1Quoique les secours que la SagdTe suprême
accorde à l’homme foient une fuite nécessaire de
l’amour qui la constitue , il doit encore lui demander la force même d’en faire usage , il doit
employer toutes les Puissances de son Etre , pour
que ces secours ne lui foient pas donnés en vain.
Car cette Sagesse exigeant toujours de l’homme
un travail , met par-là une condition à ses grâces,
c’est à la volonté de l’homme ensuite à en déterminer l’efficacité ; enfin , semblables à ces traits
de lumière colorée, qui se prolongent quand ils
trouvent des milieux trop divisées & trop foibles
pour pouvoir s’y appuyer & se réfléchir , les
rayons suprêmes frappent inutilement sur l’homme
& le laissent loin derrière eux , quand il n’a en lui
aucune base pour les fixer.
Si les hommes pouvoient agir, suivant leur véritable loi , sans le secours de Dieu , ou si Dieu
devoit agir en eux sans leur concours , les Théologiens & les Philosophes seroient fondés à faire
tant de questions sur le libre arbitre , & sur les
effets de la grâce divine , qui n’est autre chose que
l’amour. Mais comme le bon usage du libre arbitre attire cette grâce ou cet amour, & comme
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réciproquement cet amour dirige le libre arbitre & le purifie , il est visîble qu’on ne doit jamais les séparer ; il est: clair que l’amour & la liberté se fécondent continuellement l’un & l’autre , & que ces deux a&ions , quoique diftinâes,
sont toujours liées par des rapports intimes &
refpe&ifs.
2Cependant il ne faut pas croire que la volonté
humaine puisse rendre nuis , les décrets des manifestations de la Puissance suprême , qui devroient
se faire par l’organe de l’homme • parce que si
l’homme ne remplit pas le but de son émanation , c’est: cette Puissance qui se montre ellemême. Ainsi ceux qui doivent en être l’objet, ne
peuvent jamais manquer de l’avoir présente devant eux , soit pour leur avantage , foitpour leur
molestation* Suivons notre sujet.
Il ne suffisoit pas que les Puissances divines
en se subdivisant , apportaient jusqu’auprès de
l’homme les Vertus qui les constituent y il falloic
encore que chacune d’elles le fit d’une maniéré
proportionnée à la région ténébreuse qu’il habite ; il fallcit qu’elles employaient , pour ainsi
dire , les moyens même qu’il avoit pris pour y
descendre ; qu’elles paiaient par les mêmes
voies ; qu’elles se couvriient des mêmes couleurs que lui , & qu’elles fuiviient les loix de laJV A T U R I t. 17 \
même apparence qui l’environne , & cela par les
rapports que je ferai appercevoir dans la fuite
entre le corps de l’homme , l’origine des langues
& les cara&eres de l’écriture.
3Sans cela , sa vue affoiblie n’auroit pu supporter l’éclat de ces Puijfances ; ou , n’appercevant
en elles aucune analogie avec lui-même , elles lui
auroient parues étrangères , ou trop au dessus de
lui , il en auroit pris de l’ombrage , & détournant
les yeux , il auroit perdu les seuls & uniques
moyens qu’il pût attendre pour se rappeller son
premier état.
C’est ainsi que le feu des astres nous éblouiroit ou nous consumeroit , s’il pouvoit parcourir
l’espace qui les sépare de nous , sans traverser les
fluides de l’atmosphere } qui par leur nature humide & dense , modèrent à la fois & son activité
& sa splendeur.
C’est: ainsi que ces fluides eux-mêmes , trop subtils & trop raréfiés pour notre région y seroient
inutiles & même nuisibles à la terre , s’ils pouvoient descendre sur sa surface , sans se condenser
1 ■ . ' . •
encore en rosée , en pluie , en neige , & sans se
rassembler en globules sensibles & analogues aux
substances qu’ils viennent fertiliser.
Enfin , c’est ainsi que la pensée de l’homme
seroit nulle pour ses semblables , s’il n’employoit
d’abord des formes ou des caracteres sensibles
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pour la communiquer. Or ces moyens nécertaireg
à l’homme dans fou état a&uel , ne sont qu’une
image de ce qui se parte en réalité pour lui , dans
un ordre plus vaste & plus élevé , puisque tout
doit être sensible ici-bas ; vérité qui sera plus développée dans la fuite.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.