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1Je croise donc ici avec nos mains, nos plumes; la vôtre faite d'un éclat de Durandal^ la mienne d'un débris de la verge Aaronique, en compagnon d' œuvres y avec cette solennité écrite que j'aime à mettre comme une consécration et un serment sur mes amitiés, JosÉPHiN PÉLADAN Ba"^uth dé Franco nie. ECTHÈSE Le quatrième roman de la Décadence Latine, dont trois cents exemplaires furent servis à la presse, n'a pas donné lieu à un seul article parisien. Ce silence n'intéresse que Tauteur et l'éditeur. A Cœur perdu s'est écoulé à plusieurs milliers. Cette vente intéresse tout observateur. Malgré le veto du Consistoire protestant, communiqué par note au Temps , aux Débats^ à la Revue Bleue; Malgré le vœu des loges maçonniques, l'index de la Nonciature et le Vade rétro du Boulevard ; Malgré un ostracisme où se donnent la main l'athée et le dévot; M. Joséphin Péladan est un auteur qui se vend. La conspiration du silence peut donc être conjurée autrement que par les révérences et les servilismes du cinq à sept de la terrasse. La vente d'un tome III, car on peut bien l'avouer maintenant, Curieuse^ V Initiation sentimentale et A Cœur perdu ne sont que trois parties d'un même livre, les trois actes des trois mêmes héros — la vente d'un roman en trois volumes qui dépasse le septième mille, est-ce pas la démonstration, qu'il y a un salut littéraire hors du Figaro ? L'auteur à'Istar, ne conteste aux journalistes ni le talent, •XIV ; Ecthèse ni même le culte esthétique du talent : il comprend que la vie ou le vice force la plupart à la copie, quand ils rêvent de l'œuvre et enfin quoi de plus naturel de réserver ses coups d'épaules à ses amis.
2Ici donc, ni dépit, ni reproche; cependant certaines animosités étonneront toujours un écrivain resté si en dehors des dîmes littéraires, qu'il paye sa place m Salon, au théâtre et au chemin de fer. Oh ! là sotte aventure de passer pour l'obligé de gens auxquels on ne doit rien ! Quelque critique en peine de matière critiquable pourrait découvrir M. Joséphin Péladan, un de ces matins. Or l'éthopoéte veut garder le bénéfice de sa mauvaise fortune, et montrer que la conspiration du silence n'a point d'effet parce que la parole de ceux qui se taisent n'a plus de portée. Où est le bélître assez nîmois pour croire que cette Suissesse, la Revue des Deux Mondes, exprime le mouvement littéraire ou bien que le Figaro a jamais des opinions gratuites ? L'institution cynique de Villemessant a perdu à jamais l'oreille, même asinelle; le Figaro n'est rien qu'un bon placement financier, et une mauvaise habitude très répandue. Serait-ce se vanter de professer l'aristocratie de l'écrivain qui ne fait que des livres ? trop plaire ou trop vite décèle peut-être une certaine vulgarité? Eclabousser de jeunes et belles gloires, en prétendant que le public n'accepte jamais tout de suite, ni le neuf ni le vif? Nôrî, le pubHc du livre aujourd'hui mérite plus d'estime que la Critique; il s'est émancipé du journal : Et en ce simple énoncé il y a un bien grand soufflet aux Aristarques. Ecthèse XV I D'un auteur dont on parle beaucoup et bien : « Il a des amis dans la presse. » D'un autre dont on ne parle pas ou mal : « Il n'a pas d'amis dans la presse. » Voilà tout ce que pense le lettré ou le simple liseur.
3Aux jeunes, à ceux de demain qui n'ont pas encore baisé la fesse du Bouc, il faut dire qu'une fortune littéraire se fonde, sans le paranymphe Wolf, Sarcey, Pontmartin : le journalisme ne donne que de l'argent et de la vogue. Pour dispenser l'estime publique, il faudrait l'avoir soimême : Quintilien appelle ce cas, l'absence de mœurs oratoires. Qu'on ne s'y méprenne pas, méchamment. L'auteur du Vice suprême prétend avoir prouvé, par son œuvre et au point de vue de librairie : Qu'on peut fort bien se passer d'articles et arriver au même résultat de notoriété; Qu'on peut fort bien se moquer des sentiments du public et lui imposer sa chimère. La plus haute indépendance ne dénie pas tout succès; et la Décadence latine gardera dans l'histoire littéraire le mérite d'avoir exemplairement démontré qu'il est aisé de se passer de la presse, et profitable de mépriser le goût du jour. Puisse cette, ecthèse être entendue comme elle est faite, en fraternelle exhortation aux écrivains à venir de ne concessionner rien; un Verbe porte en lui la force de rompre tous les silences. Frère que je ne connais pas et qui te prépares dans l'ombre XVI Ecthèse au souffrant apostolat orphique, qui viendras demain peutêtre chercher un écho aux musiques que Dieu a mises en toi pour endormir l'inquiétude des grands cœurs, — ne te prostitue pas, Frère! C'est inutile. Quand tu passeras devant le 26 de la rue Drouot, devant le 21 de la rue de l'Université, comme devant l'Élysée et l'Académie, enfonce ton chapeau de peur que tu ne semblés saluer ces mauvais lieux. Comme les Kaldéens celohites qui suivaient de l'esprit le troupeau des étoiles, meneux idéal, pousse tes chimères droit sur la foule, et ne t'inquiète pas des agents de publicité, et des entrepreneurs de vogue.