Istar — Joséphin Péladan (1888)
Ne dirait-on pas le réquisitoire éternel de l'ordre contre Tagitation du poète et du penseur? Si maintenant, effrayés de cet ésotérisme, on dresse la tradition du diable médiéviste, saint Denys, que personne dans l'Eglise entière n'oserait contredire, parle des anges déchus avec une grande douceur : il nie que les démons soient mauvais, « ils ont simplement faibli dans la conservation de leur principe; ils délaissent d'habitude et d'opération les biens divins; ils ne sont qu'imparfaitement bons ; ils séduisent et corrompent, quoi? ce qui est corruptible. Ce nest pas lày -pour tout, en tout, un mal » conclut hardiment l'Aréopagite.
Maintenant, le Thomiste nous dira que la volonté de l'Ange adhère fixement et immuablement, leurs dons subsistant en intégrité; il en résulte que le Verbe des Bene-Œlohim vibre toujours entre ciel et terre, et qu'une grande douleur les poind depuis les siècles d'être accusés de tous les péchés du monde. Il serait temps non pas de les prier, la droite de Dieu les a marqués, mais de prierpour eux; la droite de Dieu ne s'étend jamais pour barrer la charité, et si le vulgaire a lieu de plainte contre les démons, qui oserait dire que les troubles qu'ils apportant ne sont pas les vengeances paternelles, représailles du martyre de leur descendance assassinée chaque jour par les terrestres?
Le Déluge ne fut pas universel; il le parut aux
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Sémites et on est bien forcé religieusement de s'avouer, à son intensité locale de la Mésopotamie, comme au grand châtiment de la Pentapole, que les rives de FEuptirate et du Tigre ont eu plus de pensées et plus lustes, plus de passions et plus vives qu'aucun lieu du monde ancien et antérieurement à tout autre.
A considérer la Bible de tous les peuples, ni le Rig, ni l'Avesta, ni le King, ni l'Edda, ne présentent a somme de vérité éclatante au Sepher Bereschit; mais si la Thora hébraïque l'emporte de tout, elle doit être appelée kaldaïque, quant aux doctrines. Ces vigilants, comme les nomme Hanohk, ces veilleurs de la pensée, vulgairement dits astrologues, qui s'attardèrent à lever la tête au ciel et à en percer les mystères, au lieu de la courber pour découvrir les trésors de la terre et la rendre productive, Accadiens ou Soumirs apparaissent les premiers esprits abstraits, les plus anciens interrogateurs de l'inconnu; et tel est le résultat de leur investigation intellective, que sa récupération devient pour le gnostique du xix^ siècle le plus désirable résultat. A Ledrain restera l'éternel honneur d'avoir restitué douze cents ans d'histoire et ressuscité, parmi les Sémites du Nord, des physionomies morales certaines à cette date où le reste de la terre appartient aux Nomades et aux Nimrouds. Au Louvre trône la statue de diorite du roi architecte Goudea, qui porte écrit en cunéiformes sur son pagne que dès l'enfance il s'occupa du ciel et que, devenu patèsi, il méprisa les
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œuvres de brute et se consacra à la méditation et à Felévation des temples; c'est plus solennel, plus grandiose, mais aussi dédaigneux de la gloire militaire, qu'un roi Réné, trois mille ans avant Jésus-Christ.
Quoique insuffisamment démontré ici, on y affirme l'identité de dix patriarches d'Adam à Noah et d'AIoros à Xisouthros avec les dix familles chinoises, et partant l'identification des Abrahamides Kasdim : ceux-ci considérés comme proto-sémites, en remplaçant l'épithète de judéo-chrétien, donnée par le marquis de Saint- Yves, par celle pour nous plus exacte de kaldéo-chréiiens.
Israël n'a été qu'une garde noble créée, exercée par Moschépour sau ver le mystère. Comme samère le confia au courant du Nil, il confia à l'évolution Israélite les vérités enfermées dans les sanctuaires et condamnées à la stérilité : la nationalité juive fut la vivante corbeille qui sauva la tradition primitive ou Kabbale. L'Église, semblable à la fille du Pharaon, accueillit et vivifia le trésor de la Théodicée. Aujourd'hui que le flux luthérien inonde les marches vaticanes, un Démiurge viendra-t-il? Comme Jésus était vraiment le Messie, il ne saurait paraître qu'à la loggia de bénédiction, urbi et orhi, il s'appellera le feu ardent, et consumera les impures larves protestantes et maçonnes^
Un catholique conçoit mal l'absurde croisade récente contre les Juifs i de l'Exode à la messiation, ils ont porté le plus sacré dépôt : en la personne du rabbin Pierre, ils ont déposé l'Arche sur les épaules
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aryennes et n'ont plus existé que par leurs malheurs ; ils n'existent plus, aujourd'hui, descendants méconnaissables de la vieille garde du Verbe Kaldéen et devenus les plus habiles des modernes dégénérés. Leur langue même avec ses douze lettres zodiacales primitives, portées à vingt-deux sur les théraphim, était la langue des initiés ; Mosché la leur apprit, parce que cet idiome du Sacré-Collège antique, où le nom est nombre et le nombre arcane, permet d'écrire par dedans et par dehors.
