1Nous pouvons penser la même chose de
l’homme intellectuel. Par sa primitive existence ,
il a dû félon la loi universelle des Etres , tenir à
son àrbre générateur ■ il étoit ? pour ainsi dire ,
le témoin de tout ce qui existoit dans son atmosphere : & comme cette atmofpnere est autant
au dessus de celle que nous habitons , que l’intellectuel est au deftiis du matériel , de même les faits
auxquels l’homme participoit , étoient incomparablement supérieurs aux faits de l’ordre élémentaire : & la différence des uns aux autres , est
celle qu’il y a entre la réalité des Etres qui ont
une existence vraie & indélébile , & l’apparence
de ceux qui n’ont qu’une vie dépendante & secondaire. Ainsi , l’homme étant lié à la vérité , participoit , quoique passivement y à tous les faits
de la vérité.
Après avoir été détaché de l’ arbre universel >
qui est son arbre générateur , l’homme se trouvant précipité dans une région inférieure pour
y éprouver une végétation intelleéluelle , s’il
parvient à y acquérir des lumières , & à
manifester les vertus & les facultés analogues
â sa vraie nature , il ne fait que réaliser &
représenter par lui-même ce que son Principe
avoit déjà montré à ses yeux : il ne fait que
Naturel.
2recouvrer la vue d’une partie des objets qui
avoient déjà été en sa présence ; que se réunir à
des Etres, avec lesquels il avoit déjà habité j
enfin , que découvrir de nouveau , d’une maniéré
plus intuitive, plusa&ive, des choses qui avoient
déjà existé pour lui , dans lui , & autour de
lui.
Voilà pourquoi l’on peut dire d’avance que
tous les Etres créés & émanés dans la région
temporelle, & l’homme par conséquent , travaillent à la meme œuvre , qui est de recouvrer l*ur
ressemblance avec leur Principe , c’est-à-dire , de
croître sans ceffejufqu’à ce qu’ils viennent au point
de produire leurs fruits , comme il a produit les
siens en eux. Voilà pourquoi aussi, l’homme ayant
la réminiscence de la lumière & de la vérité ,
prouve qu’il est; descendu du séjour de la lumière
& de la vérité.
Rentrons ici dans notre sujet , & annonçons
de nouveau que l’homme est né pour être le chiffre universel , le figue vivant & le tableau réel
d’un Etre infini. Il est: né , dis-je y pour prouver à
tcus les Etres qu’il y a un Dieu néccffaire , lumineux y bon ., juste , saint , puissant, éternel , fort ,
toujours prêt à revivifier ceux qui l’aiment, toujours
terrible pour ceux qui veulent le combattre ou le
méconnoître. Heureux l’homme, s’il n’eût jamais
74 Tableau
annoncé ce Dieu qu’en manifefîanttes puissances
& non pas en les usurpant !
3Et ne soyons point étonnés de voir l’homme
porter une telle empreinte. Les facultés de l’Etre
nécessaire sont infinies comme lui : & dès qu’il
a mis sur nous l’expression de son nombre _, il
faut que nous ayions en nous les traces de son uni—
verfalité.
Quant à la crainte de ravaler ce Principe supréme, en portant jusqu’à lui notre origine, nous
avons dans notre émanation même , de quoi nous
en préserver ; puisque toutes les productions sont
inférieures à leur Principe générateur ; puisque
nous ne sommes que l’expression des Facultés divines & du Nombre divin , & non pas la nature
même de ces facultés , & de ce Nombre qui est le
cara&ere propre & diftin&if de la Divinité.
Ceci doit tranquilliser sur la grandeur exclusive
du Principe suprême &: sur sa gloire. A quelque
point que nous montions , il sera éternellement
& infiniment au dessus de nous , comme au dessus de tous les Etres. ,, C’est mêmeriicnorer que
d’ennoblir ainsi notre propre essence ; parce que
nous ne pouvons nous élever d’un degré , que
nous ne l’élevions en même temps dans un rapport quadruple ; puisque toute action , comme
rout mouvement , toute progression est quaternaire } & que nous ne pouvons nous mouvoir que
N A T U R E Z? f<y
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.