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1DE D E S I R. 201 Comment le trafic se peut-il établir entre des substances qui ont si peu de rapports ? Si vous cherchez de la matière , que ce soit avec des travaux matériels. L’esprit doit nous servir pour acquérir de l’esprit & des vertus. L’écriture sainte a été donnée pour enrichir le cœur & l’intelligence de l’homme. Ce trésor divin est comme un parterre fleuri, où l’homme vrai peut se promener à toute heure; il le trouvera toujours rempli de nouvelles fleurs , quand même il les cueillerait toutes à chaque fois. Ouvrez les prophètes ; quel feu, quelles transitions, quelle foule d’idées & de sentimens qui se pressent les uns & les autres ! C’est du désespoir , c'est de la charité pour le peuple choisi, c’est de l’amour & des cantiques , c’est l’ennui que le sein de leur mère ne leur ait pas servi de sépulcre ! Poètes humains , vous seriez plus méthodiques, parce que c’est vous qui vous commandez votre enthousiasme. T U te crois seul & isolé, parce qu’il n’y a pas d’autre Dieu que lui. Comment feroit-il seul ! Sa pensée ne connoit point d’intervalle , & toutes ses pensées sont des créations. Est-il , comme l’homme, infirme & borné ? S’agite-t-il comme lui , dans le cercle étroit de ses pensées ? & les voit - il, comme l’homme, refluer continuellement sur elles-mêmes & s'embarrasser dans leur confusion & dans leur impuissance ? Il pense ; & à chaque pensée les êtres Portent en foule
2202 L‘ H 0 M M E de son sein, comme les rayons innombrables de la lumière sortent continuellement de cet astre brillant, qui lui a été donné pour sanctuaire. Ces légions d’êtres se succèdent comme les vagues de la mer, ou comme les nuages nombreux , pousses dans les airs par l'impétuosité des vents. Ils ont tous des fonctions diverses ; & ils s'empressent avec ardeur de les remplir. Ils réfléchissent la clarté éblouissante de leur éternelle source , & forment, comme des temples, placés d’espace en espace dans l'immensite , pour que l'immensité soit remplie des louanges & de la gloire de l’Éternel. Ils tempèrent cette clarté pour les yeux qui ne pouroient la soutenir. Ils répandent les vertus célestes & divines, comme autant de pluies & de rosées bienfaisantes. Ils versent les grêles & les orages, pour épouvanter les coupables ; & nulle force ne prévaut contre les serviteurs de l'Eternel. Irons - nous percer cette loi vive de la création des esprits ? Irons-nous percer la pensée de l’Éternel ? C’est elle-même qui nous a fait être ; c’est elle qui nous a lancés hors de son sein. Les eaux du torrent vont-elles remonter vers leur source pour lui demander le secret de leur existence ? Les nues vont-elles rétrograder vers les vents qui les chassent, pour pénétrer le principe de leur mouvement? La lumière va-t-elle refluer vers le soleil , pour se démontrer à elle-même son origine? Soyons fidelles & dociles à la voix qui nous a appelés à la vie de la pensée, & qui nous dirige. Volons devant
3DE D E S I R. 203 elle à notre destination , & ne cherchons point à interroger celui qui a voulu que notre essence & nos facultés ne fujjent qu après lui. Les hommes de vérité, sont-ils pour autre chose ici-bas, que pour y être perpétuellement en sacrifice ? Ils y sont toujours dans des situations fausses , qui les usent & qui les détruisent avant le temps. Amour suprême, c’estun des traits de ta sagesse. Tu as abrégé le temps, en faveur de tes élus. Immole-toi, sans regret, homme de vérité ; la carrière est douce à celui qui a seulement commencé d’y poser le pied. Vérité sainte , celui qui t’aime voit dans l’avenir les jouissances que tu lui prépares. Il ne voit point les tribulations présentes qui l'assiègent. Il est même si rempli d'espérance , qu’il n’a pas le loisir de te craindre & de redouter ta fé vérité. «Héroïques élus du Seigneur, c'est dans cette marche pénible, que votre esprit connoît , par une consolante expérience , qu’il y a une activité , un progrès, un but & un terme. Est-ce que le monde peut prendre une idée de la vie ? Il ne souffre point ; tout s’aplanit sous ses pas , tout prévient sa délicatesse , il ne faut pas que le temps l’aperçoive. Mais ce n’est point, en s’élevant au-dessus du temps, qu'il devient imperceptible au temps. C’est, au contraire,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1OF DESIRE. 201 How can commerce be established between substances that have so little in common? If you seek matter, let it be through material labors. The spirit must serve us to acquire spirit and virtues. Holy scripture was given to enrich the heart and the understanding of man. This divine treasure is like a flowering garden, where the true man may walk at any hour; he will always find it filled with new flowers, even though he should gather them all each time. Open the prophets; what fire, what transitions, what a crowd of ideas and feelings pressing one upon another! It is despair, it is charity for the chosen people, it is love and canticles, it is regret that their mother's womb did not serve them for a tomb! Human poets, you would be more methodical, because it is you yourselves who command your own enthusiasm. THOU believest thyself alone and isolated, because there is no other God but him. How could he be alone! His thought knows no interval, and all his thoughts are creations. Is he, like man, weak and limited? Does he stir, like man, within the narrow circle of his thoughts? and does he see them, like man, continually flowing back upon themselves, and entangling themselves in their own confusion and their own powerlessness? He thinks; and at every thought beings come forth in multitudes
2202 L’ H 0 M M E from his bosom, as the innumerable rays of light continually issue from that brilliant star which has been given him for a sanctuary. These legions of beings succeed one another like the waves of the sea, or like the numberless clouds, driven through the air by the impetuosity of the winds. They all have different functions; and they hasten with ardor to fulfill them. They reflect the dazzling brightness of their eternal source, and form, like temples placed at intervals throughout immensity, so that immensity may be filled with the praises and the glory of the Eternal. They temper this brightness for eyes that could not bear it. They spread celestial and divine virtues, like so many beneficent rains and dews. They pour out hail and storms, to terrify the guilty; and no force prevails against the servants of the Eternal. Shall we go and pierce this living law of the creation of spirits? Shall we go and pierce the thought of the Eternal? It is that thought itself which brought us into being; it is that thought which cast us forth from its own bosom. Do the waters of the torrent ever rise back toward their source, to ask it the secret of their existence? Do the clouds ever retreat toward the winds that drive them, to penetrate the principle of their motion? Does light ever flow back toward the sun, to prove to itself its own origin? Let us be faithful and obedient to the voice that has called us to the life of thought, and that guides us. Let us fly before
3OF DESIRE. 203 it, toward our destination, and let us not seek to question him who willed that our essence and our faculties should exist only after him. Are men of truth here below for anything else, than to be perpetually a sacrifice? They are always within false situations, which wear them down and destroy them before their time. Supreme Love, this is one trait of thy wisdom. Thou hast shortened time, in favor of thy elect. Sacrifice thyself, without regret, man of truth; the course is sweet to him who has only just begun to set his foot upon it. Holy Truth, he who loves thee sees, in the future, the joys thou art preparing for him. He does not see the present tribulations that besiege him. He is even so filled with hope, that he has no leisure to fear thee, or to dread thy severity. Heroic elect of the Lord, it is within this arduous course that your spirit learns, through consoling experience, that there is an activity, a progress, a purpose, and a goal. Can the world ever form an idea of life? It does not suffer; everything is smoothed beneath its steps, everything anticipates its delicacy, time must never perceive it. But it is not by rising above time that it becomes imperceptible to time. It is, on the contrary,
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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