Istar — Joséphin Péladan (1888)

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— Alfred, montrez le 4 à monsieur.

— Inutile, je le prends. — Et il va pour sortir.

— Monsieur va chercher son bagage?

— Je vais me promener.

Un cartel sonne la demie d'une heure du matin ; le garçon s'avance :

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— A quelle heure Monsieur compte-t-il rentrer? L'écrivain se crispe et va Tenvoyer au diable.

— C'est moi qui ouvrirai à Monsieur, et le sommeil coupé n'a jamais rien valu....

— Je dois avertir, — interrompit la gérante, — que si Monsieur revenait accompagné ; ce serait inutile d'éveiller le garçon, il n'ouvrirait pas.

— Ah! — dit Nergal, — on fait encore le trottoir lyonnais, à cette heure?

— Si Monsieur veut donner son nom, les règlements sont sévères.

— Bonne promenade à Monsieur, — grogne le domestique en prenant la carte.

« La Correction en sous-chef de gare, la Prudence en bicorne, la Bienséance en gérante, l'Hygiène en domestique, toutes les vertus provinciales étaient là pour me recevoir et se maniiester. Me résoudrai-je jamais à écrire la nullité de ce colloque; les réalistes ne me comprennent pas; par Atlas, je le leur rends. »

— Passez au large !

Le factionnaire de la caserne des chasseurs trouve cet être en burnous suspect.

« La Force, vertu cardinale! Si elle savait, la Laide à la ville dormant^ ce qui lui arrive en ma personne, elle ne crierait ni autre ni mieux. » Dix-sept ans d'absence, pendant lesquels la mélancolie lugdunienne lui avait souri en mémoire^ cadre propice à un calme adultère automnal; en cette atmosphère paisible et pieuse, recevoir les derniers baisers de la

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femme; un péché de Bruges, ou la sensation serait un peu du* dévergondage de sacristaine. Equitablement, la froideur des Lyonnais n'est malveillante qu'aux artistes avérés ; avant l'œuvre on n'y est pas décrié, et aux bambins ne s'applique pas, comme dans îe Midi, la loi des suspects. "

Un halo de bienveillance entoure son enfance ressuscitée, pleine de bonbons, de jouets et d'images. L'homme de génie se puérilise à ces réminiscences ; il a eu sa chambre aux jouets comme il a sa bibliothèque aujourd'hui; il s'explique mal son goût de marmot pour les sabretaches, les gibernes, l'épaulette. Sa pensée se détourne vers le grand Barbey d'Aurévilly, ce terrien qui, chaque an, va au pays natal, mais pour y aimer des fantômes et les revivifier immortellement. Nergal reconnaît, même fermées, les boutiques de la rue de Bourbon; le marché Henri IV a disparu, un socle s'y ennuie, humide et expectant d'une statue.

A l'angle, un souvenir de femme surgit, une Espagnole aux yeux escarbouclés, à la peau citrine qui l'embrassait : il cherche le premier baiser reçu d'une servante de pensionnat, une fille hystérique qui l'appelait « petit trésor » ; là, un grand lui dessinaxt des pierrots pendus : la jolie forme que celle de la potence, et il blasonne sans savoir pourquoi : « Un réverbère allumé d'un mort, potencé de victuailles, avec trois goupillons en chef : armes de ma ville. »

Il a omis, place Perrache, une famille qu'il revoit

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^3 en deuil : là famille vague mais très précise, une bonne qu on faisait venir sans raison que la montrer, après avoir averti : « Remarquez comme elle ressemble â Marie- Antoinette. » La spirituelle flatterie aux historiens de cette adorable calomniée, aux Concourt, leur envoyer cette réincarnation plastique de la reine qui sur le trône ne fut que femme et revêtit seulement après les chiffons de M'''^ Eloffej la vraie pourpre de son sang, en digne fille du roi MarieThérèse.

Autre souvenir de Perrache : un vieillard excentrique aux chapeaux parasol, bonapartiste lyonnais et marcheur, en un triple excès, et qui exténuait le bambin Nergal à raccompagner à l'Homme de la Roche ou à Sathonay. « Tu méprises Farithmétique, Môsieur, elle te le rendra. »

En 1881, Nergal le revit, retouché par Hoffmann; hypocondre escorté de trois bonnes et qui accueillit lejeune homme partant pour la gloire. «Je suis maintenant mûr pour Loyasse, Môsieur, et vous pour saint Remy. Vous ne serez jamais sérieux, mystique, homéopathe et chimériste comme tous les Nergal; et n'ayez pas d'enfants, les inutiles sont assez nombreux.

