1Non seulement ces facultés sont supérièures
à leurs productions ; mais je ne puis me dispenser de reconnoître qu’elles sont supérieures &
étrangères à mon propre côrps , parce qu’elles
opèrent dans le calme de tous mes sens , parce
que mes sens peuvent bien en être les organes
& les ministres , mais non le principe radical &
générateur ,• parce que mes sens n’agissent que
par impulsion , an lieù que mon être intellectuel
agit par délibération ; parce que mes facuLés inA 1
4 Tableau
tellectuelles ont un pouvoir réel sur mes sens , en
ce qu’elles en étendent les forces & l’usage par
les différens exercices que ma volonté peut leur
imposer,* au lieu que mes sens n’ont qu’un pouvoir passif sur ces facultés , celui de les absorber :
parce qu’enfin , en Géométrie , la précision la plus
scrupuleuse & la plus satisfaisante pour les sens ,
laide toujours quelque chose à desirer à la pensée, comme dans cette multitude de figures dont
nous connoissons les rapports & les relations corporelles ,• mais dont les nombres & les rapports
vrais sont absolument hors du sensible.
2Cette marche des œuvres de l’homme doit
nous éclairer sur des objets d’un ordre supérieur ;
car si nos faits les plus matériels & les plus éloignés de la Vie , tiennent ainfileur être , de puissances fiables & permanentes qui en sont les
agens nécessaires , pourrions-nous refuser d’admettre que des résultats matériels plus parfaits y
tels que l’existence de la Nature physique générale & particulière , sont également le produit
de Fuifiances supérieures à ces résultats ? Plus
une œuvre renferme de perse&ions , plus elle en
indique dans son Principe générateur. Pourquoi
nous défierions-nous donc de cette idée à la fois
simple & vaste , qui nous offre une seule &
même loi pour la produ&ion des choses, quoiNaturel. f
qu’elles foient toutes distinguées par leur action &
par leur caractere fondamental ?
La lupériorité des productions de la Nature ne
les dispense donc pas d'être le résultat de Puissances ou facultés analogues , en efïence & en
vettu , à celles qui se manifestent nécessairement
dans l’homme , pour la production de toutes ses
œuvres. Car y quoique ces œuvres ne foient formées que par des transpositions ou modifications ,
on ne peut se dispenser de les regarder comme
des especes de créations , puisque par ces divers
arrangemens & combinaisons de substances matérielles , nous réalisons des objets qui n’existoient
auparavant que dans leurs principes.
3Si l’édifice universel de la Nature ne peut être
que l’œuvre visible de facultés antérieures à sa
production , nous avons la même certitude de
l’existence de ces facultés , que de la réalité de
celles qui se manifestent en nous ; & nous pouvons affirmer que les faits de la Nature étant
matériels comme les nôtres , quoique d’un ordre
supérieur , les organes physiques de la Nature
universelle ne doivent pas plus connoître les
facultés qui les ont créés & qui les dirigent ,
que ni nos œuvres , ni notre corps ne connoissent celles que nous savons évidemment exister
en nous.
De même l’œuvre universelle de ces facultés
A 3.
•6 Tableau
invifibîes , leur résultat , la Nature enfin pourroîîr
n’avoir jamais existé , elle pourroit perdre l’existence qu’elle a reçue , sans que les facultés qui
l’ont produite , perdilfent rien de leur puissance
ni de leur indeftruûibilité , puisqu’elles existent
indépendamment de leurs productions matérielles,
comme mes facultés invisibles existent indépendamment des œuvres que je produis.
,, Arrêtons-nous un moment , & lisons dansl’Univers même , la preuve évidente de l’existence de
ces Puissances Phy fiques, Supérieures à la Nature.”
Quel que soit le centre des révolutions des
Astres errans , leur loi leur donne à tous une
tendance à ce centre commun , par lequel ils
sont également attirés.”
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.