Istar — Joséphin Péladan (1888)

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maladie : désharmonie conceptive dans le monde intellectif ou divin; désharmonie affective dans le monde passionnel ou daïmonio-humain; désharmonie organique dans le monde végétatif.

Ce qui explique l'idée catéchiste du péché originel, c'est que Dieu ayant dsf^^i^ê leur mouvement aux trois énormons, il a suffi d'un péché pour casser ou détendre à jamais les cordes de la grande cythare humaine.

Or, rhyperphysique fournit un tel réquisitoire contre les gens et les choses d'aujourd'hui que, si l'instinct de là conservation était averti, tous les ignares bandits qui nous gouvernent seraient étripés comme démolisseurs de la planète.

Jamais, depuis l'aube historique, aucun gouvernant, fût-il chef de sauvages, fût-il sceptique comme un voyou français, n'a méconnu l'importance des couvents au point de vue du dynamisme général.

Le couvent fait équilibre au lupanar, et les conti« nences et les viduités aux débauches et aux luxures. Les vieux druides considéraient la virginité comme un élément de purification animique et, à Rome, on voit même avant la décadence, l'énorme ville en orgie, trembler à la seule pensée que les Vestales cessent de les palladier de leur vertu.

Ces bons niais du progrès rient au prononcer de décadence latine; ils ont raison, c'est décadence planétaire qu'il faut dire. Inondations et tremblements de terre, refroidissement de la température que la

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dévote attribue à la colère divine s'appellent pour le mage, transmission sérielle.

L'action réciproque des trois mondanités apparaît, éclatante, dans la passion; la caresse déplaçant la sensibilité, qu'est-ce sinon des transpositions animiques de l'instinct; celles du cœur en intellection.

Quelle que soit Fopinion du matérialiste, l'homme assez subtil d'essence pour faire monter à son cœur le mouvement de ses reins ; à son esprit la pulsation cardiaque domine, ariste indéniable et véritable pur sang humain, les grossiers et imparfaits voluptueux qui n'ont point de pensée et le cœur bas. Comme l'équilibre est la grande impossibilité, même aux saints, qui ne monte pas descend; et Pascal s'est trompé : ange ou bête il faut opter.

Ce qui sauvait les Œlohites de la douleur du désir, c'était ce sentiment indicible quand de momentané il se perpétualise : de la communion absolue : Ils se donnaient si exactement l'un à l'autre de l'esprit et de l'âme; leur pensée essorait si harmonieuse, leur cœur battait un tel unisson qu'une volupté les pâmait en les satisfaisant.

Les grands discours du premier moment, ces paroles dites pour obstruer le baiser prêt à jaillir, ralenties d'abord, cessèrent. Les dieux et les amants doivent être représentés silencieux. La parole est superflue quand on est le Verbe ou qu'on a le Rêve.

Pour jouir d'une vesprée, il ne faut que s'ouvrir,

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que s'offrir à Fimpression ambiante : bientôt, presque tout de suite, on est pénétré, enveloppé du magnétisme de la terre . musique des sources et des bruissements ; colorations du ciel, parfums épars, caresse même, caresse de Pair qui semble l^attouchement doux d'une aimante femme.

Ainsi, au boudoir des Gloriettes, ils écoutaient, elle, le rauquement de sa gorge séchée d'émotion, lui, Fimperceptible froissis de sa robe; ils voyaient dans leurs yeux passer des ciels féeriques et parfois des sylphides apitoyées poussaient jusqu'aux lèvres de lun Fair expiré par la poitrine de l'autre.

L'atmosphère, entremetteuse indifférente, charriait les caresses errantes et qui se venaient subtilement poser : le boudoir s'alourdissait d'amour comme Tair s'électrise : et une griserie les berçait, immobiles, distants, les yeux clos.

— Ce sont là des heures diaboliques, mon frère, — dit un jour Istar avec cette droiture qui ne déviait pas.

— En effet, — répondit le jeune homme, — nous vivons des perceptions mi-angéliques, mi-humaines. Ne calomnions pas le diable, ce n'est qu'un malheureux.

— Ah! je puis donc le risquer sans blesser votre rigorisme catholique, — et déjà perçait un respect de la religion de l'Aimé, — j'ai eu un instant l'habitude très blâmée de dire « mon pauvre ami le diable » ; instinctivement plaignante et énigmatiquement parente

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NOBLE DÉSIR

« Nos qualités et nos défauts sont des êtres avec qui nous habitons. Ce sont les pénates que notre âme affligée retrouve partout, avec une désespérante constance, quelque part qu'elle s'égare, dans la chimère même des plus nobles dégagements ». Cette pensée d'Armand Hayem, qui semble de La Bruyère, s'appliquait à un sentiment identique chez les deux amants : l'idée de la Gloire et les besoins d'orgueil.

