Istar — Joséphin Péladan (1888)

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M"^^ Chosalet est de robe; son époux, avocat général, lui permet de se dire « femme d'une autorité »; car c'est une trouvaille cette expression lyonnaise : « Toutes les femmes des autorités étaient à ce mariage ». Dévote, prétentieuse qui dit aux abbés : « Dites-moi un peu de saint Thomas », et les abbés lui en disent qu'elle écoute en se mirant dans ses ongles qui sont bombés et le plus intéressant de toute sa personne lourde.

M"^^ Malabierne passe pour spirituelle, elle est brune, maigre et un peu agitée pour une Hollandaise pe France; on la dit langue pointue, et terrible sur

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l'article « adultère »; elle a des dents éclatantes, lupiennes, et calomnie par habitude, comme on fume.

M"^e Andancette la chair trop rose, des yeux bleu faïence, le cheveu blond fade, beaucoup de gorge et vingt-trois ans ; à trente ans elle sera laide, aujourd'hui elle inspire aux hommes ce dire : « Un morceau de roi ». En petit comité, elle chante les Périchole et les Mascotte ; ses bonnes amies la surveillent, on la pressent intérieurement rébellionnée contre la vie plate : très coquette, et qui deviendrait toquée] sans le brouillard bienfaisant qui, s'élevant des deux rives, ouate et cotonne les sens.

M^^^ Saulce a parfois des choses intéressantes dans les ailes du nez, ou qui filtrent sous la paupière baissée ; très blanche, fausse maigre, on dirait une pensionnaire qui se fait une raison, très jalouse de l'effet que produit une autre; passe pour flirter trop vivement; les remous du désir ont Jieu très au fond et jamais ne débordent.

On croit qu'elle peut accorder de menues faveurs, elle aime qu'on lui baise la main au lieu de la lui serrer.

]y[mes Boulidou et Loriol sont mondainement associées, comme leurs maris; ces deux noms sont très honorés à la condition des soies; elles s'émulent à découvrir des appendices à la parfaite cuisinière, leurs dîners tiennent du sport; on dit dans le Tout-Lyon : « M"^^ Boulidou donne à dîner lundi et M"^^ Loriol Çvamedi. je parie dix louis pour le dîner Boulidou. —

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Je les tiens pour le dîner Loriol. » Elles parlent constamment de sauce, court-bouillon, bain-marie, et dépensent, pour l'emporter en primeurs l'une sur l'autre, plus qu'une élégante chez Redfern à sa toilette. Aussi MM. Boulidou et Loriol sont-ils des maris enviés, leurs femmes font vraiment valoir les fortunes; ces dames parlent bonnes et étendent leur sollicitude de Maritorne jusqu'à la soupe des pauvres et aux fourneaux économiques. Elles ne comprennent qu un péché, la gourmandise : « Mon père, je m'accuse de... mais vous y étiez... n'est-ce pas que mon chaud-froid aux mauviettes truffées... » Très charitables de bourse, elles voudraient attabler l'humanité entière; implacables au sexuel : « L'amour, disent-elles, c'est bon pour des bêtes et non pour des chrétiennes. »

]y[me Poitevinière est la femme d'un professeur de la Faculté des lettres; elle fait de mauvais vers, répète les phrases maritales, parle de Jean-Paul à propos de chiffons et se met ei). jeune fille, coiffée en Anglaise, le ton de la peau tendrement bête ; bergère des Alpes très susceptible, la Philaminte bigotée.

Mi^^ Salmaize est l'heureuse épouse d'un député du Rhône ; « femme de député », c'est mieux encore que « femme d'autorité » ; citée comme un modèle de résignation conjugale, son mari étant « coureur » et menaçant de son cœur et de son parapluie toutes les femmes cju'il rencontre les jours d'ondées.

]y[me Yioreau, grisonnante, a été jolie et semble

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regretter le temps perdu assez rageusement; dame \ de toutes les œuvres, présidente de toutes les arcîiiconfréries et hyène de toutes les réputations; choyée par crainte.

Ces dames sont émues, elles pressentent un élément nouveau d'intérêt dans leur vie; elles vont avoir sous les yeux, à discrétion de loupe, un de ces légendaires Parisiens de la littérature qu'on entrevoit seulement à Paris, et toutes, même Boulidou et Loriol, rêvent d'accaparer Nergal, sans autre raison encore que l'ôter aux bonnes amies; elles combinent déjà d'irrésistibles menus, tandis que ]y[me Aynes entend bien l'emporter en sa qualité de mi-Parisienne ; M"^^ Andancette cherche quelque occasion de montrer le rosissement de ses épaules; M"^^ Saulce a le nez agité. La Malibierne s'apprête à médire de toutes et Vioreau se promet d'édifier jusqu'à stupéfaction. Salmaise jouera la femme forte et M"^^ Poitevinière pense être appelée cher confrère.

Toutes ont de riches étoffes, un peu lourdes.

— Vous l'avez reçu à Paris? — interroge M"^^ Andacette.