« Où suis-je né? » se demande Nergal, «rue SaintJoseph, je crois; je doute de la rue, j'ignore la maison, l'étage, la pièce ; et mon âme devrait tressaillir, au sens du commun. Né dans une salle de manoir, avec le regard des portraits d'ancêtres sur

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mon berceau, je me souviendrais, et une ombilication serait de moi au lieu où j'ai, du non-être, jailli dans l'entité. »

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— Alfred, show number 4 to monsieur.

— Useless, I take it. — And he moves to go out.

— Monsieur is going to fetch his luggage?

— I am going for a walk.

A cartel-clock strikes half past one in the morning; the waiter advances:

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— At what hour does Monsieur reckon to come in? The writer stiffens and is about to send him to the devil.

— It is I who will open for Monsieur, and broken sleep has never been worth anything....

— I must give warning, — interrupted the manageress, — that if Monsieur came back accompanied; it would be useless to wake the waiter, he would not open.

— Ah! — said Nergal, — do they still walk the lyonnais pavement at this hour?

— If Monsieur will give his name, the regulations are severe.

— A good walk to Monsieur, — growls the servant taking the card.

« Correctness as assistant station-master, Prudence in a cocked hat, Propriety as manageress, Hygiene as servant, all the provincial virtues were there to receive me and manifest themselves. Shall I ever resolve to write the nullity of that colloquy; the realists do not understand me; by Atlas, I return it to them. »

— Keep your distance!

The sentry of the chasseurs' barracks finds that being in a burnous suspect.

« Fortitude, cardinal virtue! If she knew, the Ugly one in the sleeping town^ what befalls her in my person, she would cry neither otherwise nor better. » Seventeen years of absence, during which the lugdunian melancholy had smiled upon him in memory^ a frame propitious to a calm autumnal adultery; in that peaceful and pious atmosphere, to receive the last kisses of the

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woman; a sin of Bruges, where the sensation would be a little of the* shamelessness of a sacristan's wife. Equitably, the coldness of the Lyonnais is malevolent only to proven artists; before the work one is not decried there, and to small children there does not apply, as in the Midi, the law of suspects. "

A halo of benevolence surrounds his resuscitated childhood, full of sweets, of toys and of pictures. The man of genius puerilises himself at those reminiscences; he had his toy-room as he has his library to-day; he ill explains to himself his brat's taste for sabretaches, cartridge-pouches, the epaulette. His thought turns aside toward the great Barbey d'Aurévilly, that earth-dweller who, every year, goes to the natal country, but to love phantoms there and revivify them immortally. Nergal recognises, even closed, the shops of the rue de Bourbon; the Henri IV market has vanished, a pedestal is bored there, damp and expectant of a statue.

At the corner, a memory of a woman rises up, a Spanish woman with carbuncled eyes, with citrine skin who kissed him: he seeks the first kiss received from a boarding-school servant, a hysterical girl who called him « little treasure »; there, a big boy drew him hanged pierrots: what a pretty form is that of the gibbet, and he blazons without knowing why: « A street-lamp lighted with a dead man, potent of victuals, with three aspergills in chief: arms of my town. »

He has omitted, in the place Perrache, a family which he sees again

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^3 in mourning: the family vague but very precise, a maidservant who was fetched for no reason but to show her, after warning: « Remark how she resembles Marie- Antoinette. » The witty flattery to the historians of that adorable calumniated woman, to the Goncourts, to send them that plastic reincarnation of the queen who upon the throne was only a woman and put on only afterward, over the rags of M'''^ Eloffej the true purple of her blood, as a worthy daughter of the king MarieThérèse.

Another memory of Perrache: an eccentric old man with parasol hats, a lyonnais bonapartist and a walker, in a triple excess, and who wore out the brat Nergal in accompanying him to the Homme de la Roche or to Sathonay. « Thou despisest arithmetic, Môsieur, she will pay thee back for it. »

In 1881, Nergal saw him again, retouched by Hoffmann; a hypochondriac escorted by three maidservants and who received theyoung man setting out for glory. « I am now ripe for Loyasse, Môsieur, and you for saint Remy. You will never be serious, mystic, homeopath and chimerist like all the Nergals; and have no children, the useless are numerous enough.

« Where was I born? » Nergal asks himself, « in the rue SaintJoseph, I believe; I doubt the street, I know not the house, the floor, the room; and my soul ought to thrill, in the common sense. Born in a manor hall, with the gaze of ancestral portraits upon

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my cradle, I should remember, and an umbilication would run from me to the place where I, out of non-being, sprang into entity. »

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