1L’homme n’a point fu conserver cette sublime
jouissance qui fut jadis son apanage , il a voulu
transposer l’ordre de ces quatre points fondamentaux de toute lumière , & de toute vérité ;
or les transposer , c’est: les confondre ; & les
confondre , c’est les perdre , & s’en priver.
C’est pour cela que l’homme est aujourd’hu1
ravalé dans les classes inférieures , où non seulement il ne connoît plus cette lumière intellectuelle qui malgré tous nos crimes conserve éternellement sa splendeur ? mais encore où il a
peine à l’appercevoir quelquefois , & où il devient souvent pour elle ce que sont les minéraux
par rapport à la lumière élémentaire.
C’est cependant au mileu de cette privation
que
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que les hommes imprudens se laissent aller à
concevoir des idées si hazardées sur leur nature ,
à bâtir des systêmes aveugles sur les liens qut
nous retiennent en esclavage ; à nous perfuaden
même que par le suicide nous pouvons parvenir;
à les briser.
Si Dieu seul connoît les chaînes qui lient notre
Etre inrelle&uel avec la région temporelle , lut
seul sans doute a la puissance d’en opérer la rupture : mais ne craignons point de dire qu’il n’en,
a pas la volonté ; attendu qu’il agiroit alors contre sa justice.
2L’homme , au contraire y peut bien avoir 1 X
volonté de se délivrer de ces entraves étrangères
à sa propre nature mais il n’en a pas la puis— ;
fance ; car les malheureux qui se donnent la
mort , croient en vain échapper aux maux & aux
pâtimens : ils ne peuvent détruire ni éviter une
loi qui condamne l’homme injuste à souffrir.
Et en effet , les hommes impurs peuvent être'
séparés de leur corps , sans être pour cela séparés
de leur ame sensible ,• puisque , selon les principes précédera , si leur corps , quoique réel pouC
les autres corps , n’est qu’apparent pour leur Etre
intellectuel , ils doivent être , après qu’ils se sont
délivrés de ce corps , ce qu’ils étoient pendanî
qu’ils y étoient renfermés,
G
Tableau
Si c’étoit donc la foibîesse à supporter le^
Couleurs ; si c’étoit le poisson des vices & les
vapeurs du crime , qui leur rendroient la vie
corporelle insupportable , la mort du corps n’a
rien changé à leur situation intelleêtuelîe ; ils
sont encore rongés par les mêmes poissons j ils
ont encore les mêmes vapeurs à relpirer , les
mêmes langueurs à subir; en un mot, ils sont
comme ces fruits peu mûrs & déjà gâtés , dont
la qualité mal saine ne change pas , quoiqu’on,
leur ôte leur enveloppe , & qui recevant par-là
plus immédiatement l’action d elV/'r, ne sont que
se corrompre davantage.”
3En outre , l’homme pouvant se fouiller de
plusieurs crimes pendant sa vie , & s’identifier
avec une multitude d’objets contraires à son
être , il doit , après la mort , éprouver fuccefïïvement toutes les impressions relatives à ces objets ] il doit se nourrir encore des affections «Scdes
goûts qui lui ont paru les plus innocens pendant
sa vie , mais qui n’ayant point à lui offrir un but
solide & vrai , biffent son Etre dans l’inaction
& le néant.
Ce sont toutes ces sub fiance s étrangères qui sont
alors le tourment du Suicide , comme de tout
autre coupable privé de la vie : ,, & peut-être
trouverions-nous ici quelque explication du fyfitême de la Métempsycose , dans lequel les
Nature jÜ 99
Ibommes , après leur mort , sont encore liés \
différens objets élémentaires , & même sont transformés en plantes & en vils animaux ; expressions
qui ne sont que la peinture des goûts, des vices >
des objets dont l’homme a fait ses idoles sur la
Terre ” : car qui sont ceux dont l’Ecre , apiès
la mort , sera assailli par les tourmens & les
îllusions de leur ame sensible ? Enfin , qui seront
ceux dont l’Etre vivra sensiblement , quoique séparé de leur corps ? ce seront ceux qui ici-bas
auront vécu séparés de leur Etre ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.