Istar — Joséphin Péladan (1888)

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Istar se dressa à son tour; et se dressant elle fat presque contre Nergal. Alors, détournant de lui l'explosion de sa tendresse, elle se tourna vers une madone, dont la hauteur dominait les autres statuettes.

— Sainte Vierge ! mon esprit, mon âme et mon corps vibrent avec lui ! Je lui appartiens, je suis à kii jusque dans Téternité!

— Jusque dans réternité, — répéta le jeune homme. — Sublime parole ! Qu'elle monte jusqu'aux oreilles des anges, qu'ils m'aident à l'accomplir en nous deux.

«Je viens de voir un reflet de Dieu; et vous n'étiez plus vous, mais flamme et immortelle; l'Amour, comme un Saint-Esprit, descend sur la beauté de votre corps et le divinise. Que l'amour descende sur la : beauté de votre cœur pour le sublimer.

Après un palpitant silence, Istar :

« Oh ! la splendeur possible à notre irradiance sereine montée dans l'azur et mon repos dans la joie.

« Hier, je contemplais le sourd mouvement du Rhône, semblable au vain écoulement de l'existence humaine.

« Une lueur rougeoait seule dans l'ombre du fleuve ; et je l'ai saluée de votre nom. Au loin scintillait quel- ~ que lampe semblable à ma pensée rayonnant vers vous à travers la vaineté de la vie.

— Oh ! soyons tels ! — s'écria Nergal. Pilote de la nef qui vous porte je veillerai glorieux au lieu de sommeiller, tristement à nion bord, Argonaute sans foi.

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« Le flot des âges et des peuples nous a portés Tun' vers Fautre, vous grande Istar, et moi le pontife des cœurs.

« Que ce même flot au reflux nous emporte ensemble— devant Dieu c'est salut — devantla vie, grandesse.

« Oh! donnez-moi la main pour l'immortalité. »

— Je crois en vous Nergal et vous pourrez sur moi des miracles. Seulement ! ô mon frère, je monte peut-être étourdiment sur le piédestal que vous jn'ofirez : il serait terrible d'en tomber.

« Le temps, peut-être, vous découvrira en moi des petitesses. Je me laisse appeler Fille des Dieux; qu'adviendra-t-il si je me montre Fille d'Eve? Avec quelle violence alors, détruisant l'œuvre de vos mains, vous piétinerez la pauvre idole aux pieds d'argile, mais au cœur de chair...

« Cette crainte m'empêche d'abandonner mon cœur aux douces séductions de votre parole.

— Je n'aurai jamais de rigueur avec vous; Istar, vous me trouverez toujours tel qu'il vous plaira que je sois et sans même souvenir des nuages dès que vous les dissiperez, vous qui les aurez amassés.

« Seulement, ma perpétuelle douceur n'est pas la noble part de ce que vous méritez : Souvenez-vous que je vous ai suprêmement élevée dans mon esprit; ne descendez pas de ce trône ; le frère est imperdable mais l'admirateur... je vous tendrai toujours la même main, mais si je ne vous voyais pas des

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mêmes yeux, ce serait triste pour votre gloire et pour mon cœur.

— Si vous me regardez toujours au cœur je ne vous décevrai pas, Nergal ; là tout est encore lyléen en même temps qu'embrasé. A mon tour laissez-moi douter un peu de vous, et demander si vous garderez le cœur pour Istar — à travers les autres femmes que je prévois et que j'admets; puisque je ne suis que la sœur : un cœur perpétuel suffira-t-il pour fixer le vôtre?

Nergal se récria :

— Il n'y a dans la viequ'une ivresse durable, c'estla sûreté dans la possession d'un autre; une sûreté absolue et que rien ne saurait démentir... Je cherche cela comme un alchimiste la projection.

« Mon œuvre peutffaire du plaisir aux autres ; mais à moi il vaut mieux pouvoir dire : « à mes côtés ou au bout du monde il y a quelqu'un, qui n'entend que la messe de ma pensée, pour qui mon indifférence serait la foudre, qui sur un signe viendrait à mon désir et en mourant ne regretterait au monde que moi.»

— Vous avez donc fait votre projection en me rencontrant, mon frère? Mais que d'amertume en notre aventure : J'eusse donné ma vie pour vous apercevoir; et cependant j'ai peur de ce que nous allons souffrir tous les deux. On se résigne au malheur tant que le bonheur est à perte de vue ; mais y toucher et ne pas le prendre...

— Le myrthe et le laurier sont amers : Tamour et

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la gloire sont des spasmes : mais le spasme commence l'ascendance. Portez haute cette couronne fermée que je vous ai mise au front, invisible casque de Clorinde mondaine.

« Le grand mot d'un frère tel que moi à une sœur telle que vous :

«Je suis votre vivante conscience, troublée parfois, toujours sincère ; et considérant non pas les événements, mais votre âme! Que votre orgueil, réconforté par ma sollicitude, s'accroisse, ô princesse.

— Pourquoi m'appelez vous princesse?

