1Si l’homme est émané de la Divinité , c’est donc
une doftrine absurde & impie , que de le dire tiré
du néant & créé comme la matière: ou il faudroit
alors regarder la Divinité elle-même comme un
néant,- elle qui est la source vivante & incréée de
toutes les réalités & de toutes les existences. Far
une conséquence aussî naturelle , l’homme tiré du
néant devroit nécessairement rentrer dans le néant.
Mais le néant est un mot vuide &: nul dont
aucun homme n’a l’idée ; & il n’en est point qui
puisse sans répugnance s’appliquer à la concevoir.
Eloignons donc de nous les idées criminelles
& insensées de ce néant , auquel des hommes
aveugles enseignent que nous devons notre origine. N’aviliflons pas notre Etre : il est fait pour
une destination sublime , mais elle ne peut l’être
plus que son Principe; puisque , félon les simples
loix physiques , les Etres ne peuvent s’élever
qu’au degré d’où ils sont dcfcendus. Et cependant ces loix cesseroient d’être vraies &: universelles , si le Principe de l’homme étoit le néant.
Mais tout nous annonce assez nos rapports avec
le centre même , producteur de l’universalité immatérielle , & de l’universalité corporelle puis-
- E 3
ÿo Tableau
que tons nos efforts tendent continuellement à
nous les approprier Tune & l’autre , & à en attacher toutes les vertus autour de nous.
2Observons encore que cette doctrine , sur
î’emanation de l’Etre intellectuel de l’homme ,
s’accorde avec celle qui nous enseigne que toutes
K os découvertes ne sont en quelque forte que des
rémmifcences. On peut dire même que ces deux
doctrines se soutiennent mutuellement : car , si
3'ious fournies émanés d’une source universelle de
vérité , aucune vérité ne doit nous paroitre nouvelle ; & réciproquement , si aucune vérité ne
3’ous paroît nouvelle , mais que nous n’y appercevions que le souvenir ou la représentation de ce
qui éroit caché en nous , nous devons avoir pris
araiffance dans la source universelle de la vérité.
Nous voyons , dans les loix Em pies & phy tiques des corps , une image sensible de ce principe ,
que l’homme n’est: qu’un Etre de rêminiscence.
Lorsque les germes matériels produisent
leur fruit , ils ne sont que manifester vifi—
blement les facultés ou propriétés qu’ils ont reçues par les loix constitutives de leur essence*
Lorsque ces germes , lorsque le g'and , par
exemple , étant parvenu à fen existence individuelle , étoit suspendu à la branche du chêne qui
J'avoit produit ? il étoit pour ainsi dire , partielNaturel. 7*
pant à tout ce qui s’opéroit dans rathmofphere ;
puisqu’il recevoit les influences de l’air ; puisqu’il
existoit au milieu de tous les Etres vivans corporellement ; qu’il étoit en afpeêt du soleil , des
affres , des animaux , des plantes , des hommes ;
en un mot , de tout cg qui agit dans la sphere
temporelle.
3Il est vrai qu'il n’étoit présent que pafüvement
à toutes ces choses , parce qu’il n’avoit qu’une
existence inactive liée à celle du chêne \ &c que
n’ayant point encore une vie distincte de celle de
son principe , il vivoit de la vie de ce principe ,
mais sans pouvoir rien opérer.
Lorsque ce gland , parvenu à la ^maturité
t-ombe sur la terre , ou est placé dans son sein
parla main de l’homme , & qu’ayant produit un
arbre 5 il vient à manifester ses propres fruits , il
ne fait que répéter ce qui avoit déjà été opéré
par l’arbre même dont il est: provenu ; il ne fait
que remonter par ses propres facultés , au point
d’où il étoit descendu ; que renaître dans la
région qu’il avoit occupée précédemment ; en
un mot , que se produire , parmi les mêmes
choses , parmi les mêmes Etres, parmi les mêmes
phénomènes , dont il avoit déjà été environné.
Mais il y a alors une différence frappante.: c.’est
que dans ce fécond état , il existe d’une maniéré
active ^ étant agent lui-même ; au lieu que dans
E q*
yi Tableau
le premier , il n'étoit que passif , & sans a&ion
diftinéte de celle de son principe.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.