Fetching
One moment.
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1qui est reproduite par la vie. Elle est sans choc, peut-être même devroit-on la dire insensible , telle qu’est la marche paisible de la nature. Qui peut peindre la joie d'un être qui reçoit toujours la vie , & qui n’en perd point! Au contraire , que devient la joie d’un être qui, sans cesse appliquant sa vie à des objets auxquels il faut qu’il donne lui-même la valeur, perd de sa vie chaque jour, & n’est pas à portée de faire renouveler cette perte , puisqu’il se tient loin de la vie ! Courons , comme le cerf altéré , jusqu’à ce que nous rencontrions la source des eaux vives. Unifions-nous à la vie & ne nous en séparons jamais. Les hommes ont dit : les maux & les punitions ne dureront pas éternellement. Comment concilier une éternité de mal avec la bonté infinie de Dieu, & surtout avec son unité ? Ecoutez une vérité. Il n’y a point de temps pour l’esprit. Est - ce par leur durée ? non c’est par leur intensité , que nous évaluons toutes nos impressions ici-bas? Tout sentiment doux ou pénible nous fait sortir du temps ; chacune de nos pensées ou de nos affections , est pour nous une éternité agréable ou une éternité douloureuse. Nos goûts , nos passions , vraies ou fausses , nous présentent toujours le complément du bonheur ; nos maux, nos contrariétés, le complément du malheur ; nos pensées, S 4
288 L‘ H O M M E le complément du vrai ; ce qui les choque, le complément de l’erreur. L’homme de paix feroit-il heureux, s’il entrevoyoit un terme à sa joie ? Le coupable feroit- il puni, s’il entrevoyoit un terme à sa peine ? Justice suprême , c’est de ce caractère d’unité que tu tires toute ta force & tout ton effet. Dans quelque état que l’homme se trouve, l’idée de l’éternité le poursuit, parce que tu es une, ô vérité sainte, & qu’il n’est aucun point de ta sphère infinie, qui ne porte le sceau de ton universalité. Pensée de l’homme, ne vas pas plus loin. C’est assez pour toi d'arriver , par ta seule raison , à ces clartés, & de voir que le sentiment de l’éternité de la peine est indispensable dans un criminel, pour qu’ilfoitpuni. Si tu portes dans les punitions une idée de terme, tu y portes une idée de temps, & tu détruis tout ce que tu viens d’admettre. Règle ta conduite sur ces bases : si tu te rends coupable , les peines que tu subiras porteront l’empreinte de l’éternité. Mais es-tu sûr qu’elles n’en aient que l’empreinte , puisque cette question ne peut se résoudre que hors du temps. Malheur à toi, si cela ne suffit pas pour te rendre sage, & te faire trembler devant le Seigneur ! En attendant l’opinion la plus certaine, cherche la plus utile & la plus salutaire. L’idée de l’éternité des peines est peut-être moins conforme à ton esprit, parce que tu es dans le temps, par conséquent dans des bornes. L’idée contraire est moins
389 avantageuse à ta conduite; &tu ne peux te dissimuler qu’elle est hasardée. Tu crains de voir multiplier les moyens de te contenir dans la sagesse ! Es - tu donc assez rempli d’amour pour planer d’un plein vol par de là tous les abymes du temps ? Ceux même qui croient les peines éternelles, sont-ils toujours arrêtés par là dans leurs crimes ? Comment t'assu- reras-tu de trouver plus de crainte & plus de sagesse dans une opinion moins sévère ? L’espérance est la vertu du temps. Dès que nous quittons le temps , elle nous est ôtée , si nous sommes coupables ; elle est accomplie , si nous sommes justes. Diras-tu que la tâche de l’homme devra se remplir à la fin des temps, puisqu’elle a manqué au commencement? A l’époque future l’homme sera plus élevé qu’il ne l’étoit à son origine. Les prévaricateurs au contraire seront placés beaucoup plus bas que lors du premier jugement ; comment l’homme auroit-ildonc des relations avec eux? N’oublie donc plus que tu es dans le temps. UN homme prit à ferme un terrain considérable ; on lui donna ausst le grain nécessaire pour l’ensemencer. Il ne travailla point à la culture de ce terrain, & il laissa le grain dans un endroit humide & froid. Le grain se pourrit, & le terrain se couvrit de ronces & d’épines.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1which is reproduced by life. It is without shock, one might almost call it imperceptible, such as is the peaceful course of nature. Who can depict the joy of a being who ever receives life, and never loses it! On the contrary, what becomes of the joy of a being who, ceaselessly applying his life to objects to which he must himself give their value, loses something of his life each day, and is unable ever to make up that loss, since he keeps himself far from life! Let us run, like the thirsting hart, until we come upon the source of the living waters. Let us unite ourselves to life, and never separate ourselves from it. Men have said: evils and punishments will not last forever. How can an eternity of evil be reconciled with the infinite goodness of God, and above all with his unity? Hear a truth. There is no time for the spirit. Is it by their duration? no, it is by their intensity, that we measure all our impressions here below? Every feeling, sweet or painful, takes us out of time; each of our thoughts or our affections is, for us, an agreeable eternity or a sorrowful eternity. Our tastes, our passions, true or false, always offer us the completion of happiness; our ills, our vexations, the completion of unhappiness; our thoughts, S 4
288 MAN the completion of the true; whatever offends them, the completion of error. Would the man of peace be happy, if he foresaw a term to his joy? Would the guilty man be punished, if he foresaw a term to his suffering? Supreme justice, it is from this character of unity that thou drawest all thy strength and all thy effect. In whatever state man finds himself, the idea of eternity pursues him, because thou art one, O holy truth, and there is no point in thy infinite sphere that does not bear the seal of thy universality. Thought of man, go no further. It is enough for thee to arrive, by thy own reason alone, at this clarity, and to see that the sense of the eternity of punishment is indispensable in a criminal, in order that he be punished. If thou carriest into punishments an idea of a term, thou carriest into them an idea of time, and thou destroyest everything thou hast just admitted. Regulate thy conduct on these grounds: if thou make thyself guilty, the punishments thou wilt undergo will bear the stamp of eternity. But art thou certain that they bear only its stamp, since this question can be resolved only outside of time. Woe to thee, if this is not enough to make thee wise, and to make thee tremble before the Lord! While awaiting the most certain opinion, seek the most useful and the most salutary one. The idea of the eternity of punishments is perhaps less suited to thy mind, because thou art within time, and consequently within bounds. The contrary idea is less
389 advantageous to thy conduct; and thou canst not hide from thyself that it is a risky one. Thou fearest to see multiply the means of keeping thyself within wisdom! Art thou, then, so filled with love as to soar in full flight beyond every abyss of time? Even those who believe in eternal punishments, are they always restrained by that belief from their crimes? How wilt thou assure thyself of finding more fear and more wisdom in a less severe opinion? Hope is the virtue of time. As soon as we leave time, it is taken from us, if we are guilty; it is fulfilled, if we are just. Wilt thou say that the task of man must be completed at the end of the ages, since it was left unfulfilled at the beginning? In that future age man will be raised higher than he was at his origin. The transgressors, on the contrary, will be placed far lower than at the first judgment; how then could man have any relation with them? Forget not, then, that thou art within time. A man took on lease a considerable piece of land; he was also given the grain necessary to sow it. He did not labor to cultivate this land, and he left the grain in a damp and cold place. The grain rotted, and the land became covered with brambles and thorns.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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