Istar — Joséphin Péladan (1888)
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mença Istar, — j'ai nourri contre vous de noires défiances exprimées en amertume : cependant en ces rencontres si pâles d'expansion, où si peu de mon cœur a jailli de mes lèvres, la foi m'est venue. Je crois maintenant; je vous ouvre une âme où plus rien n'est rebelle. De tout ce qui m'est dû, je me remets à vous, Nergal.
« La plus noble parole qu'un être puisse dire à un autre être : « A vous, aveuglément. »
« Votre lumière a forcé les yeux de ma prudence à se fermer- Votre noblesse m'est apparue, si évidente, si sollicitante, que je veux vous faire un acte de foi.
« Plus haut que le sexe, bien au-delà du désir, réside une sentimentalité religieuse, nous en sommes deux exemplaires.
« Seul, vous avez vu, proclamé ma surnaturalité.
« Seul donc vous me méritez. La vie nous a affronté trop tard pour confluer nos deux existences ; respectons chacun la destinée de l'autre et portons comme une eucharistie, un baume et une égide, vous, mon cœur, moi, le vôtre. »
Un émoi profond assourdit la voix du jeune homme.
■ — Oh! le mien, triste, mais beau et fidèle, sera toujours le plus clair miroir où vous regarder. Ce n est pas un Nergal, plus fort que l'amour, plus fort que la vie qui vous aime ; non plus quelqu'un qui descend vers vous, c'est un orgueilleux aui découvre
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que vous êtes à sa taille, et qui aime son sang, en vos veines.
« Vos mains sont les plus dignes, les plus nobles de ce dépôt plaintif; j'y mets mon rêve.
— Mieux vaudrait, -r- reprit-elle, — la douleur de me voir trahie et déçue que le remords d'avoir méconnu le seul être rencontré selon mon cœur. »
Tous deux se tendirent la main et par un autte même mouvement se la retirèrent.
L'attraction était telle de Fun à Tautre que le moindre contact eût été une luxure.
— Oh ! la charte consentie par nos cœurs, — s'écria Nergal, — - plus grandiose que celle des monarques, nous fera vivre un chef-d'œuvre de sentiment au-dessus de ceux de l'esprit.
« Faire planer sans défaillance, cet amphibie qui s'essore et sans cesse retombe, n'est-ce pas l'œuvre la plus voisine du divin?
« L'amour même grand n'est qu'un aigle, et ce parcoureur des nuées se nourrit vilement; notre androgynat va anticiper sur le ciel.
« Grands exilés de l'œther, ne demandons pas à la vie ce prétendu bonheur fait de vulgarité et de vertige qui réjouit les barbares; notre royauté sera notre souffrant désir. Accolons nos cœurs, souffrons à deux âmes...
« Sœur que d'obscurs désastres ont dérobée longtemps à ma tendresse, je vous ai retrouvée, las ! mariée et mère. Acceptons ce que la vie a mal fait;
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il convient aux Œlohites d'accomplir soigneusement leur devoir de mortels. Seul aurait le droit de se sacrifier qui est libre...
« Surlamerdelavie, chacunseralehavredel'autre...
« Oh ! tout ce que j'eâ jeté de cœur sur des infimes par besoin d'aimer, je le regrette; et cependant, je ne vous ai point fait de tort, même vous ignorant.
« Des spasmes, des mots, qu'est-ce auprès de la gravitation parhélienne ; du coude à coude dans la montée indéfinie qui part de l'heure du temps, toujours douloureuse et incomplète, pour s'échelonner jusqu'à l'éternité.
— Oui, — s'écria Istar, — par vous je vibre plus haut même que la fiction.
— Plus haut que la fiction, dites-vous; il y a donc une juste Providence. Mon rêve d'artiste, vous le réalisez.
« Salut, Diotime, Joconde ■ séraphique ! C'est ton cœur qui pousse le mien et l'assompte...
« Je crois en toi, Istar, comme au soleil... »
Et il s'était levé, enthousiaste et beau comme un incantateur ancestral.
Elle ferma les yeux, crispa ses mains sur les étoffes; sa gorge battante seule répondait.
~ Vous vous taisez, Istar; par quelle magie votre silence l'emporte-t-il sur toute parole et comment vois-je à travers votre immobilité votre âme vivre les plus intenses merveilles? J'assiste, spectateur éperdu, à cette divine com.édie qui se joue en vous
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pour moi seul. O les délices de votre contemplation ! Il reprit :
— Le sentiment qui me meut est royal et digne de son objet, puisqu'il se substante par la seule vue, recueillie. Vous voir, ce m'est mille fois plus doux qu'avoir toute autre.
« Cette emprise que vous jetez insconsciemment et vous avez jetée même sur moi, est plus haute que l'attraction sexuelle, déesse, et non par des perfections, déesse à force d'humanité. A mon analyse comparative de savant et de viveur, vous jaillissez si unique que je voudrais vous inspirer la religion de vous-même.
Soyez fière, vous êtes la plus femme des femmes. Oh! quel orgueil j'ai de ma sœur...
« Adonisez-vous l'âme et l'esprit comme le corps. Je vous voudrais si infatuée que votre pied crut se profaner à frôler le sol.