Istar n'aimait pas seulement en Nergal le jeune homme renommé, beau, parfumé, et aux caresses hypothètiquement exquises; elle aimait le donneur de renom, l'être qui pouvait lancer un nom de femme au ciel de l'art et l'y fixer scintillant pour toujours.

Quand elle rêvait la vie possible si elle l'avait commencée avec lui, elle s'avouait séduite par la vanité de cette proposition : « Ce magicien évocateur de chimères est mien ; je suis la lyre où il accompagne ses

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conceptions avant de les œuvrer; j'ai les baisers de celui qui dessèche la bouche des liseuses et fait durcir leurs seins ».

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sickness: conceptive disharmony in the intellective or divine world; affective disharmony in the passional or daïmonio-human world; organic disharmony in the vegetative world.

What explains the catechist idea of original sin is that God having dsf^^i^d their movement to the three enormons, one sin sufficed to break or slacken for ever the strings of the great human cithara.

Now, rhyperphysics furnishes such an indictment against the people and the things of today that, if the instinct of preservation were warned, all the ignorant bandits who govern us would be disembowelled as demolishers of the planet.

Never, since the historical dawn, has any governor, were he chief of savages, were he sceptical as a french hooligan, misprised the importance of convents from the point of view of the general dynamism.

The convent makes a balance to the brothel, and conti« nences and widowhoods to debaucheries and lusts. The old druids considered virginity as an element of animic purification and, at Rome, one sees even before the decadence, the enormous city in orgy, tremble at the mere thought that the Vestals should cease to palladise them with their virtue.

Those good boobies of progress laugh at the pronouncing of latin decadence; they are right, it is planetary decadence that one must say. Floods and earthquakes, cooling of the temperature which the

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devout woman attributes to the divine anger are called, for the mage, serial transmission.

The reciprocal action of the three worldnesses appears, dazzling, in passion; the caress displacing the sensibility, what is that if not animic transpositions of instinct; those of the heart into intellection.

Whatever be Fthe opinion of the materialist, the man subtle enough in essence to make the movement of his loins rise to his heart ; the cardiac pulsation to his mind dominates, undeniable arist and true human thoroughbred, the coarse and imperfect voluptuaries who have no thought and a low heart. As equilibrium is the great impossibility, even for saints, whoever does not mount descends; and Pascal was wrong: angel or beast one must choose.

What saved the Œlohites from the grief of desire was that unspeakable sentiment when from momentary it perpetualises itself: of absolute communion: They gave themselves so exactly one to the other of mind and of soul; their thought soared so harmonious, their heart beat such a unison that a voluptuousness swooned them in satisfying them.

The great discourses of the first moment, those words said to obstruct the kiss ready to spring out, slowed at first, ceased. The gods and lovers must be represented silent. The word is superfluous when one is the Word or when one has the Dream.

To enjoy an eventide, one need only open oneself,

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only offer oneself to Fthe ambient impression: soon, almost at once, one is penetrated, enveloped in the magnetism of the earth . music of springs and of rustlings ; colorations of the sky, scattered perfumes, caress even, caress of Pthe air which seems the sweet t^uching of a loving woman.

Thus, in the boudoir of the Gloriettes, they listened, she to the hoarseness of his throat dried with emotion, he to Fthe imperceptible rustling of her gown; they saw pass in their eyes faery skies and sometimes pitying sylphs pushed to the lips of tone Fthe air breathed out by the breast of the other.

The atmosphere, indifferent go-between, carried the wandering caresses which came subtly to lay themselves: the boudoir grew heavy with love as Tthe air electrises itself: and a tipsiness cradled them, motionless, distant, their eyes closed.

— Those are diabolical hours, my brother, — said Istar one day with that uprightness that did not deviate.

— In effect, — answered the young man, — we live perceptions half-angelic, half-human. Let us not calumniate the devil, he is but an unhappy one.

— Ah! I may risk it then without wounding your catholic rigorism, — and already a respect for the Beloved's religion pierced through, — I had for a moment the much blamed habit of saying « my poor friend the devil » ; instinctively pitying and enigmatically kindred

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NOBLE DESIRE

« Our qualities and our faults are beings with whom we dwell. They are the penates that our afflicted soul finds again everywhere, with a despairing constancy, wherever it strays, in the very chimera of the noblest disengagements ». That thought of Armand Hayem, which seems La Bruyère's, applied to an identical sentiment in the two lovers: the idea of Glory and the needs of pride.

Istar did not love in Nergal only the young man renowned, handsome, perfumed, and with hypothetically exquisite caresses; she loved the giver of renown, the being who could launch a woman's name into the sky of art and fix it there scintillating for ever.

When she dreamed the possible life if she had begun it with him, she avowed herself seduced by the vanity of that proposition: « That magician evoker of chimeras is mine ; I am the lyre on which he accompanies his

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conceptions before working them; I have the kisses of him who dries the mouth of women readers and makes their breasts harden ».

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