,
& fuccefiifs , il en résulte que le temps est le
principal instrument des foufirances de l’homme,
& le puissant obstacle qui le tient éloigné de son
Principe ; ,, le temps est: le venin qui le ronge ,
tandis que c’étoit lui qui devoit purifier & dissoudre le temps : le temps enfin, ou la région qui
sert de prison à l’homme , est: semblable à l’eau
dont le pouvoir est: de tout dissoudre , d’altérer
plus ou moins vite la forme de tous les corps ,
& dans laquelle on ne peut plonger l’or , sans
qu’il n’y soit privé du dix - neuvième de son
poids ; phénomène qui félon des calculs intégrés représente au naturel notre véritable dégradation. ”
En effet le temps n’est que l’intervalle entre
deux a&ions: ce n’est: qu’une contr’adlion , qu’une
fufper.fion dans l’afiion des facultés d’un Etre
G 3
'loi T A B I E A tf
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.