Would one not say the eternal indictment of order against the agitation of the poet and of the thinker? If now, frightened by this esotericism, one sets up the tradition of the medievalist devil, saint Denys, whom none in the whole Church would dare contradict, speaks of the fallen angels with a great gentleness: he denies that the demons be evil, « they have simply weakened in the conservation of their principle; they forsake in habit and in operation the divine goods; they are but imperfectly good; they seduce and corrupt, what? that which is corruptible. That is not there -for all, in all, an evil » boldly concludes the Areopagite.
Now, the Thomist will tell us that the will of the Angel adheres fixedly and immutably, their gifts subsisting in integrity; whence it results that the Word of the Bene-Œlohim still vibrates between heaven and earth, and that a great grief has pricked them these centuries at being accused of all the sins of the world. It would be time not to pray to them, the right hand of God has marked them, but to prayfor them; the right hand of God never extends itself to bar charity, and if the vulgar have ground of complaint against the demons, who would dare say that the troubles they bringing are not paternal vengeances, reprisals for the martyrdom of their posterity assassinated every day by the terrestrials?
The Deluge was not universal; it seemed so to the
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Semites and one is indeed forced religiously to avow to oneself, at its local intensity in Mesopotamia, as at the great chastisement of the Pentapolis, that the banks of the Euphrates and of the Tigris have had more thoughts and juster, more passions and more vivid, than any place of the ancient world and anteriorly to any other.
Considering the Bible of all peoples, neither the Rig, nor the Avesta, nor the King, nor the Edda, present a sum of resplendent truth to the Sepher Bereschit; but if the hebrew Thora carries it away in everything, she must be called kaldaic, as to doctrines. Those vigilants, as Hanohk names them, those watchers of thought, vulgarly called astrologers, who lingered to lift the head to the sky and to pierce its mysteries, instead of bending it to discover the treasures of the earth and make her productive, Accadians or Soumirs appear the first abstract minds, the most ancient interrogators of the unknown; and such is the result of their intellective investigation, that its recovery becomes for the gnostic of the xix^ century the most desirable result. To Ledrain will remain the eternal honour of having restored twelve hundred years of history and resuscitated, among the Semites of the North, moral physiognomies certain at that date when the rest of the earth belongs to the Nomads and the Nimrouds. In the Louvre is enthroned the diorite statue of the architect king Goudea, who bears written in cuneiform upon his loin-cloth that from childhood he occupied himself with the sky and that, become patesi, he despised the
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works of the brute and consecrated himself to meditation and to the elevation of temples; it is more solemn, more grandiose, but as disdainful of military glory, as a king Réné, three thousand years before Jesus-Christ.
Though insufficiently demonstrated here, there is affirmed the identity of ten patriarchs from Adam to Noah and from AIoros to Xisouthros with the ten chinese families, and consequently the identification of the Abrahamides Kasdim: these considered as proto-semites, replacing the epithet of judaeo-christian, given by the marquis de Saint- Yves, by that for us more exact of kaldaeo-christians.
Israel was but a noble guard created, trained by Moschéto sa ve the mystery. As hismother confided him to the current of the Nile, he confided to the Israelite evolution the truths shut up in the sanctuaries and condemned to sterility: jewish nationality was the living basket that saved the primitive tradition or Kabbalah. The Church, like Pharaoh's daughter, received and vivified the treasure of Theodicy. To-day when the lutheran flood inundates the vatican steps, will a Demiurge come? As Jesus was truly the Messiah, he could appear only at the loggia of benediction, urbi et orhi, he shall be called the burning fire, and shall consume the impure protestant and masonic larvae^
A catholic ill conceives the absurd recent crusade against the Jews i from the Exodus to the messiation, they have borne the most sacred deposit: in the person of the rabbi Peter, they laid the Ark upon the aryan
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shoulders and existed thereafter only by their misfortunes; they exist no more, to-day, unrecognisable descendants of the old guard of the Kaldean Word and become the most adroit of modern degenerates. Their very language with its twelve primitive zodiacal letters, carried to twenty-two upon the theraphim, was the language of the initiates; Mosché taught it to them, because that idiom of the antique Sacred College, where the name is number and the number arcanum, permits one to write within and without.
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