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Je croise donc ici avec nos mains, nos plumes; la vôtre faite d'un éclat de Durandal^ la mienne d'un débris de la verge Aaronique, en compagnon d' œuvres y avec cette solennité écrite que j'aime à mettre comme une consécration et un serment sur mes amitiés, JosÉPHiN PÉLADAN Ba"^uth dé Franco nie. ECTHÈSE Le quatrième roman de la Décadence Latine, dont trois cents exemplaires furent servis à la presse, n'a pas donné lieu à un seul article parisien. Ce silence n'intéresse que Tauteur et l'éditeur. A Cœur perdu s'est écoulé à plusieurs milliers. Cette vente intéresse tout observateur. Malgré le veto du Consistoire protestant, communiqué par note au Temps , aux Débats^ à la Revue Bleue; Malgré le vœu des loges maçonniques, l'index de la Nonciature et le Vade rétro du Boulevard ; Malgré un ostracisme où se donnent la main l'athée et le dévot; M. Joséphin Péladan est un auteur qui se vend. La conspiration du silence peut donc être conjurée autrement que par les révérences et les servilismes du cinq à sept de la terrasse. La vente d'un tome III, car on peut bien l'avouer maintenant, Curieuse^ V Initiation sentimentale et A Cœur perdu ne sont que trois parties d'un même livre, les trois actes des trois mêmes héros — la vente d'un roman en trois volumes qui dépasse le septième mille, est-ce pas la démonstration, qu'il y a un salut littéraire hors du Figaro ? L'auteur à'Istar, ne conteste aux journalistes ni le talent, •XIV ; Ecthèse ni même le culte esthétique du talent : il comprend que la vie ou le vice force la plupart à la copie, quand ils rêvent de l'œuvre et enfin quoi de plus naturel de réserver ses coups d'épaules à ses amis.
2Ici donc, ni dépit, ni reproche; cependant certaines animosités étonneront toujours un écrivain resté si en dehors des dîmes littéraires, qu'il paye sa place m Salon, au théâtre et au chemin de fer. Oh ! là sotte aventure de passer pour l'obligé de gens auxquels on ne doit rien ! Quelque critique en peine de matière critiquable pourrait découvrir M. Joséphin Péladan, un de ces matins. Or l'éthopoéte veut garder le bénéfice de sa mauvaise fortune, et montrer que la conspiration du silence n'a point d'effet parce que la parole de ceux qui se taisent n'a plus de portée. Où est le bélître assez nîmois pour croire que cette Suissesse, la Revue des Deux Mondes, exprime le mouvement littéraire ou bien que le Figaro a jamais des opinions gratuites ? L'institution cynique de Villemessant a perdu à jamais l'oreille, même asinelle; le Figaro n'est rien qu'un bon placement financier, et une mauvaise habitude très répandue. Serait-ce se vanter de professer l'aristocratie de l'écrivain qui ne fait que des livres ? trop plaire ou trop vite décèle peut-être une certaine vulgarité? Eclabousser de jeunes et belles gloires, en prétendant que le public n'accepte jamais tout de suite, ni le neuf ni le vif? Nôrî, le pubHc du livre aujourd'hui mérite plus d'estime que la Critique; il s'est émancipé du journal : Et en ce simple énoncé il y a un bien grand soufflet aux Aristarques. Ecthèse XV I D'un auteur dont on parle beaucoup et bien : « Il a des amis dans la presse. » D'un autre dont on ne parle pas ou mal : « Il n'a pas d'amis dans la presse. » Voilà tout ce que pense le lettré ou le simple liseur.
3Aux jeunes, à ceux de demain qui n'ont pas encore baisé la fesse du Bouc, il faut dire qu'une fortune littéraire se fonde, sans le paranymphe Wolf, Sarcey, Pontmartin : le journalisme ne donne que de l'argent et de la vogue. Pour dispenser l'estime publique, il faudrait l'avoir soimême : Quintilien appelle ce cas, l'absence de mœurs oratoires. Qu'on ne s'y méprenne pas, méchamment. L'auteur du Vice suprême prétend avoir prouvé, par son œuvre et au point de vue de librairie : Qu'on peut fort bien se passer d'articles et arriver au même résultat de notoriété; Qu'on peut fort bien se moquer des sentiments du public et lui imposer sa chimère. La plus haute indépendance ne dénie pas tout succès; et la Décadence latine gardera dans l'histoire littéraire le mérite d'avoir exemplairement démontré qu'il est aisé de se passer de la presse, et profitable de mépriser le goût du jour. Puisse cette, ecthèse être entendue comme elle est faite, en fraternelle exhortation aux écrivains à venir de ne concessionner rien; un Verbe porte en lui la force de rompre tous les silences. Frère que je ne connais pas et qui te prépares dans l'ombre XVI Ecthèse au souffrant apostolat orphique, qui viendras demain peutêtre chercher un écho aux musiques que Dieu a mises en toi pour endormir l'inquiétude des grands cœurs, — ne te prostitue pas, Frère! C'est inutile. Quand tu passeras devant le 26 de la rue Drouot, devant le 21 de la rue de l'Université, comme devant l'Élysée et l'Académie, enfonce ton chapeau de peur que tu ne semblés saluer ces mauvais lieux. Comme les Kaldéens celohites qui suivaient de l'esprit le troupeau des étoiles, meneux idéal, pousse tes chimères droit sur la foule, et ne t'inquiète pas des agents de publicité, et des entrepreneurs de vogue.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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