— Oh! reçu,— faitM^^e Aynes qui ne veut pas passer pour entichée d'un personnage dont le sort mondain à Lyon est très indécis :

Une fois à présentation, une autre à déjeuner. — Une troisième à digestion, — appuya M^^^ Vioreau ^ la camerera-mayor des convenances.

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— Il ne fait pas ces visites-là, — dit M^^ Ajmes. Une stupéfaction se produit.

— Un mal élevé, alors ! — s'exclame M"^^ Boulidou.

— On ne peut pas dire qu'il soit mal élevé, il ne Test pas du tout; il entre avec son manteau et laisse son chapeau à l'antichambre.

• — On dit sa conversation indécente?

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M"^^ Chosalet is of the robe; her husband, advocate-general, permits her to call herself « wife of an authority »; for it is a find, that lyonnais expression: « All the wives of the authorities were at that wedding ». A devotee, pretentious, who says to the abbés: « Tell me a little saint Thomas », and the abbés tell her some, which she listens to while gazing at herself in her nails, which are convex and the most interesting thing about her whole heavy person.

M"^^ Malabierne passes for witty, she is dark, thin and a little agitated for a Dutchwoman pf France; she is said to have a sharp tongue, and to be terrible on

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the article « adultery »; she has dazzling, lupine teeth, and calumniates from habit, as one smokes.

M"^e Andancette, her flesh too pink, eyes of faience blue, insipid blond hair, much bosom and twenty-three years; at thirty she will be ugly, to-day she inspires in men this saying: « A morsel for a king ». In small company, she sings the Périchole and the Mascotte; her good friends watch her, one forebodes her inwardly in rebellion against the flat life: very coquettish, and one who would go crazy] but for the beneficent fog which, rising from the two banks, wads and cottons the senses.

M^^^ Saulce has sometimes interesting things in the wings of her nose, or which filter under the lowered eyelid; very white, falsely thin, one would say a boarding-school girl making the best of it, very jealous of the effect another produces; passes for flirting too vividly; the eddies of desire take place very deep down and never overflow.

It is believed she may accord small favours, she likes her hand to be kissed instead of shaken.

]y[mes Boulidou and Loriol are worldly associates, as their husbands are; those two names are much honoured at the silk-conditioning house; they emulate one another in discovering appendices to the perfect cook, their dinners partake of sport; it is said in the Whole-Lyon: « M"^^ Boulidou gives a dinner on Monday and M"^^ Loriol on Çvaturday. I wager ten louis on the Boulidou dinner. —

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I take them for the Loriol dinner. » They talk constantly of sauce, court-bouillon, bain-marie, and spend, to carry it over one another in early produce, more than an elegant woman spends at Redfern's on her toilette. And so MM. Boulidou and Loriol are envied husbands, their wives truly turn their fortunes to account; these ladies talk servants and extend their Maritornes' solicitude as far as the soup of the poor and the economical stoves. They understand but one sin, gluttony: « My father, I accuse myself of... but you were there... was not my chaud-froid of truffled larks... » Very charitable of purse, they would set all humanity at table; implacable in the sexual: « Love, they say, is good for beasts and not for christian women. »

]y[me Poitevinière is the wife of a professor of the Faculty of letters; she makes bad verses, repeats her husband's phrases, talks of Jean-Paul apropos of rags and dresses ei). as a young girl, coiffed in the English manner, the tone of her skin tenderly stupid; a very touchy shepherdess of the Alps, the bigoted Philaminte.

Mi^^ Salmaize is the happy wife of a deputy of the Rhône; « wife of a deputy » is better still than « wife of an authority »; cited as a model of conjugal resignation, her husband being a « runner » and threatening with his heart and his umbrella all the women cjhe meets on showery days.

]y[me Yioreau, growing grey, has been pretty and seems

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to regret the lost time rather ragefully; lady \ of all the good works, president of all the archconfraternities and hyena of all reputations; petted out of fear.

These ladies are moved, they forebode a new element of interest in their life; they are going to have under their eyes, at the discretion of a magnifying glass, one of those legendary Parisians of literature whom one only glimpses at Paris, and all, even Boulidou and Loriol, dream of monopolising Nergal, with as yet no other reason than to take him from their good friends; they are already combining irresistible menus, while ]y[me Aynes fully intends to carry it off in her quality of half-Parisian; M"^^ Andancette seeks some occasion of showing the rosying of her shoulders; M"^^ Saulce has an agitated nose. The Malibierne prepares to slander them all and Vioreau promises herself to edify to the point of stupefaction. Salmaise will play the strong woman and M"^^ Poitevinière thinks to be called dear colleague.

All have rich stuffs, a little heavy.

— You received him at Paris? — asks M"^^ Andacette.

— Oh! received,— saysM^^e Aynes who does not wish to pass for infatuated with a personage whose worldly fate at Lyon is very undecided:

Once at a presentation, another at luncheon. — A third at digestion, — pressed M^^^ Vioreau ^ the camerera-mayor of the proprieties.

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— He does not make those visits, — said M^^ Ajmes. A stupefaction is produced.

— An ill-bred man, then! — exclaims M"^^ Boulidou.

— One cannot say that he is ill bred, he is not so at all; he comes in with his cloak and leaves his hat in the antechamber.

• — His conversation is said to be indecent?

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