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112 L‘ HOMME prudence. Toutes les altérations tiennent à la source putréfiée : Toutes les rectifications tiennent à la source pure. Sans le coup d’œil supérieur, comment appliquerez-vous donc vos principes ? Que faites - vous, doctes ignorans, quand vous nous peignez les lois de la formation du monde ? C’est avec la mort que vous composez la vie ; vous prenez toute votre physique dans les cimetières. De quoi vos cabinets de science sont-ils remplis? de squelettes & de cadavres, dont vous avez soin de bien conserver la forme & les couleurs, mais dont le principe & la vie sont séparés. Votre pensée ne vous dit-elle pas, qu’il y a une physique meilleure que celle-là ; & que c’est celle où on ne s’occupe que des principes, & d'où les corps morts sont éloignés ? Mais non , vous avez porté ce coup d’œil mort & des- tracteur, sur tous les objets de vos {péculations. Vous l’avez porté sur la base du rectangle isocèle que vous avez cherché à connoître, parce que vous avez trouvé des rapports matériels entre ses résultats & les résultats de ses côtés ; Tandis que le nombre & le vrai rapport de cette base ne nous seront jamais confiés, attendu que si nous les connoissions, nous pourrions créer des esprits. Ne vous suffit-il pas de calculer la base à deux centres qui a osé tenter de l’imiter, & qui ouvre à la fois une source inépuisable à vos larmes, à votre intelligence & à votre admiration ?
213 Vous l’avez porté, ce coup d’œil destructeur , sur un sujet bien plus près de vous, puisque vous l’avez porté jusques sur la parole. Faculté suprême & distinctive , tu n’es plus pour eux t que le fruit de l’accumulation des signes sensibles. Les langues ne sont plus pour eux qu’un agrégat, au lieu d’être l'expression & le fruit de la vie même. Aussi n’en cherchent-ils pas l’origine ailleurs que dans ( nos rapports élémentaires ; Tandis qu’on leur a enseigné hautement que la parole avoit été nécessaire pour l'institution de la parole. Tandis qu’ils voient par quelle voie les enfans apprennent les langues , & qu’il n’y a qu’une loi qui se prête & se mesure à tous les besoins & à tous les âges. Matière, matière, quel funeste voile tu as répandu sur la vérité ! La parole n’est venue sur la terre que comme par renaissance ; elle avoit d’abord été réduite pour nous. Elle ne pouvoit renaître que par semence comme les végétations ; mais il falloir qu’elle eût fourni d’abord son propre germe, pour pouvoir ensuite produire ses fruits parmi l’espèce humaine. Ecroulez-vous, échafaudages des sciences abusives ; réduisez-vous en poussière: vous ne pouvez tenir contre le moindre principe lumineux. La vraie manière [de demander le secours , n'est-elle pas d’aller courageusement le chercher où il es ? Et n'est-ce pas par l'action que la force se nourrit ?
3■ 14 L‘ H 0 M M E Aussi il n’y a de grand que celui qui fait combattre, parce que c’est le seul moyen de savoir jouir ; Et que le premier secret pour être élevé au-dessus de nos ténèbres & de nos fautes , c’est de nous y élever nous- mêmes. C’est pour les épreuves que Dieu nous envoie, que nous avons droit de le prier, & non pas pour les torts que nous nous faisons par notre lâcheté. Quand ton cœur est plein de Dieu, emploie la prière verbale, qui sera alors l'expression de l’esprit, comme elle devroit toujours l’être. Quand ton cœur sera sec & vide , emploie la prière muette & concentrée; c’est elle qui donnera à ton cœur le temps & le moyen de se réchauffer & de se remplir. Tu apprendras bientôt à connoître, par ces secrets sim- pies , quels sont les droits de l’âme de l’homme, Quand des mains vivantes l’ont comprimée pour en exprimer la corruption, & qu’elle reprend ensuite sa libre étendue par son élasticité naturelle. Tu apprendras bientôt à connoître quelle est son autorité sur l’air , sur le son 5 sur la lumière & sur les ténèbres. Veille , veille tant que tu feras au milieu des fils de la violence. Ils te persuaderoient qu’ils peuvent quelque chose , & ils ne peuvent rien. Comment feroient-ils les amis de la vérité, tandis que les comparaisons qu’ils nous présentent sont toujours fausses ? Dans les êtres apparens, il ne reste nulle impression de l'action des êtres vrais ; voilà pourquoi les ténèbres ne peuvent comprendre la lumière..
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
112 MAN prudence. All corruptions cling to the source once it is putrefied: all rectifications cling to the source while it is pure. Without the higher glance, how then will you apply your principles? What are you doing, learned ignoramuses, when you depict for us the laws of the formation of the world? It is with death that you compose life; you draw all your physics from the graveyards. With what are your cabinets of science filled? With skeletons and corpses, whose form and color you take care to preserve well, but whose principle and life are severed from them. Does not your own thought tell you that there is a better physics than that one; and that it is the one in which one occupies oneself only with principles, and from which dead bodies are excluded? But no, you have cast this dead and destructive glance upon all the objects of your speculations. You have cast it upon the base of the isosceles triangle which you have sought to know, because you have found material relations between its results and the results of its sides; whereas the number and the true relation of this base will never be confided to us, since if we knew them, we could create spirits. Is it not enough for you to calculate the base with two centers, which has dared to attempt to imitate it, and which opens at once an inexhaustible source to your tears, to your understanding, and to your admiration?
213 You have cast it, this destructive glance, upon a subject much closer to you, since you have cast it even upon the word. Supreme and distinctive faculty, thou art no longer for them anything but the fruit of the accumulation of sensible signs. Languages are for them no longer anything but an aggregate, instead of being the expression and the fruit of life itself. So they seek its origin nowhere but in our elementary relations; while it has been taught to them plainly that speech had been necessary for the institution of speech. While they see by what path children learn languages, and that there is but one law that adapts and measures itself to every need and to every age. Matter, matter, what a fatal veil thou hast spread over the truth! Speech came upon the earth only as though by rebirth; it had at first been reduced for us. It could be reborn only by seed, as plants are; but it had first to have furnished its own germ, in order afterward to be able to produce its fruits among the human race. Crumble away, scaffoldings of the deceptive sciences; reduce yourselves to dust: you cannot stand against the least luminous principle. Is not the true way of seeking help to go courageously in search of it where it is? And is it not through action that strength is nourished?
3■ 14 L’ H 0 M M E Also, none is great save he who knows how to fight, because that is the only means of knowing how to enjoy; and the first secret of being raised above our darkness and our faults is to raise ourselves there. It is for the trials that God sends us that we have the right to pray to him, and not for the wrongs we do to ourselves through our own cowardice. When thy heart is full of God, use verbal prayer, which will then be the expression of the spirit, as it always ought to be. When thy heart is dry and empty, use silent and concentrated prayer; it is that which will give thy heart the time and the means to grow warm again and to fill itself. Thou wilt soon learn to know, through these simple secrets, what are the rights of the soul of man, when living hands have compressed it so as to squeeze out its corruption, and it then resumes its free extent by its own natural elasticity. Thou wilt soon learn to know what is its authority over the air, over the sound 5 over the light and over the darkness. Watch, watch as long as thou shalt be in the midst of the sons of violence. They would persuade thee that they can do something, and they can do nothing. How could they be the friends of truth, while the comparisons they present to us are always false? In apparent beings there remains no impression of the action of the true beings; that is why the darkness cannot comprehend the light.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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