Istar — Joséphin Péladan (1888)

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— Nergal, je désespère de la vie.

— Espère donc dans la mort, ô ma sœur! Tu ignores que les parfaits amants peuvent f 'attirer et se suivre.

■ — Merci de l'avoir dit; demain vous ne le penserez pas, Nergal, et vous qui me rappelez le devoir quand la douleur me le cache, laissez-moi aussi vous en parler, il y a des souftrances que le prêtre ne console pas, il y a des âmes qui n'ont pas assez d'ailes pour aller à Dieu; elles sont nobles pourtant. Votre rôle n'est-il pas celui du consolateur chimérique, du citharéen qui endort les immortelles dolences? Nergal, vous êtes prêtre selon l'idéal. Ne vous donnez à personne : l'œuvre de charité passe l'œuvre d'amour. Ne faites pas d'heureuse, mais bercez beaucoup de malheurs, et je me repens et me rétracte. Ayez des sœurs, ô révérend d'amour. »

A mesure que l'entretien avançait, la Juive quit366

Istar

tait les préoccupations de sa souffrance et voyait à horizon d'héroïne.

— Je crois aussi, à cette mission de Vart miséricordieux et de Tartiste apitoyé, mais je ne pleurerais jamais que sur les miens : je n'ai de cœur que pour ma race, et toute ma race, c'est vous,

«Espérez dans la mort, Istar; ceux qui gardent leur amour toute la vie, le garderont pendant l'éter nité. L'heure n'est pas de vous citer des textes ni de déduire des preuves : croyez seulement à la solennité de l'instant qui ne me permettrait pas de mentir même pour vous consoler et à ma science qui ne se trompe pas. Ceux qui s'aimeront toute la terrestrité seront accouplés pendant les siècles des siècles.

■ — Vous m'affirmez cela comme un poète.

— Comme un savant.

— Si je pouvais le croire... Et dans cette hypothèse que devient M. Capimont?

■ — Ce que devient dans les opéras-comiques le fermier qui, par besoin d'intrigue, a été un moment le mari d'une reine et retourne à sa ferme et à une fermière.

Istar tressaillit.

— N'avez-vous pas entendu du bruit vers le boudoir?

— Non, — fit NergaL

— Mon frère, l'heure s'avance et ma force diminue, venez me baptiser.

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L'écrivain ne put réprimer un étonnement.

— Est-ce que vous allez me renvoyer à un curé ?

— Non, Istar, je suis sacerdote.

— Ah! une chose qui m'a troublée; les enfants morts sans baptême ne verront jamais Dieu et n'entreront jamais au ciel... car j'ai lu de pieux livres.

— Cette parole est un blasphème.

— Est-il juste que Torquemada avec un acte de contrition soit au niveau d'un Bouddha par exemple?

— Non, Istar, ce sont là des âneries écrites par des âniers pour leurs bêtes : les plus grands chrétiens, les piliers du paradis, les élus incomparables, ce sont ceux qui ont été les précurseurs du Messie, Zoroastre ou Bouddha. »

Certes, qui eût rapporté de pareils propos au moment de l'adieu, aurait étonné, et ils se cramponnaient à tout froidissement qui pût les sauver d'un éclat de tendresse et de désespoir.

Istar l'amena à l'extrémité de la serre où étaient une coupe d'eau, une coupe de sel et un coussin de satin blanc.

— Mon frère, quand vous aurez fini la cérémonie de mon baptême, vous partirez sans un mot.

Nergal baissa tristement la tête. Elle se mit à genoux.

L'Œlohite commença d'une voix mal assurée :

— Fille des dieux, démone, tu veux croire! que la foi te vaille l'amour éternel ! Commence donc, dès cette heure, l'obéissance à la volonté divine : Aime

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Istar

Dieu de tout ton grand cœur et pardonne au prochain son infirmité.

Il souffla par trois fois sur le front d'Istar.

— Que mon souffle disperse les courants d'ombre et de désharmonie afinj:jue le Saint-Esprit te console.

Il fit du pouce le signe de la croix sur le front et sur le cœur de la Juive.

— Reçois le signe rédempteur sur ton intelligence et sur ton âme, et te considère comme un tabernacle puisque tu contiens une parcelle émanée de FAbsolu.

Dieu tout -puissant et éternel, père de Jésus, abaissez vos grâces sur cette Œlohite : que son cœur s'illumine; qu'elle se délie des terrestrités ; qu'elle entre dans vos desseins secrets.

Sa main trembla quand il mit du sel sur la lèvre de la Juive.

— Reçois le sel delà sagesse, symbole de l'incorruptibilité de ton essence; je t'exorcise, force aveugle, . force errante, émanation de Terreur et du péché, au nom de celui qui marcha sur les flots incohérents. C'est pourquoi, larves, vous obéirez à Dieu en vous retirant.

Il prit de la salive de sa bouche avec son doigt et mouilla les oreilles et les mains de la Bien- Aimée.

— Ephpheta !

Il trempa ses doigts dans la coupe et les secoua trois fois.

Istar

— Ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritiis sancti.

Au giron catholique et romain tu porteras le nom du Précurseur dont c'est la fête, et tu t'appelleras Jehanine devant la communion des Saintes.

— Amen! murmura Istar, — et sans lever les yeux !

