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1L‘ H O’MME Vous ôtez à un homme sédentaire l’esprit d’un philosophe contemplatif, & vous lui donnez, l’esprit & la science du monde, & l’activité d’un courtisan. Le Seigneur ne peut-il, comme vous, transposer à ion gré les esprits par lesquels il veut vous gouverner? Z 10. L’esprit de l’homme se demande souvent, à quoi pouvoient servir les animaux dans le plan de la création ? Ne voyons - nous pas en eux quelques lignes épars des vertus qui nous sont recommandées? de la prudence, du courage, de la fidélité, de l’attachement, de l'adresse & de l’industrie, pour combattre les maux qui les affligent? Mais vous avez vu que la terre fut maudite ! Portez donc votre pensée jusqu'à ce plan primitif, qui étoit destiné à toute la nature , & vous verrez qu’alors les animaux pouvoient présenter de plus grands modèles de s perfection qu’au] our d’hui : ne cherchez rien de plus. • Ne savez - vous pas que , depuis le désordre , la Sagesse a présenté à l’homme des modèles plus utiles & plus puissans que ne pourroient être les animaux. Fixez ces modèles divins & vivans ; instruisez-vous par leur exemple ; nourrissez - vous de leurs forces : & vous n’aurez rien à regretter dans les plans qui sont à moitié effacés. Est-ce que l’œuvre de Dieu peut manquer de s’ac-
2complir ? Est - ce que sa puissance . & sa sagesse ne doivent pas l’emporter à jamais sur tous les désordres ? Il faut louer vos intentions , écrivains ingénieux & sensibles , qui nous peignez, avec tant de charmes, les lois & les harmonies de la nature ; mais cette nature désavoue elle-même la plus grande partie de vos délicieux tableaux. Elle voudroit rassembler encore toutes les perfections dont vos riches pensées la parent & l'embellissent : Mais elle n’ignore pas les taches que le crime a faites à sa beauté ; Et malgré le doux empire de vos séduisans pinceaux, elle se repose sur une main plus puissante , qui un jour voudra bien réparer ses désastres. Vous demandez , comment l’esprit peut agir sur l’esprit : prenez l’inverse de la matière ; elle se combine, mais elle ne se pénètre point. Les esprits se pénètrent: ils forment une vie, qui est une ; ils forment une communion intime. Mon père, qu'ils soient uns avec moi, comme je suis un avec vous , & quils soient consommés dans l’unité ! Détournez donc vos yeux de cette matière qui vous ' abuse. Comme elle existe par les divisions & dans les divisions , elle accoutume aussi votre vue à se diviser ; puis vous portez cette vue divisée & double sur l’unité : comment pouvez - vous donc la saisir ? Si la vérité venoit sur la terre, le poète la mettroit
3902 L‘ H O M M E en vers, le musicien la chanteroit 3 le peintre voudroit faire son portrait. Heureuse encore, si les hommes ne l’employoient que pour le fer vice de leurs illusions ! Dans les sciences numériques , nont - ils pas confondu les lois les plus incompatibles ! La loi de l’addition est la seule qui gouverne ce monde ; la loi de la multiplication appartient à un monde plus vivant. Mais dans leurs calculs, ils n’ont pas craint de les assimiler l’une à l’autre ; ils ont voulu égaler ce qui est mort à ce qui est vivant, & ce qui est vivant à ce qui est mort. Ils sont ici - bas sous la racine de l’arbre , ils ne peuvent s’élever jusqu'aux branches ; & ils veulent nous en donner les dimensions 1 .... Lorsque vous vous êtes négligé, & que vous êtes descendu dans les figures & dans les ombres, vous ne connoiffez plus les choses que sous des ombres & sous des figures. Eloignez - vous des miroirs ternes, & les objets vifs & réguliers se rapprocheront de vous. Ne dites plus, docteurs imprudens , que tout est faux , quand il y a un reflet, & que l’homme n’est pas digne d’en recevoir ici - bas. Vous parlez de votre poste ; vous parlez de l’homme qui s’est enseveli dans les ombres , & à qui on ne peut
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1MAN You take from a sedentary man the spirit of a contemplative philosopher, and you give him the spirit and the knowledge of the world, and the activity of a courtier. Can not the Lord, like you, transpose at his pleasure the spirits by which he wishes to govern you? Z 10. The spirit of man often asks itself, of what use could the animals have been within the plan of creation? Do we not see within them a few scattered traces of the virtues recommended to us? of prudence, of courage, of fidelity, of attachment, of skill and of industry, to combat the ills that afflict them? But you have seen that the earth was cursed! Carry your thought, then, back to that primitive plan, which was intended for all of nature, and you will see that the animals could then present greater models of perfection than they do today: seek nothing further. Do you not know that, since the disorder, Wisdom has presented to man models more useful and more powerful than the animals could be. Fix your gaze upon those divine and living models; instruct yourselves by their example; nourish yourselves with their strength: and you will have nothing to regret within the plans that are half effaced. Can the work of God fail to be
2complished? Must not his power and his wisdom always prevail over every disorder? We must praise your intentions, ingenious and sensitive writers, who depict for us, with such charm, the laws and the harmonies of nature; but nature herself disavows the greater part of your delightful pictures. She would still wish to gather together all the perfections with which your rich thoughts adorn and embellish her: But she does not ignore the stains that crime has made upon her beauty; And despite the sweet empire of your seductive brushes, she rests upon a more powerful hand, which one day will be willing to repair her disasters. You ask, how the spirit can act upon the spirit: take the inverse of matter; it combines, but it does not penetrate. Spirits penetrate one another: they form a life, which is one; they form an intimate communion. My father, may they be one with me, as I am one with thee, and may they be made perfect in unity! Turn away, then, your eyes from that matter which deceives you. As it exists through divisions and within divisions, it accustoms your sight also to divide itself; then you carry that divided and double sight upon unity: how, then, can you grasp it? If truth came upon the earth, the poet would put
3902 MAN in verse, the musician would sing it, 3 the painter would wish to make its portrait. Happy still, if men employed it only for the service of their illusions! Within the numerical sciences, have they not confounded the most incompatible laws! The law of addition is the only one that governs this world; the law of multiplication belongs to a more living world. But in their calculations, they have not feared to assimilate the one to the other; they have wished to equate what is dead to what is living, and what is living to what is dead. They are here below beneath the root of the tree, they cannot rise even to the branches; and they wish to give us its dimensions 1.... When you have neglected yourself, and have descended into figures and into shadows, you no longer know things except beneath shadows and beneath figures. Withdraw yourselves from dull mirrors, and vivid and regular objects will draw nearer to you. Say no longer, imprudent doctors, that everything is false, when there is a reflection, and that man is not worthy to receive it here below. You speak of your own station; you speak of the man who has buried himself within the shadows, and to whom one cannot
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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