« Si votre ascension vous éloigne de moi, qu'importe: je vous aurai exhaussée !
« Laissez-moi être celui qui montre le chemin des étoiles ; quand vous serez blasphémée par la vie et méconnue du monde, regardez-vous en Nergal pour reprendre orgueil.
« Noble faucon, restez un moment sur ma main, avant de prendre vol vers nos sœurs planétaires
« Bon compagnon de la route idéale, j'offre mon cœur pour essayer vos ailes : je vous veux grande, plus que mienne.
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« Montez, montez, montez même sur moi ! »
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gan Istar, — I have nourished against you black mistrusts expressed in bitterness: nevertheless in those meetings so pale of expansion, where so little of my heart has sprung from my lips, faith has come to me. I believe now; I open to you a soul where nothing more is rebellious. Of all that is owed me, I remit myself to you, Nergal.
« The noblest word one being can say to another being: « To you, blindly. »
« Your light has forced the eyes of my prudence to close- Your nobility has appeared to me, so evident, so soliciting, that I wish to make you an act of faith.
« Higher than sex, well beyond desire, resides a religious sentimentality, we are two specimens of it.
« Alone, you have seen, proclaimed my supernaturality.
« Alone therefore you deserve me. Life has confronted us too late to make our two existences flow together ; let each of us respect the other's destiny and let us bear like a eucharist, a balm and an aegis, you, my heart, I, yours. »
A profound emotion deadened the young man's voice.
■ — Oh! mine, sad, but beautiful and faithful, will always be the clearest mirror in which to look at yourself. It is not a Nergal, stronger than love, stronger than life, who loves you ; nor is it someone who descends toward you, it is a proud man wlio discovers
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that you are of his stature, and who loves his own blood, in your veins.
« Your hands are the worthiest, the noblest for that plaintive deposit; I place my dream in them.
— Better were, -r- she resumed, — the grief of seeing myself betrayed and deceived than the remorse of having failed to know the only being met according to my heart. »
Both held out their hand and by an othet same movement withdrew it.
The attraction was such from Fthe one to Tthe other that the least contact would have been a lust.
— Oh ! the charter consented to by our hearts, — cried Nergal, — - more grandiose than that of monarchs, will make us live a masterpiece of sentiment above those of the mind.
« To make hover without failing, that amphibian which soars and ceaselessly falls back, is that not the work nearest the divine?
« Love even great is but an eagle, and that traverser of the clouds feeds basely; our androgynate is going to anticipate heaven.
« Great exiles of the œther, let us not ask of life that pretended happiness made of vulgarity and of vertigo which rejoices the barbarians; our royalty shall be our suffering desire. Let us couple our hearts, let us suffer with two souls...
« Sister whom obscure disasters long stole from my tenderness, I have found you again, alas ! married and mother. Let us accept what life has done ill;
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it befits the Œlohites to accomplish carefully their duty as mortals. He alone would have the right to sacrifice himself who is free...
« Ontheseaoflife, eachshallbethehavenoftheother...
« Oh ! all the heart that I hâve thrown upon insignificant creatures from the need of loving, I regret it; and yet, I have done you no wrong, even while ignorant of you.
« Spasms, words, what are they beside the parhelian gravitation ; beside the elbow to elbow in the indefinite ascent which sets out from the hour of time, always dolorous and incomplete, to range itself up to eternity.
— Yes, — cried Istar, — through you I vibrate higher even than fiction.
— Higher than fiction, you say; there is then a just Providence. My artist's dream, you realise it.
« Hail, Diotima, seraphic ■ Gioconda ! It is thy heart that pushes mine and assumpts it...
« I believe in thee, Istar, as in the sun... »
And he had risen, enthusiastic and beautiful as an ancestral incanter.
She closed her eyes, clenched her hands on the stuffs; her beating throat alone answered.
~ You keep silence, Istar; by what magic does your silence prevail over all speech and how do I see across your immobility your soul living the most intense marvels? I am present, distracted spectator, at that divine com.edy which is played in you
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for me alone. O the delights of your contemplation ! He resumed:
— The sentiment that moves me is royal and worthy of its object, since it sustains itself by sight alone, recollected. To see you is a thousand times sweeter to me than to have any other.
« That hold which you cast unsconsciously and have cast even upon me, is higher than sexual attraction, goddess, and not by perfections, goddess by dint of humanity. To my comparative analysis of a savant and of a man about town, you spring forth so unique that I should like to inspire in you the religion of yourself. Be proud, you are the most woman of women. Oh! what pride I have in my sister...
« Adonise your soul and your mind as your body. I should wish you so infatuated that your foot believed itself profaned in brushing the ground.
« If your ascension carries you far from me, what matter: I shall have raised you !
« Let me be he who shows the road of the stars ; when you shall be blasphemed by life and unrecognised by the world, look at yourself in Nergal to take pride again.
« Noble falcon, stay a moment on my hand, before taking flight toward our planetary sisters
« Good companion of the ideal road, I offer my heart to try your wings: I want you great, more than mine.
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« Mount, mount, mount even upon me ! »
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