— Va-t-en, Nergal^ mon adoréj^ va-t-en.

Et Nergal, comme un fou ou comme un voleur, s'élança hors de la serre.

21.

LIVRE III

L'ESSEVLÉE

Il partit, le révélateur de la vie, le radiant de la lumière, LUI, visibilité de Dieu.

Elle ne resta pas, son âme s'envola de son corps : et parcequ'elle avait vu le bonheur, on ^ ne vif plus que son pâle fantôme i qui erra encore un temps plaintif et disparaissant,

La Queste du Graal.

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L'ESSEVLÉE

tu MENSONGi: DE M, CAPVMONT

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— Nergal, I despair of life.

— Hope then in death, O my sister! Thou knowest not that perfect lovers can f 'draw one another and follow one another.

■ — Thanks for having said it; tomorrow you will not think it, Nergal, and you who recall duty to me when grief hides it from me, let me too speak to you of it, there are suftferings the priest does not console, there are souls that have not wings enough to go to God; they are noble nevertheless. Is not your role that of the chimerical consoler, of the citharean who lulls the immortal dolences? Nergal, you are a priest according to the ideal. Give yourself to no one: the work of charity surpasses the work of love. Make no woman happy, but cradle many misfortunes, and I repent and retract myself. Have sisters, O reverend of love. »

As the interview advanced, the Jewess quit366

Istar

ted the preoccupations of her suffering and saw with a heroine's horizon.

— I too believe in that mission of Vmerciful art and of Tthe pitying artist, but I should never weep save over my own: I have heart only for my race, and my whole race is you,

« Hope in death, Istar; those who keep their love all their life, will keep it during eter nity. The hour is not for citing you texts nor for deducing proofs: believe only in the solemnity of the instant which would not permit me to lie even to console you and in my science which does not err. Those who shall love one another all the terrestrity will be coupled during the ages of ages.

■ — You affirm that to me like a poet.

— Like a savant.

— If I could believe it... And in that hypothesis what becomes of M. Capimont?

■ — What becomes in comic operas of the farmer who, by need of intrigue, was for a moment the husband of a queen and returns to his farm and to a farm-wife.

Istar started.

— Did you not hear a noise toward the boudoir?

— No, — made NergaL

— My brother, the hour advances and my strength diminishes, come and baptise me.

Jstar

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The writer could not repress an astonishment.

— Are you going to send me back to a curate?

— No, Istar, I am a sacerdote.

— Ah! one thing has troubled me; children dead without baptism will never see God and will never enter heaven... for I have read pious books.

— That word is a blasphemy.

— Is it just that Torquemada with an act of contrition should be on the level of a Buddha for example?

— No, Istar, those are asininities written by ass-drivers for their beasts: the greatest christians, the pillars of paradise, the incomparable elect, are those who were the precursors of the Messiah, Zoroaster or Buddha. »

Certainly, whoever had reported such talk at the moment of the farewell would have astonished, and they clung to every cooling that could save them from a burst of tenderness and of despair.

Istar led him to the extremity of the conservatory where were a cup of water, a cup of salt and a cushion of white satin.

— My brother, when you have finished the ceremony of my baptism, you will go without a word.

Nergal sadly lowered his head. She went on her knees.

The Œlohite began in an ill-assured voice:

— Daughter of the gods, she-demon, thou wilt believe! may faith be worth eternal love to thee ! Begin then, from this hour, obedience to the divine will: Love

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Istar

God with all thy great heart and pardon thy neighbour his infirmity.

He breathed three times upon Istar's brow.

— May my breath disperse the currents of shadow and of disharmony soj:jhat the Holy Spirit may console thee.

He made with his thumb the sign of the cross on the brow and on the heart of the Jewess.

— Receive the redeeming sign upon thy intelligence and upon thy soul, and consider thyself as a tabernacle since thou containest a parcel emanated from FThe Absolute.

God all -powerful and eternal, father of Jesus, lower your graces upon this Œlohite: let her heart be illumined; let her unbind herself from terrestrities ; let her enter into your secret designs.

His hand trembled when he put salt on the Jewess's lip.

— Receive the salt ofthe wisdom, symbol of the incorruptibility of thy essence; I exorcise thee, blind force, . wandering force, emanation of Terror and of sin, in the name of him who walked upon the incoherent waves. That is why, larvae, you will obey God by withdrawing.

He took saliva from his mouth with his finger and wetted the ears and the hands of the Be- loved.

— Ephpheta !

He dipped his fingers in the cup and shook them three times.

Istar

— Ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritiis sancti.

In the catholic and roman bosom thou shalt bear the name of the Precursor whose feast it is, and thou shalt be called Jehanine before the communion of the women Saints.

— Amen! murmured Istar, — and without raising her eyes !

— Be gone, Nergal^ my adored onej^ be gone.

And Nergal, like a madman or like a thief, hurled himself out of the conservatory.

21.

BOOK III

THE FORSAKEN WOMAN

He departed, the revealer of life, the radiant of the light, HE, visibility of God.

She did not remain, her soul flew from her body: and becausethat she had seen happiness, one ^ saf no more than her pale phantom i which wandered yet a time plaintive and disappearing,

La Queste du Graal.

j. p.

THE FORSAKEN WOMAN

tu LIi: OF M, CAPVMONT

Commentary
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