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1« La femme ordinaire vaut mieux mille fois que riiomme ordinaire ; ce théorème n'a pas besoin de démonstration: toujours une levure de curiosité Femxpêche de s'abrutir tout à fait, même sous la pression d'un entourage où les amants sont inexcusables et justement inexcusés puisqu'ils sont exactement semblables aux maris. On t'a lu, et on voudra te voir, te questionner; tu es prestigieux à la façon d'un phénomène; et plus la j ville sera dévote, plus il te faudra laisser croire à tes ! vices infernaux. Ne va pas t'illusionner et croire que Istar tu remues ces cœurs! Non! C'est ta célébrité double qui les charme. Ton nom leur paraîtra sonore parce qu'il est presque officiel; elles t'entoureront parce que tu dégages un parfum de choses défendues. Qu'estce le ^diable, pour une dévote ? une odeur de soufre, pied fourchu, corne et queue, et poil roussi. Même-- ment l'écrivain pour la provinciale, c'est un parangon du péché : « Comment est fait c^ damné qui fricasse sa vie dans les poêlons de l'enfer! » Car on se figure là-bas, que nous n'écrivons qu'ivre s-morts et sur le dos nu d'une drôlesse, appuyant en outre chacun de nos coudes à un sein palpitant. Prends-y garde, l'écrivain en soirée est un artiste en représentation : on te fera lire de ton œuvre, ou dans les mains, si l'on ne te prie pas de tirer les cartes ou de magnétiser la femme de chambre. Essaye de rester silencieux et à l'écart, de causer intimement avec quelqu'un ou. quelqu'une, vite, la dame du lieu t'agrippera et, te ramenant au milieu du salon, gouvernera la conversation de telle sorte, que tu finisses par conférencier.
2Tu les émeus, tu les amuses, tu flattes leur vanité; ils t'accueillent donc bien. Cependant, n'attribue ni à ta renommée d'écrivain ou de débauché, ni à ton art d'amuser, cette douce patte de velours que te fait la province. On a peur de toi, une peur folle : si tu allais hre dans leur âme, voir dans leur vie, et étaler ces deux boues dans une œuvre! La province Istar se méfie de ton œil comme d'un objectif braqué sur elle et sa bouche est en cœur, à tout hasard. En vertu de ce proverbe : « deux sécurités valent mieux qu'une », on te mettra en présence de Içi seule femme qui puisse t'inspirer quelque chose de profond : sans hésitation à la choisir. Dès longtemps celle-là, qu'elles envient et haïssent, dont la supériorité les écràse, elles la tiennent pour différente d'elles et, par conséquent semblable à toi, sororale pour toi. Admire cette prudence plus forte que l'envie et qui t'amène celle que tu aimeras : bouclier vivant pour toute la ville, au cas où tu la voudrais traîner, cette bonne ville, aux gémonies d'une ressemblante peinture. Saïgas alluma un cigare et reprit :
3— Tu as passé un mois ou deux à t'exhiber, tu as donné la comédie de ton aspect, de ton esprit. On t'a applaudi; va-t'en avec ces lauriers et ne reviens pas. Oh ! ne reviens pas, tu ne reconnaîtrais plus ni les mœurs ni les êtres. Dès que le rapide t'emmène, ils brûlent, partout où tu as passéj le sucre de leur àme doucereuse. On se souvient de t'avoîr reçu com.me d'une charmante mauvaise action; les notaires et les commerçants se sont un peu encanaillés avec toi, mais bah! le maçonnisme l'exigeait. Encore une fois, la province est sauve, et tu retourneras à Paris avec cette assertion que tu écriras même, à l'Octave Feuillet : « La province est calomniée». Il a fallu et ta réputation et le soin de la leur, pour qu'ils se soient Istar masqués si longtemps : un nouvel et semblable effort leur serait impossible. Ils prévoient donc que l'accueil qu'ils t'ont fait peut te donner l'idée de revenir, et s'aperçoivent aussi que tu as conquis des bienveillances, des amitiés presque vives : ni l'un ni l'autre, ne fait leur compte. D'autant que si tu as gardé des intelligences, si tu as des correspondances, tu les gênes étrangement. Je ne t'apprendrai pas que la Parisienne mène ses adultères au bord de la mer; la provinciale riche remet sa faute, le plus souvent, au mois qu'elle passe à Paris, au printemps. L'époux, de son côté, consacre le même voyage à des diversions sexuelles. Il faut donc à tout prix qu'ils rom^pent tes communications. A cette fin, ils graisseront la patte à ton concierge, récolteront les légendes que nous faisons si facilement les uns sur les autres, et rapporteront en leur ville une version de ton passé, à effaroucher les vivandières.