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One moment.
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1— La sensation, blasphémateur des idées innées, date de quelques jours. Je venais d'env^agonner un ami à la gare de Lyon, et fumant sur le quai, je pensais que la Chine fera un jour des locomotives gringonnées; j'évoquais un train combiné en Léviathan, quand j'aperçus à la portière d'un coupé, les yeux noyés et mordant son mouchoir, une adorable femme. La douleur de Têtre beau m'apitoie invinciblement; je me souviens d'avoir été débonnaire par respect d'une splendeur physique, merveilleuse gaine de l'âme la plus noire. Je vais droit à ma larmoyeuse, avec cette onction que tu me connais et qu'envierait un prêtre. — Que laissez-vous donc ici?... — Paris m'a pris le cœur! Les larmes l'étouffèrent ; elle se rejeta dans le w^agon où j'aperçus une quelconque silhouette maritale. Istar Depuis, je vois toujours cette femme belle, riche, vertueuse, élégante en son chef-lieu, se désespérer du retour. Quelle vie allait-elle reprendre? Quel supplice le monstre provincial invente-t-il pour les Angéliques? Un Roger s'est éveillé en moi. — Lohengrin, tu vas délivrer cette Eisa. — Non, Saïgas, si je vis ingénument, ma pensée a l'expérience d'un centenaire; on piétine une guivre; nul Persée ne délivre des situations sociales. Cette Andromède que je ne puis oublier, m'allégorise le martyre d'une Nergal; et tu sais les devoirs ressortissant de ma doctrine des deux races : Tune née de la terre, et acharnée contre Fautre tombée du ciel.
2La désespérée de la gare de Lyon m'a éveillé le cœur au penser de ce qu'on fait souffrir là-bas à celles de mon sang, à mes sœurs; de là mon dessein littérairement inquisitorial. Ouvre à clins d'yeux et de souvenir tous les romans d'un cabinet de lecture; dépouille ces documentations fausses, tu arrives à cette proposition : Paris spirituel et pervers; la province bête et bonne. Eh bien! je ne crois pas à la bonté de ce pays où les femmes ne reviennent qu'avec l'angoisse d'une Iphigénie. Je verrai comme le lephté provincial immole ses plus belles filles sur l'autel de l'hypocrisie cantonale.... Avant d'être le commissaire général des expositions et monsieur l'inspecteur, tu as vécu hors Paris et cependant en France, donne-moi une vue psychique, à vol d'analyste.... Jstar — La route de la province c'est, pour l'intellectuel, le sentier de la guerre. A Lyon, on mettra les jeunes filles dans les armoires avec les cafards, cette population seconde, de peur que ta seule vue ne les déflore. A Nîmes, quand on veut désigner un chenapan, banqueroutier, souteneur ou assassin, on dit invariablement « c'est un artiste ». Au Nord comme au Midi, l'homme d'imagination jouit d'une considération .intermédiaire entre celles du leno et de la garce. Qu'un bélître fasse une brochure sur un diis manïbus trouvé par les raccommodeurs de tuyaux de gaz, on i'académise, on le décore : c'est un savant. Publie vingt romans, aie le prestige de d'Aurevilly : on apprendra aux chiens à te mordre quand tu passes.
3Le provincial ne se civilise jamais : dans la bedaine on propriétaire, il loge l'âme rudimentaire d'un barbare. Involontairement, tu déranges son peu d'idées; et trop sceptique pour croire à la supériorité morale d'un dissemblable, ne t'admirant pas il te méprisera. Oui, ton lecteur de province, mon pauvre Nergal, ton lecteur lettré qui t'achète en première éditiop et sur grand papier, qui se plaît à tes imaginations, juge la littérature une sorte de prostitution supérieure. Tes pensées, tes passions, tes rêves, lui sont le texte que vignettent les filles. Pour lui, tu es un prostitué sentimental; et à 3 fr. 50. il achète du romanesque comme du lubrique à un louis. Voilà pour l'auteurl; quant à l'homme, si tu n'as ni cheveux longs ni gilets de brocart,que tu marches, parles et t'habilles comme Istar un clerc d'avoué, peut-être obtiendras-tu ce suffrage : « On ne dirait vraiment pas qu'il est écrivain ». Mais avec ton air fatal tu hérisseras le bourgeois départemental jusqu'à la haine. Comment! non satisfait d'avoir volé quelquefois dans les journaux la place de Bornibus, de Menier, de Jaluzot, tu oses une allure à toi, une véture à toi, un parler à toi ; et les immortels principes de 89, et le maçonnisme gorétique de l'égalité et le niveau de l'extériorité... autantde dieux lares que tu viens bafouer jusqu'en leur sacellum! I — Saïgas, tu parles du Daumier : quelques-uns de nous ont osé l'expédition provinciale sans rapporter une relation aussi noire. — Tu as le temps de m'écouter? — Encore une heure, au moins. — Eh bien! je vais te prophétiser avec détail, ton voyage dans la France barbare.