Istar — Joséphin Péladan (1888)
La circoncision dont on a niaisement exagéré le côté hygiénique est le formel symbole de l'activité mâle au sens sxH*élevé de virilité expansive; ne voiton les circoncis contemporains se couronner de la seule couronne positive, en un temps immonde, l'or: tandis que l'Arya ou slave ou latin s'hystérise.
Comme les Bene-Œlohim étaient androgynes de substance, ils durent se corporiser hommes ou femmes à volonté : or autant Mosché ou Akiba nous semble fils d'Œlohite mâle n'accordant jamais l'initiation à la femme, autant le Kelte et ses Druidesses le nerveux Hindou, le Grec lui-même avec sa Diotima, ses Pythies et ses Hypathies, le Romain avec son culte de la Vierge nous semblent Œlohite féminin; ce que Saint- Yves a dénommé Dorien et Ionien.
Les corollaires du Péché Angélique seraient tous jugés insanes ; il demeure pour tout esprit adhésif à Rome ou à la Kabbale, ou seulement aux hypothèses de l'idéalité, que les conséquences du Verbe Satanique dureront jusqu'à sa révulsion totale au Bien.
Une hérédité multiforme revêt les Œlohites d'une fatalité grandiose et déplorable. Le monde qui ne les comprend pas, hait ces étrangers qui lui dissembient
Istar
p. 49
tant, et les crucifient jusqu'à leur mort. Eux, dignes fils de Prométhée, illuminent le présent de leur charité, et laissent derrière eux des phares aux feux célestes, aux signaux divins, comme les Atlantes semaient leur route de ces prodigieux miliaires, les mene-hirs.
Au-dessus du Sar, du Pharaon, du César, au-dessus du Daoudiste, du Stuart, du Valois, du Bourbon, saint ou génie, ou seulement malheureux, mai s d un malheur immense, l'Œlohite avec le devoir de lumière a le droit de dédain sur les terrestres et de mépris devant Nimroud. Tous ses efforts sont vains d'aimer au-dessous de lui; il ne saurait trouver l'amour qu'en son propre sang et avoir d'autres amis que ses frères, d'autres amantes que ses sœurs. Combien rare la rencontre de ces rares et sublimes incestes : et s*il fallait un exemple contemporain de FŒlohite, privé de sœur, quel plus éclatant que le noble roi Loiiis de Bavière assassiné par le Nimroudiste Bismarciî.
PSYCHOLOGIE d'uN PSYCHOLOGUE (1)
Nergal avait trente ans, les six mille livres que veut Stendhal pour l'honnête homme, la réputation d'être beau et une aube de gloire.
Seulement, il devait écrire deux romans annuels ; ses traits archaïques de Mède ou de Florentin s'encadraient mal dans les mœurs contemporaines; et si les uns le sacraient « génie » d'autres le niaient totalement de l'idée à la phrase.
Dominé par Saturne, en combativité avec le Soleil, il se substantait de lui-même se solitarisant sans souffrir; Vénus lui créait des besoins d'expansion,
(i) Dans l'économie de Véthopée, le roman titré NERGAL, consacré à la peinture de la librairie et du journalisme, et à la représentation d'un début dans les lettres, devrait être paru avant le pré sent ; mais les mœurs littéraires ne permettent pas, au sens de Fauteur, de publier ce tableau avant qu'il ressemble moins.
(N. de VE.)
Istar
p. 51
un goût du luxe et des formes antithétique à l'isolement méditatif. Mars, en dernier, lieu l'extravasait polémiste solaire , c'est-à-dire violent pour ses croyances abstraites. Intolérant d'admiration, ligueur de catholicité, il se résignait aux plus évitables duperies de la vie.
Nergal n'était ni écrivain, quoique sa principale affaire fût d'écrire, ni romancier malgré l'adoption de la forme Honorienne : il était intellectuel, c'est-à-dire puissant dans toutes les voies de cérébralité; il eût traité avec une compétence égale la loi harmonique des sphères ou la pondération d'une ordonnance; théologien et anthropologue, aussi penché sur le physique que l'attention tendue vers l'hyperphysique, il concevait l'intellectualité un grand orgue où il faut jouer de tout le clavier, voix céleste ou bombarde, suivant la rencontre.