— Parce que vous êtes ma sœur ; et de cette race où le plectrum couvrait un cœur digne de la couronne.

— Elle dit vrai, votre légende de l'inceste.

— Les fils de Prospéro et d'Ariel se cherchent à travers le grouillis des.Bene-Caliban.

— Ah ! vous me frappez d'une telle admiration — Nergal ; un homme dont l'amour peut planer si audessus des faiblesses.

... Voulez-vous me bénir...

Je vous bénis, ma sœur, d'une bénédiction plus auguste que celle du prêtre, car ma main pourrait y trembler, et reste ferme en son geste.

Elle se recueillit un moment, après s'être inchnée, et, d'une voix profonde :

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Istar rose in her turn; and rising she wat almost against Nergal. Then, turning from him the explosion of her tenderness, she turned toward a madonna, whose height dominated the other statuettes.

— Holy Virgin ! my mind, my soul and my body vibrate with him ! I belong to him, I am kis even into Teternity!

— Even into rternity, — repeated the young man. — Sublime word ! Let it mount to the ears of the angels, let them help me to accomplish it in us both.

« I have just seen a reflection of God; and you were no longer you, but flame and immortal; Love, like a Holy Spirit, descends upon the beauty of your body and divinises it. Let love descend upon the : beauty of your heart to sublimate it.

After a palpitating silence, Istar:

« Oh ! the splendour possible to our serene irradiance mounted into the azure and my repose in joy.

« Yesterday, I was contemplating the muffled movement of the Rhône, like the vain flowing-away of human existence.

« A gleam alone reddned in the shadow of the river ; and I saluted it with your name. Far off there scintillated so- ~ me lamp like my thought radiating toward you across the vainty of life.

— Oh ! let us be such ! — cried Nergal. Pilot of the ship that bears you I shall watch glorious instead of slumbering, sadly at nry board, Argonaut without faith.

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« The flood of the ages and of the peoples has borne us Tthe one' toward Fthe other, you great Istar, and I the pontiff of hearts.

« Let that same flood at the ebb carry us away together— before God it is salvation — beforelife, grandeeship.

« Oh! give me your hand for immortality. »

— I believe in you Nergal and you will be able upon me miracles. Only ! O my brother, I mount perhaps thoughtlessly upon the pedestal that you jofier me: it would be terrible to fall from it.

« Time, perhaps, will discover in me pettinesses for you. I let myself be called Daughter of the Gods; what will come about if I show myself Daughter of Eve? With what violence then, destroying the work of your hands, you will trample the poor idol with feet of clay, but with a heart of flesh...

« That fear prevents me from abandoning my heart to the sweet seductions of your word.

— I shall never have rigour with you; Istar, you will always find me such as it shall please you that I be and without even memory of the clouds as soon as you dissipate them, you who will have heaped them up.

« Only, my perpetual gentleness is not the noble part of what you deserve: Remember that I have supremely raised you in my mind; do not come down from that throne ; the brother is unlosable but the admirer... I shall always hold out to you the same hand, but if I did not see you with the

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same eyes, it would be sad for your glory and for my heart.

— If you always look at me in the heart I shall not deceive you, Nergal ; there all is still hylean at the same time as enkindled. In my turn let me doubt you a little, and ask whether you will keep the heart for Istar — across the other women whom I foresee and whom I admit; since I am only the sister: will a perpetual heart suffice to fix yours?

Nergal protested:

— There is in lifebut one durable intoxication, it isthe surety in the possession of another; an absolute surety and that nothing could belie... I seek that as an alchemist the projection.

« My work maygive pleasure to others ; but for myself it is better to be able to say: « at my side or at the end of the world there is someone, who hears only the mass of my thought, for whom my indifference would be the thunderbolt, who at a sign would come at my desire and in dying would regret in the world none but me.»

— You have then made your projection in meeting me, my brother? But what bitterness in our adventure: I would have given my life to catch sight of you; and yet I am afraid of what we are both going to suffer. One resigns oneself to misfortune so long as happiness is out of sight ; but to touch it and not take it...

— The myrtle and the laurel are bitter: Tlove and

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glory are spasms: but the spasm begins the ascendancy. Carry high that closed crown which I have put upon your brow, invisible helm of a worldly Clorinda.

« The great word of a brother such as I to a sister such as you:

« I am your living conscience, troubled at times, always sincere ; and considering not the events, but your soul! Let your pride, comforted by my solicitude, increase, O princess.

— Why do you call me princess?

— Because you are my sister ; and of that race where the plectrum covered a heart worthy of the crown.

— It speaks true, your legend of the incest.

— The sons of Prospero and of Ariel seek one another across the swarming of the.Bene-Caliban.

— Ah ! you strike me with such an admiration — Nergal ; a man whose love can hover so aboveweaknesses.

... Will you bless me...

I bless you, my sister, with a benediction more august than the priest's, for my hand might tremble in it, and stays firm in its gesture.

She collected herself a moment, after having inchned herself, and, in a deep voice:

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