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1— La sensation, blasphémateur des idées innées, date de quelques jours. Je venais d'env^agonner un ami à la gare de Lyon, et fumant sur le quai, je pensais que la Chine fera un jour des locomotives gringonnées; j'évoquais un train combiné en Léviathan, quand j'aperçus à la portière d'un coupé, les yeux noyés et mordant son mouchoir, une adorable femme. La douleur de Têtre beau m'apitoie invinciblement; je me souviens d'avoir été débonnaire par respect d'une splendeur physique, merveilleuse gaine de l'âme la plus noire. Je vais droit à ma larmoyeuse, avec cette onction que tu me connais et qu'envierait un prêtre. — Que laissez-vous donc ici?... — Paris m'a pris le cœur! Les larmes l'étouffèrent ; elle se rejeta dans le w^agon où j'aperçus une quelconque silhouette maritale. Istar Depuis, je vois toujours cette femme belle, riche, vertueuse, élégante en son chef-lieu, se désespérer du retour. Quelle vie allait-elle reprendre? Quel supplice le monstre provincial invente-t-il pour les Angéliques? Un Roger s'est éveillé en moi. — Lohengrin, tu vas délivrer cette Eisa. — Non, Saïgas, si je vis ingénument, ma pensée a l'expérience d'un centenaire; on piétine une guivre; nul Persée ne délivre des situations sociales. Cette Andromède que je ne puis oublier, m'allégorise le martyre d'une Nergal; et tu sais les devoirs ressortissant de ma doctrine des deux races : Tune née de la terre, et acharnée contre Fautre tombée du ciel.
2La désespérée de la gare de Lyon m'a éveillé le cœur au penser de ce qu'on fait souffrir là-bas à celles de mon sang, à mes sœurs; de là mon dessein littérairement inquisitorial. Ouvre à clins d'yeux et de souvenir tous les romans d'un cabinet de lecture; dépouille ces documentations fausses, tu arrives à cette proposition : Paris spirituel et pervers; la province bête et bonne. Eh bien! je ne crois pas à la bonté de ce pays où les femmes ne reviennent qu'avec l'angoisse d'une Iphigénie. Je verrai comme le lephté provincial immole ses plus belles filles sur l'autel de l'hypocrisie cantonale.... Avant d'être le commissaire général des expositions et monsieur l'inspecteur, tu as vécu hors Paris et cependant en France, donne-moi une vue psychique, à vol d'analyste.... Jstar — La route de la province c'est, pour l'intellectuel, le sentier de la guerre. A Lyon, on mettra les jeunes filles dans les armoires avec les cafards, cette population seconde, de peur que ta seule vue ne les déflore. A Nîmes, quand on veut désigner un chenapan, banqueroutier, souteneur ou assassin, on dit invariablement « c'est un artiste ». Au Nord comme au Midi, l'homme d'imagination jouit d'une considération .intermédiaire entre celles du leno et de la garce. Qu'un bélître fasse une brochure sur un diis manïbus trouvé par les raccommodeurs de tuyaux de gaz, on i'académise, on le décore : c'est un savant. Publie vingt romans, aie le prestige de d'Aurevilly : on apprendra aux chiens à te mordre quand tu passes.
3Le provincial ne se civilise jamais : dans la bedaine on propriétaire, il loge l'âme rudimentaire d'un barbare. Involontairement, tu déranges son peu d'idées; et trop sceptique pour croire à la supériorité morale d'un dissemblable, ne t'admirant pas il te méprisera. Oui, ton lecteur de province, mon pauvre Nergal, ton lecteur lettré qui t'achète en première éditiop et sur grand papier, qui se plaît à tes imaginations, juge la littérature une sorte de prostitution supérieure. Tes pensées, tes passions, tes rêves, lui sont le texte que vignettent les filles. Pour lui, tu es un prostitué sentimental; et à 3 fr. 50. il achète du romanesque comme du lubrique à un louis. Voilà pour l'auteurl; quant à l'homme, si tu n'as ni cheveux longs ni gilets de brocart,que tu marches, parles et t'habilles comme Istar un clerc d'avoué, peut-être obtiendras-tu ce suffrage : « On ne dirait vraiment pas qu'il est écrivain ». Mais avec ton air fatal tu hérisseras le bourgeois départemental jusqu'à la haine. Comment! non satisfait d'avoir volé quelquefois dans les journaux la place de Bornibus, de Menier, de Jaluzot, tu oses une allure à toi, une véture à toi, un parler à toi ; et les immortels principes de 89, et le maçonnisme gorétique de l'égalité et le niveau de l'extériorité... autantde dieux lares que tu viens bafouer jusqu'en leur sacellum! I — Saïgas, tu parles du Daumier : quelques-uns de nous ont osé l'expédition provinciale sans rapporter une relation aussi noire. — Tu as le temps de m'écouter? — Encore une heure, au moins. — Eh bien! je vais te prophétiser avec détail, ton voyage dans la France barbare.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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