Jusqu'à l'heure où il vint à Paris, Nergal se nourrit du passé : jeune homme vieilli d'esprit par douze années de lectures les plus diverses, sa première impression fut celle de son péril : il se sentit hors cadre social ; et l'or manquant qui ploie les lois et les malveillances, il vit deux saints : le génie ou la sainteté. Au premier plus facile il se résolut. Restait le choix de son expression : il avait la le monument de crétinisme que l'Ecole normale ose donner aux béj aunes français pour de la philosophie; il avait vu le P. Ventura attribuer le magnétisme au démon et les évêques fulminer au sérieux le roman-feuilleton que
p. 52
Istar
Circumcision, whose hygienic side has been sillily exaggerated, is the formal symbol of male activity in the sxH*elevated sense of expansive virility; do notone see the contemporary circumcised crown themselves with the only positive crown, in a filthy time, gold: while the Arya whether slav or latin hystericises himself.
As the Bene-Œlohim were androgynous of substance, they must have corporised themselves men or women at will: now as much as Mosché or Akiba seems to us a son of a male Œlohite, never granting initiation to woman, so much do the Kelt and his Druidesses, the nervous Hindoo, the Greek himself with his Diotima, his Pythias and his Hypatias, the Roman with his cult of the Virgin, seem to us feminine Œlohite; what Saint- Yves has named Dorian and Ionian.
The corollaries of the Angelic Sin would all be judged insane; it remains, for every mind adhesive to Rome or to the Kabbalah, or only to the hypotheses of ideality, that the consequences of the Satanic Word will last until its total revulsion toward the Good.
A multiform heredity clothes the Œlohites with a grandiose and deplorable fatality. The world which does not understand them hates those strangers who are so unlike
Istar
49
it, and crucify them until their death. They, worthy sons of Prometheus, illuminate the present with their charity, and leave behind them lighthouses with celestial fires, with divine signals, as the Atlanteans sowed their road with those prodigious milestones, the mene-hirs.
Above the Sar, the Pharaoh, the Caesar, above the Daoudist, the Stuart, the Valois, the Bourbon, saint or genius, or only unhappy, bu t with an immense unhappiness, the Œlohite with the duty of light has the right of disdain over the terrestrials and of contempt before Nimroud. All his efforts to love below himself are vain; he could find love only in his own blood and have no other friends than his brothers, no other mistresses than his sisters. How rare the encounter of those rare and sublime incests: and if there were needed a contemporary example of the Œlohite, deprived of a sister, what more resplendent than the noble king Louis of Bavaria assassinated by the Nimroudist Bismarck.
PSYCHOLOGY of A PSYCHOLOGIST (1)
Nergal had thirty years, the six thousand livres Stendhal requires for the honest man, the reputation of being handsome and a dawn of glory.
Only, he had to write two novels a year; his archaic features of a Mede or a Florentine framed themselves ill within contemporary manners; and if some consecrated him « genius » others denied him totally from the idea to the sentence.
Dominated by Saturn, in combativity with the Sun, he substanted himself upon himself, solitarising himself without suffering; Venus created in him needs of expansion,
(i) In the economy of the ethopoeia, the novel entitled NERGAL, consecrated to the painting of the book trade and of journalism, and to the representation of a beginning in letters, should have appeared before the pre sent one; but literary manners do not permit, in the author's sense, the publishing of this picture before it resembles less.
(N. of the E.)
Istar
51
a taste for luxury and for forms antithetic to meditative isolation. Mars, in the last, place extravasated him a solar polemist , that is to say violent for his abstract beliefs. Intolerant from admiration, a leaguer of catholicity, he resigned himself to the most avoidable dupings of life.
Nergal was neither a writer, though his principal business was to write, nor a novelist despite the adoption of the Honorian form: he was an intellectual, that is to say powerful in all the ways of cerebrality; he would have treated with an equal competence the harmonic law of the spheres or the balance of an ordonnance; theologian and anthropologist, as bent over the physical as with attention strained toward the hyperphysical, he conceived intellectuality a great organ whereon one must play upon the whole keyboard, vox coelestis or bombarde, according to the occasion.
Until the hour when he came to Paris, Nergal fed upon the past: a young man aged in mind by twelve years of the most diverse readings, his first impression was that of his peril: he felt himself outside the social frame; and gold lacking, which bends laws and malevolences, he saw two saints: genius or sanctity. To the first, easier, he resolved. There remained the choice of his expression: he had there the monument of cretinism that the Ecole normale dares give to french gree nhorns for philosophy; he had seen P. Ventura attribute magnetism to the demon and the bishops fulminate in earnest against the serial novel that
52
Istar
No commentary for this page under the selected tracks.
There is commentary on page 1.