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1Q2 Rêfusez-lui tous vos moyens : il sera obligé de porter son activité contre lui - même , & de former, dans son propre royaume, une guerre intestine ; & vous pourrez alors remplir en paix le temps choisi, & conduire vos pensées à un heureux terme. I 1 66. Vous convenez donc, favahs littérateurs, que le sublime est indéfinissable ? Vous convenez , qu’il nous transporte hors de nous, comme malgré nous ; & sans nous dire ce qu’il est, vous vous bornez, comme Longin, à traiter des sentiers qui y conduisent ! Vous nous peignez différens genres de sublime, vous nous citez les endroits sublimes de nos poètes. Vous nous citez la réponse de cette mère, à qui on parloit ' du sacrifice d’Isaac : Dieu n aurait pas demandé ce sacrifice-là à une mère ; sans faire attention , qu’Isaac, étant le fils de la foi, ne pouvoit se comparer à un fils des sens & de la matière. Vous nous citez l’élévation de ces guerriers, qui , à la vue du mausolée d’un grand général, tirent leur sabre & l’aiguisent sur le marbre de sa tombe. Tous ces tableaux nous animent, nous échauffent, & ne nous instruisent pas. Nous le sentons , le sublime, nous sentons , combien peu il est dans notre dépendance. Pourquoi donc est-il impossible de le définir? En voici la raison : Le sublime , c’est Dieu , & .tout ce qui 'nous met en
2244 L’HOMME rapport avec lui. Le sublime, c’est Dieu, parce que Dieu est le plus grand & le plus élevé des êtres. Tout ce qui tient à sa sagesse vivante & sacrée, a sur nous un empire irréfftible. Toutes les vertus, tous les sentimens estimables , toutes les lumières de l’esprit, sont autant de rayons de cet éternel & impérissable soleil. Lorsque quelqu’un d’eux vient à nous réchauffer dans un ouvrage , ou dans un fait quelconque, nous jouissons de la douce fimpathie que ce rayon rétablit entre nous & notre élément naturel. Voilà la source du sublime , voilà pourquoi les hommes ne peuvent le définir, puisqu'il est le Luit d’un arbre plus grand qu’eux. Voilà aussi pourquoi tous ceux qui ne croient pas à ces grands rapports , produisent si peu de sublime! Ce sont des branches, qui d’elles-mêmes se détachent de ce grand arbre ; elles ne participent plus à la sève génératrice que lui seul renferme & peut communiquer. D’où vient que vous regardez, comme tenant le pré- mier rang dans l’ordre du sublime, le mot de Moïse sur la lumière ? C’est que, lorsqu’il l’a prononcé, il se tenoit attaché à ce grand arbre, dont vous voulez vous tenir séparé. Un autre être nous offre tous les genres de sublime: Le sublime de l’intelligence & du discernement ; Le sublime de la douceur & de l’amour ; Le sublime de l’héroïsme & du courage ; Le sublime de l’éloquence & de la logique ; Le sublime de la saintete & de la prière;
3Q3 Le sublime de la force & de la puissance; Le sublime de la charité & du dévouement. Oeil de l’homme, je te supplie, ne rejette plus cette source vivifiante de tout ce qui est sublime , & cherche à te réchauffer à l'aspect de ses dons & de ses vertus. 1 67. Tu as beau avoir en toi, leterreftre, le {pirituel & le divin ; on diroit, qu’un venin, répandu sur la face de toute ton espèce , te fascine les yeux , & te cache la beauté & la vérité des merveilles qui t’environnent. Pourquoi ne vois - je que la mort, tandis que la vie est par-tout ! Pourquoi suis-je réduit à errer parmi les sépulcres , tandis que l’univers entier sert de portique à la sainte Jérusalem ! Ornemens sacrés de cette ville superbe, ne vous dérobez plus aux yeux des mortels. Que les pierres précieuses sortent de la mine, que les métaux s’épurent, & que l'astre du jour revienne embellir l’univers ! En quel temps les hommes se sont-ils plus occupés des sciences de l'esprit , malgré le règne ténébreux des faux savans ? En quel temps des âmes de desir se sont-elles plus disposées à marcher vers le temple ? & cependant le temple ne paroit point encore. Seigneur, Seigneur, toi seul connois les temps & les époques ; & tu ne règles point tes œuvres sur la foible sagesse de l’homme. Le juif même pourroit - il résister à la vérité , au nombre & à l’intelligence, si on les lui présentoit ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Q2 Refuse it all your means: it will be obliged to turn its activity against itself, and to wage, within its own kingdom, an intestine war; and you will then be able to fill peacefully the chosen time, and lead your thoughts to a happy end. I 1 66. So you agree, then, learned men of letters, that the sublime is undefinable? You agree that it transports us out of ourselves, as though despite ourselves; and, without telling us what it is, you confine yourselves, like Longinus, to treating of the paths that lead to it! You depict for us different kinds of sublime, you cite for us the sublime passages of our poets. You cite for us the answer of that mother, to whom one spoke of the sacrifice of Isaac: God would not have asked such a sacrifice of a mother; without considering that Isaac, being the son of faith, could not be compared to a son of the senses and of matter. You cite for us the elevation of those warriors, who, at the sight of the mausoleum of a great general, draw their sword and sharpen it upon the marble of his tomb. All these pictures animate us, warm us, and do not instruct us. We feel it, the sublime, we feel how little it is within our dependence. Why, then, is it impossible to define it? Here is the reason: The sublime is God, and everything that puts us in
2244 MAN relation with him. The sublime is God, because God is the greatest and the most elevated of beings. Everything that pertains to his living and sacred wisdom exercises an irresistible empire over us. All the virtues, all the estimable sentiments, all the lights of the spirit, are so many rays of that eternal and imperishable sun. When one of them comes to warm us within a work, or within any given fact, we enjoy the sweet sympathy that this ray reestablishes between us and our natural element. Such is the source of the sublime, this is why men cannot define it, since it is the fruit of a tree greater than themselves. This is also why all those who do not believe in these great relations produce so little of the sublime! They are branches, which of themselves detach from that great tree; they no longer share in the generative sap that it alone contains and can communicate. How is it that you regard, as holding the first rank in the order of the sublime, the word of Moses concerning the light? It is because, when he pronounced it, he remained attached to that great tree, from which you wish to keep yourselves separate. Another being offers us every kind of sublime: The sublime of intelligence and of discernment; The sublime of gentleness and of love; The sublime of heroism and of courage; The sublime of eloquence and of logic; The sublime of holiness and of prayer;
3Q3 The sublime of strength and of power; The sublime of charity and of devotion. Eye of man, I beseech thee, reject no longer that life-giving source of everything that is sublime, and seek to warm thyself at the sight of its gifts and of its virtues. 1 67. Thou hast, in vain, within thee the earthly, the spiritual, and the divine; one would say that a venom, spread over the face of thy whole species, fascinates thine eyes, and hides from thee the beauty and the truth of the marvels that surround thee. Why do I see only death, while life is everywhere! Why am I reduced to wandering among the tombs, while the whole universe serves as a portico to holy Jerusalem! Sacred ornaments of that superb city, hide yourselves no longer from the eyes of mortals. Let the precious stones come forth from the mine, let the metals be purified, and let the star of day return to embellish the universe! At what time have men occupied themselves more with the sciences of the spirit, despite the shadowy reign of false savants? At what time have souls of desire been more disposed to walk toward the temple? and yet the temple does not yet appear. Lord, Lord, thou alone knowest the times and the seasons; and thou dost not regulate thy works upon the feeble wisdom of man. Could even the Jew resist the truth, number, and understanding, were they presented to him?
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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