Istar — Joséphin Péladan (1888)

Open to allVarious; see each volume357 segments · 119 pp
page 81

Sebaste était des hommes désirée ; son vêtement toujours d'or ou de soie éblouissait, mais moins que sa prunelle, car elle avait dans le regard la vertu des pierres précieuses.

Sebaste était des femmes déchirée; sa séduction uB don de Dieu, et qu'aucune rivale ne put imiter, car elle avait reçu d'en haut autant de grâces au

Istar

p. 307

visage qu'à Fâme, ce qui montre que Dieu veut bien que la vertu soit attifée, adornée et plaisante.

Sebaste détestait le monde bête et laid où il lui fallait vivre; sous sa résignation, Tennui apparaissait, et tous, bêtes et laids auraient voulu la perdre.

Sebaste accomplissait les rites de Tesprit, pieuse du génie, prêtresse de la gloire et donnait son loisir aux grands rêves humains.

Sebaste laissait voir auprès de son chevet les rouleaux du poète et les tablettes d'histoire ; on l'accusait de vivre avec les papyrus, d'être sorcière.

Sebaste gémissait de vivre chez les Brûles du Midi de la France ; tous ses vœux aspiraient aux Symposes Dyzantmes.

Sebaste un jour eut joie ; en sa bourgade vmt un des plus merveilleux platoniciens de Vheure, qui la discipula, enseignement fécond.

Sebaste s'enivra de pensée et de beau sans songer qu'au midi, on ne croit rien sans vice, et on calomnia son désir du savoir en une accusation lubrique.

Sebaste reprochée par tout le bourg infect, redressa fièrement son orgueil blasphémé. On résolut sa mort.

Sebaste, suivant le mode du pays, vivait le plus souvent dans un vaste atrium; par l'hypêtre, chaque jour en passant, les languedociens jetaient des javelots, si bien visés, à travers la muraille, qu'ils blessaient tous Sebaste, sans la tuer.

Se baste, ainsi longtemps, subit ce martyre jusqu'au

3o8

Istar

jour, où quelqu'un des bourreaux se porta sur Tantefixe et la férit d'un pieu.

Sebaste dit « Merci », en expirant; son âme fut portée par Platon et saint Jean jusqu'aux pieds du Très-Haut, qui lui donna à mener le chœur des Hypathies célestes.

L'Eglise et l'idéal ont chacun déclaré Sebaste sainte; et le platonicien qui la discipula, composa sur sa mort, un hymnal immortel. Seulement, comme il faut, selon la loi de Dieu que justice se fasse en terre comme au lieu, le bourg fut à jamais maudit et réputé barbare : afin de vous apprendre, chrétiens, à respecter les belles âmes qui sont élues de Dieu et toujours très vengées.

Ainsi soit-iil

vin

RÉTRACTJON

j Résolument, Nergal arrivé pendant une absence d'Istar, s'asseyait au pupitre, rouvrait le cahier et prenait une plume : mais n'avait-il pas toute la vie pour écrire, tandis que peu de jours lui étaient dévolus d'adelphat.

La sœur le trouvait donc rêvant : et à son objurgation d'entière bonne foi, il répondait « demain ».

Tous les sentiments violents niaisent d'une crédulité de rustique ; sous la pression passionnelle, les notions se déforment en impressions ; l'âme s'animalise, on attend et on craint, on exulte ou pleure et l'entendement n'a que l'office de détailler et de motiver par de souples et multiples incohérences.

L'unisson des âmes est un état si extraordinaire que la plus grande infatuation de soi ne permet pas d'y croire. Que l'accord soit long à s'établir ou immédiat, une peur maladive de la dissonnance nous gâtép. 310 istar les plus belles heures. Caresse mal osée, ou repousseraent impéritieux, et le duo d'amour se scinde en deux souffrants soliloques.

C'est une grande matière à souffrir, la subtilité de Tesprit, et les délicatesses exagérées ont plus faussé de situations que la brusquerie.

On échange très peu d iiéts entre amants et encore moins de sensations. Tout le phénomène attractif évolue d'un peresprit à Uautre, et le peresprit ou âme fluidique ne peut se déterminer, en l'état de la biologie occulte, qu'avec les termes combinés de l'électricité et de la musique.

Les Œlohites écoutaient leurs voix plutôt qije leurs paroles ; nul n'ignore que l'intonation est tout le langage animique ; la sténographie du dialogue sexuel ne donnerait rien. « Je t'aime, va, oh! ce que je t'aime » signifie parfois l'antiphrase : « Monstre, je vous hais, laissez-moi » la reddition même et la fin de la défense.

Non seulement la parole d'amour se réduit à une mélodie sentimentale, mais l'œil précise aussi bien qu'un discours, tellement la pensée se restreint en ces moments. Du pied, du coude, de la nuque, de moins encore, d'un frôlement d'étoffe, presque sans contact, les formules les plus décisives s'expriment.

Ce qu'on appelle la communion des âmes cette transmission nerveuse, prouve que l'amour a des lois formulables très voisines des normes de physique générale : à l'organique la dilatation se paraiIstar lélise avec la joie morale et constriction s'analogise à la tristesse.

