Istar — Joséphin Péladan (1888)

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En ce luxe étrange, Testhète qui souffrait tant de son armoire à glace qu'il en avait ôté la glace; dont une joie des joies avait été de donner une commode d'érable contre un vieux coffre en cuir racorni, prenait un bain de luxe; l'Asiatique qui était en lui, le Babylonien, sentait des perceptions encore inconnues, il remontait vers le passé de sa race.

— Eh bien! monsieur Nergal, voici deux minutes que j^ vous contemple autant que quelque chose ou quelqu'un peut se voir...

M""^ Capimont encore en toilette de ville, appuyée sur une haute ombrelle, étaic devant lui.

— Grande Istar, je rêvais de vous, — dit-il encore rêvant, .et sans se lever.

Quelque supérieure que fût M"^*" Capimont, elle s'attendait à un mot d'excuse pour les libertés prises.

— Si mon mari était rentré avant moi, il eût été au moins étonné, et les gens...

Votre fille seule est venue.

— C'est fâcheux, cela! et que faisiez-vous, quand elle vous a vu?

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— Je mettais vos dieux en ordre.

Istar regarda alors et vit les statues chrétiennes transportées et mises en places respectueuses.

Elle allait se récrier, quand elle entendit le plus doux des miaulements; le grand chat noir se dressa contre elle, ronronnant.

— Je Tai trouvé à votre porte et je lui ai promis que vous accepteriez son vasselage.

— Vraiment, monsieur Nergal, tout cela est un peu vif

— Je me suis cru chez ma sœur, — dit-il.

— Votre sœur, monsieur Nergal, n'est pas chez elle; moralement je suis Istar, soit; réellement, je suis M"'" Capimont.

— Hélas, — fit-il, et ce mot il le laissa tomber avec une tristesse si rageuse ; ce mot, il le chargea d un tel regret, que la femme s'émut :

— Je vous pardonne si votre indiscrétion s'est bornée; avez-vous soulevé ce rideau?

— Oui, — dit Nergal. Et avidement :

— Où mène cet escalier que ferme cette porte de cuivre ajouré, qu'éclaire cette veilleuse rouge?

— Cet escalier, un seul homme le monte; cette porte de cuivre s'appelle le devoir, et cette lampe n'éclairera jamais une défaillance.

Nergal, les bras croisés, l'œil atterré, ne répondait pas, et ce silence agaçait Istar :

— J'attendais un second ^ hélas ».

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— Vous attendiez donc un éclat de vulgarité et un cri sexuel ? Non pas, les reines doivent mourir reines et les nobles femmes pures ; mais la tristesse est permise devant toute voie douloureuse,

— Que dois-je entendre?

— Que si j'ai été audacieux, vous n'êtes pas vousmême; cette humeur pour mon inconvenance est indigne de nous deux; je ne veux pas que vous me disiez « monsieur », je ne vous dirai plus « madame » qu'en public, et nous employons malle jour tardif où Dieu nous réunit.

Le chat s'était de* nouveau dressé.

— Oui, je te garderai, — dit-elle, ainsi déviant sur l'animal la douceur qui s'adressait au jeune homme.

— Merci, Grande Istar; je ne crois pas au hasard, il n'est pas insignifiant que ce félin soit entré ici avec moi ; considérez-le comme un talisman, comme un daïmon familier : le jour où il serait malade, méfiezvous; le jour où il serait blessé, mettez-vous en garde; le jour où il mourrait de mort violente, appelez-moi, Vous seriez en péril.

— Le pire, c'est que je ne suis pas rebelle à vos contes bleus ; — elle alla ouvrir la serre pour aérer.

A ce moment, M. Capimont entra, les deux hommes se serrèrent la main.

Sanguin, et d'une stature qui faisait passer son épaisseur, Capimont, aux épaules d'athlète, à la fiigure franche, à l'allure vive, représentait l'homme d'action et de devoir, dans le sens militaire du mot.

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Il avait des consignes pour pensées; à cela près, il adorait sa femme et sa fille, ne s'^aimait que chez lui ; il eût été le meilleur des maris [pour une femme ou bourgeoise ou mondaine.

Quand il prit un baiser bruyant de bienvenue sur la joue dlstar, Nergal perçut le dam de cette femme, et il comprit ce luxe auquel elle demandait Tétourdissement et la résignation.

— Oh ! l'étrange idée de s'enfumer ainsi, et voyez, monsieur Nergal, avant même d'ôter ses gants, elle vous a gratifié d'une fumigation... il est vrai que vous, vous pouvez aimer cela... Tiens! tes bons dieux ont changé de place; ce n'est pas toi qui a pu les monter sur les baldaquins.

— J'avais prié M. Nergal, si j'étais en retard, de se distraire à cet arrangement.

— Mais il n'a arrangé que les bons dieux catholiques; même en cela vous êtes fanatique, monsieur Nergal.

— Même, — fit le romancier en souriant, et ils causèrent bibelots, tandis que M""^ Capimont allait changer de robe.

