1Si ces dernieres idées forment uneclafle abfoïument différente de celles que nous avons des
choses matérielles : ft aucun des objets sensibles
ne peut les produire ; puisque les animaux les
plus parfaits n’en annoncent point de semblables 9.
quoiqu’ils vivent tous , ainsi que l’homme , au
milieu de ces objets ; ft , en même temps , aucune idée dans l’homme ne se réveille que par
des moyens qui sont hors de lui , il résulte que
l’homme est dans la dépendance , pour ses idées
intesse&uelles , comme pour ses idées sensibles ; &
que , dans l’un & l’autre ordre , quoiqu’il ait en
lui le germe de toutes ces idées 9 il est forcé d’attendre que des réaffions extérieures viennent les
animer & les faire naître. Il n’en est ni le maître 9
Naturel. 13
ni l’auteur , & avec le dessein de s’occuper d’un
objet quelconque , il ne peut , malgré ses efforts,
s'affiner de remplir son but , & de n’en être pas
détourné par mille idées étrangères.
Nous sommes tous exposés à recevoir involontairement de ces idées déréglées , pénibles & importunes , qui nous poursuivent , comme malgré
nous , par des inquiétudes , par des doutes de
toute espece , & qui viennent se mêler à nos
jouissances intellectuelles les plus satisfaisantes.
2De tous ces faits , il résulte que si les
œuvres matérielles de l’homme ont démontré
en lui des facultés invisibles & immatérielles ,
antérieures & nécessaires à la production de ces
œuvres ; & que , par la même raison , l’œuvre
matérielle universelle , ou la Nature sensible ,
nous ait démontré des facultés créatrices , invisibles & immatérielles , extérieures à cette Nature , & par lesquelles elle a été engendrée ; de
même , les facultés intellectuelles de l’homme
sont une preuve incontestable qu’il en existe encore d’un ordre bien supérieur aux siennes, & à
celles qui créent tous les faits matériels de la Nature : c’est-à-dire , qu indépendamment des facultés créatrices universelles de la nature sensible ,
il existe encore hors de l’homme , des facultés intellectuelles & pensantes ? analogues à son être,
& qui produisent en lui les pensées • car les mo4 Tableau
biles de sa pensée n’étant pas à lui , il ne peut
trouver ces mobiles que dans une source intelligente , qui ait des rapports avec son être ; sans
cela y ces mobiles n’ayant aucune action sur lui ,
le germe de sa pensée demeureroit sans réa&ion ,
& par conséquent sans effet.
3Cependant , quoique l’homme soit passif, dans
ses idées intellectuelles comme dans ses idées sensibles, il lui reste toujours le privilège d’examiner
les pensées qui lui sont présentées ; de les juger ,
de les adopter , de les rejetter d’agir ensuite conformément à son choix ; & d’espérer ^ au moyen
d’une marche attentive & suivie , d’atteindre un
jour à la jouissance invariable de la pensée pure ,
toutes choses qui dérivent naturellement de
ï’usage de la liberté.
Mais il faut bien distinguer la liberté ainsî
dirigée, d’avec la volonté esclave des penchans,
forces, ou influences qui déterminent ordinairement les a61es de l’homme. La liberté est un
attribut qui lui est propre, & qui appartient à
son être , tandis qne les causes de ses déterminations lni sont étrangères.
Nous la considérerons donc ici fous deux faces ;
comme principe & comme effet. Comme principe,
la liberté est la vraie source de nos déterminations ;
c’est cette faculté qui est en nous de suivre la loi
qui nous est imposée y ou d’agir en oppositiôn à
Naturel. ij
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