La stase se place donc entre deux congestions ; l'une voluptueuse et expansive, l'autre rétractive et douloureuse.

Istar ne savait pas quel surcroît de souffrance elle avait décrété en se refusant au baise-mains.

L'accumulation et plus nettement la charge animique, que l'imagination fomentait avant qu'ils se vissent ne se déchargeait pas, faute d'un contact, et se quittant, ils se laissaient en grand malaise.

machine-assisted · checkedpage 81

Sebaste was of men desired ; her garment always of gold or of silk dazzled, but less than her pupil, for she had in her look the virtue of precious stones.

Sebaste was of women torn; her seduction uB gift of God, and that no rival could imitate, for she had received from on high as many graces in the

Istar

307

face as in Fthe soul, which shows that God is willing that virtue be tricked out, adorned and pleasing.

Sebaste detested the stupid and ugly world where she had to live; beneath her resignation, Tweariness appeared, and all, stupid and ugly, would have liked to ruin her.

Sebaste accomplished the rites of Tthe mind, pious of genius, priestess of glory and gave her leisure to the great human dreams.

Sebaste let be seen beside her bed-head the poet's rolls and the tablets of history ; she was accused of living with the papyri, of being a sorceress.

Sebaste groaned at living among the Burnt Ones of the Midi of France ; all her wishes aspired to the Dyzantme Symposes.

Sebaste one day had joy ; into her borough caine one of the most marvellous platonists of Vthe hour, who discipled her, fecund teaching.

Sebaste intoxicated herself with thought and with the beautiful without thinking that in the midi, nothing is believed without vice, and her desire of knowing was calumniated into a lubricious accusation.

Sebaste reproached by the whole infect borough, proudly straightened her blasphemed pride. Her death was resolved upon.

Sebaste, following the mode of the country, lived most often in a vast atrium; through the hypaethre, every day in passing, the languedocians threw javelins, so well aimed, across the wall, that they all wounded Sebaste, without killing her.

Se baste, thus for long, underwent that martyrdom until the

3o8

Istar

day, when one of the executioners bore upon Tthe antefix and smote her with a stake.

Sebaste said « Thanks », in expiring; her soul was borne by Plato and saint John to the feet of the Most High, who gave her to lead the choir of the celestial Hypatias.

The Church and the ideal have each declared Sebaste holy; and the platonist who discipled her, composed upon her death, an immortal hymnal. Only, as it is needful, according to God's law that justice be done on earth as in the place, the borough was for ever cursed and reputed barbarous: in order to teach you, christians, to respect the beautiful souls who are elect of God and always well avenged.

So be it-iit

vin

RETRACTJON

j Resolutely, Nergal arriving during an absence of Istar's, sat down at the desk, reopened the notebook and took a pen: but had he not all his life to write in, whereas few days were allotted him of adelphate.

The sister therefore found him dreaming: and to her objurgation of entire good faith, he answered « tomorrow ».

All violent sentiments play the fool with a rustic's credulity ; under the passional pressure, notions deform into impressions ; the soul animalises itself, one waits and one fears, one exults or weeps and the understanding has no office but to detail and to motivate by supple and multiple incoherences.

The unison of souls is a state so extraordinary that the greatest self-infatuation does not permit one to believe in it. Whether the accord be long in establishing itself or immediate, a morbid fear of dissonnance spoils for us

310

istar

the most beautiful hours. A caress ill dared, or an unskilful repulsiny, and the duo of love splits into two suffering soliloquies.

It is a great matter for suffering, the subtlety of Tthe mind, and exaggerated delicacies have falsified more situations than brusqueness.

One exchanges very few iieas between lovers and still fewer sensations. The whole attractive phenomenon evolves from one peresprit to Uthe other, and the peresprit or fluidic soul cannot be determined, in the state of occult biology, save with the combined terms of electricity and of music.

The Œlohites listened to their voices rather tban their words ; none is ignorant that intonation is the whole animic language ; the stenography of the sexual dialogue would give nothing. « I love thee, go to, oh! how I love thee » signifies sometimes the antiphrasis: « Monster, I hate you, leave me » the very surrender and the end of the defence.

Not only does the word of love reduce itself to a sentimental melody, but the eye specifies as well as a discourse, so much does thought restrict itself in those moments. By the foot, by the elbow, by the nape, by less still, by a brushing of stuff, almost without contact, the most decisive formulas express themselves.

What is called the communion of souls, that nervous transmission, proves that love has formulable laws very near the norms of general physics: in the organic, dilatation paralIstar

lelises itself with moral joy and constriction analogises itself to sadness.

Stasis places itself therefore between two congestions ; the one voluptuous and expansive, the other retractive and dolorous.

Istar did not know what a surcharge of suffering she had decreed in refusing herself the hand-kissing.

The accumulation and more clearly the animic charge, which imagination fomented before they saw one another, did not discharge itself, for want of a contact, and in parting, they left one another in great malaise.

Commentary
page 81 ·

No commentary for this page under the selected tracks.

There is commentary on page 1.