Le romancier n'écoutait pas des histoires de collectionneurs et d'achats, dramatiques par leurs péripéties ; il pensait que peut-être le malheur entrait avec lui sous c^ toit; moralement, il avait déjà pris la femme de cet homme, et en partant, il emporterait ce cœur né à son souffle.

Il ne pensa pas un instant qu'Istar pût faillir, ni

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lui-même : il n'apportait pas l'adultère, mais il apportait l'idéal, et Tidéal souffle parfois un vent de mort, quand il passe sur des existences où la paix vient de somnolence et d'abêtissement.

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In that strange luxury, Tthe aesthete who suffered so from his mirror-wardrobe that he had taken the mirror out of it; whose joy of joys had been to give a maple chest of drawers for an old coffer of shrivelled leather, took a bath of luxury; the Asiatic who was in him, the Babylonian, felt perceptions still unknown, he mounted back toward the past of his race.

— Well then! monsieur Nergal, it is two minutes that I^ have been contemplating you as much as something or someone can be seen...

M""^ Capimont still in town toilette, leaning upon a tall parasol, wac before him.

— Great Istar, I was dreaming of you, — said he still dreaming, .and without rising.

However superior M"^*" Capimont might be, she expected a word of excuse for the liberties taken.

— If my husband had come home before me, he would have been at least astonished, and the servants...

Your daughter alone came.

— That is vexatious! and what were you doing, when she saw you?

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— I was putting your gods in order.

Istar then looked and saw the christian statues transported and set in respectful places.

She was going to cry out, when she heard the sweetest of mewings; the great black cat reared against her, purring.

— I Tfound him at your door and I promised him that you would accept his vassalage.

— Truly, monsieur Nergal, all that is a little brisk

— I believed myself at my sister's, — said he.

— Your sister, monsieur Nergal, is not in her own house; morally I am Istar, be it so; really, I am M"'" Capimont.

— Alas, — he made, and that word he let it fall with a sadness so raging ; that word, he charged it with such a regret, that the woman was moved:

— I pardon you if your indiscretion stopped there; did you raise that curtain?

— Yes, — said Nergal. And avidly:

— Where does that staircase lead which that door of pierced copper closes, which that red night-light lights?

— That staircase, one man alone mounts it; that copper door is called duty, and that lamp will never light a failing.

Nergal, arms crossed, eye appalled, did not answer, and that silence vexed Istar:

— I was expecting a second ^ alas ».

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— You were expecting then a burst of vulgarity and a sexual cry? Not so, queens must die queens and noble women pure ; but sadness is permitted before every dolorous way,

— What am I to understand?

— That if I have been audacious, you are not yourself; this humour at my unseemliness is unworthy of us both; I will not have you say « monsieur » to me, I shall say « madame » to you only in public, and we are employing illthe late day on which God reunites us.

The cat had a* new reared himself.

— Yes, I shall keep thee, — said she, thus deviating upon the animal the sweetness that was addressed to the young man.

— Thanks, Great Istar; I do not believe in chance, it is not insignificant that this feline entered here with me ; consider him as a talisman, as a familiar daïmon: the day he should be ill, mistrustyourself; the day he should be wounded, put yourself on guard; the day he should die of a violent death, call me, You would be in peril.

— The worst is that I am not rebellious to your blue tales ; — she went to open the conservatory to air it.

At that moment, M. Capimont entered, the two men pressed hands.

Sanguine, and of a stature that made his thickness pass, Capimont, with athlete's shoulders, with frank fiigure, with lively bearing, represented the man of action and of duty, in the military sense of the word.

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He had standing orders for thoughts; that apart, he adored his wife and his daughter, ^liked himself only at home ; he would have been the best of husbands [for a woman either bourgeoise or worldly.

When he took a noisy kiss of welcome on dIstar's cheek, Nergal perceived that woman's damnation, and he understood that luxury from which she asked Tstunning and resignation.

— Oh ! the strange idea of smoking oneself out like this, and see, monsieur Nergal, before even taking off her gloves, she has gratified you with a fumigation... it is true that you, you may like that... Hullo! thy good gods have changed place; it is not thou who has been able to mount them on the baldachins.

— I had begged M. Nergal, if I were late, to divert himself with that arrangement.

— But he has arranged only the catholic good gods; even in that you are a fanatic, monsieur Nergal.

— Even so, — made the novelist smiling, and they chatted knick-knacks, while M""^ Capimont went to change her gown.

The novelist did not listen to stories of collectors and of purchases, dramatic by their vicissitudes ; he was thinking that perhaps misfortune entered with him under th^ roof; morally, he had already taken that man's wife, and in departing, he would carry off that heart born at his breath.

He did not think for an instant that Istar could fail, nor

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himself: he did not bring adultery, but he brought the ideal, and Tthe ideal sometimes breathes a wind of death, when it passes over existences where peace comes of somnolence and of stultification.

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