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1« La femme ordinaire vaut mieux mille fois que riiomme ordinaire ; ce théorème n'a pas besoin de démonstration: toujours une levure de curiosité Femxpêche de s'abrutir tout à fait, même sous la pression d'un entourage où les amants sont inexcusables et justement inexcusés puisqu'ils sont exactement semblables aux maris. On t'a lu, et on voudra te voir, te questionner; tu es prestigieux à la façon d'un phénomène; et plus la j ville sera dévote, plus il te faudra laisser croire à tes ! vices infernaux. Ne va pas t'illusionner et croire que Istar tu remues ces cœurs! Non! C'est ta célébrité double qui les charme. Ton nom leur paraîtra sonore parce qu'il est presque officiel; elles t'entoureront parce que tu dégages un parfum de choses défendues. Qu'estce le ^diable, pour une dévote ? une odeur de soufre, pied fourchu, corne et queue, et poil roussi. Même-- ment l'écrivain pour la provinciale, c'est un parangon du péché : « Comment est fait c^ damné qui fricasse sa vie dans les poêlons de l'enfer! » Car on se figure là-bas, que nous n'écrivons qu'ivre s-morts et sur le dos nu d'une drôlesse, appuyant en outre chacun de nos coudes à un sein palpitant. Prends-y garde, l'écrivain en soirée est un artiste en représentation : on te fera lire de ton œuvre, ou dans les mains, si l'on ne te prie pas de tirer les cartes ou de magnétiser la femme de chambre. Essaye de rester silencieux et à l'écart, de causer intimement avec quelqu'un ou. quelqu'une, vite, la dame du lieu t'agrippera et, te ramenant au milieu du salon, gouvernera la conversation de telle sorte, que tu finisses par conférencier.
2Tu les émeus, tu les amuses, tu flattes leur vanité; ils t'accueillent donc bien. Cependant, n'attribue ni à ta renommée d'écrivain ou de débauché, ni à ton art d'amuser, cette douce patte de velours que te fait la province. On a peur de toi, une peur folle : si tu allais hre dans leur âme, voir dans leur vie, et étaler ces deux boues dans une œuvre! La province Istar se méfie de ton œil comme d'un objectif braqué sur elle et sa bouche est en cœur, à tout hasard. En vertu de ce proverbe : « deux sécurités valent mieux qu'une », on te mettra en présence de Içi seule femme qui puisse t'inspirer quelque chose de profond : sans hésitation à la choisir. Dès longtemps celle-là, qu'elles envient et haïssent, dont la supériorité les écràse, elles la tiennent pour différente d'elles et, par conséquent semblable à toi, sororale pour toi. Admire cette prudence plus forte que l'envie et qui t'amène celle que tu aimeras : bouclier vivant pour toute la ville, au cas où tu la voudrais traîner, cette bonne ville, aux gémonies d'une ressemblante peinture. Saïgas alluma un cigare et reprit :
3— Tu as passé un mois ou deux à t'exhiber, tu as donné la comédie de ton aspect, de ton esprit. On t'a applaudi; va-t'en avec ces lauriers et ne reviens pas. Oh ! ne reviens pas, tu ne reconnaîtrais plus ni les mœurs ni les êtres. Dès que le rapide t'emmène, ils brûlent, partout où tu as passéj le sucre de leur àme doucereuse. On se souvient de t'avoîr reçu com.me d'une charmante mauvaise action; les notaires et les commerçants se sont un peu encanaillés avec toi, mais bah! le maçonnisme l'exigeait. Encore une fois, la province est sauve, et tu retourneras à Paris avec cette assertion que tu écriras même, à l'Octave Feuillet : « La province est calomniée». Il a fallu et ta réputation et le soin de la leur, pour qu'ils se soient Istar masqués si longtemps : un nouvel et semblable effort leur serait impossible. Ils prévoient donc que l'accueil qu'ils t'ont fait peut te donner l'idée de revenir, et s'aperçoivent aussi que tu as conquis des bienveillances, des amitiés presque vives : ni l'un ni l'autre, ne fait leur compte. D'autant que si tu as gardé des intelligences, si tu as des correspondances, tu les gênes étrangement. Je ne t'apprendrai pas que la Parisienne mène ses adultères au bord de la mer; la provinciale riche remet sa faute, le plus souvent, au mois qu'elle passe à Paris, au printemps. L'époux, de son côté, consacre le même voyage à des diversions sexuelles. Il faut donc à tout prix qu'ils rom^pent tes communications. A cette fin, ils graisseront la patte à ton concierge, récolteront les légendes que nous faisons si facilement les uns sur les autres, et rapporteront en leur ville une version de ton passé, à effaroucher les vivandières.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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