Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Plus loin, après avoir dévoilé le mystère des ini¬ tiations et transcrit in extenso la formule du serment affreux imposé aux affidés, quelque fût leur rang, il ajoute(p. 156) ; « Les mystères se célèbrent aujourd’hui dans des lieux retirés et presque inconnus ; dans vingt ans, ils se célébreront dans les temples. » — Quatre an¬ nées, à partir de cette prédiction, n’étaient pas révolues, que les amis d’Hébert inauguraient le culte de la déesse Raison sur l’autel métropolitain de Notre-Dame!...

Etrange rencontre ! L’homme dont l’intuition surai¬ guë a su prévoir tant d’événements prochains, semble encore, aux dernières pages de son livre, entrevoir Napoléon et son despotisme dans les ombres d’un avenir plus éloigné ; « O toi qui remplis la terre de hauts faits et de grandes vertus, ô Renommée, porte ailleurs ta trompette harmonieuse!... Ne publie jamais qu’un capitaine, encore plus emporté que valeureux, compte pour rien les victimes immolées à son ambi¬ tion, pourvu que leur sang fasse croître les lauriers *...

' M. de Luchel songe sans doute à Lafayette, mais qu’importe ? Les plus lucides se trompent souvent d’objet, leur prophétie n’en est pas moins frappante. C’est ici le cas.

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LE TEMPLE DE SATAN

Etends un voile épais sur les odieuses intrigues filées par des hommes qui ont conspiré la honte des souve¬ rains ; manœuvres indignes qui laissent les services sans récompenses, la vertu sans honneur, le talent sans protection, la vérité sans hommage, la Patrie sans gloire, le Trône sans appui, le génie sans emploi, la Société sans harmonie..., les malheureux sans asile, le sage sans espoir et les Rois mêmes sans sûreté. » (pages 174-175, jjasswn.)

Mais indépendamment du grand mouvement théosophique dont l’Allemagne était le centre, nombre de personnages extraordinaires, revêtus de missions secrètes, parcouraient l’Europe entière, dont ils éton¬ naient les capitales; puis transféraient presque tous à Paris leur magnificence énigmatique et leur sus¬ pecte popularité. Le comte de Saint-Germain et Joseph Balsamo (plus tard comte de Gagliostro) valent d’être cités en première ligne. Tous deux, embassadeurs, suivant Cadet de Gassicourt, ou si l’on veut, mission¬ naires internationnaux, étaient spécialement chargés d’établir une correspondance efficace entre les divers chapitres : Saint-Germain était l’envoyé de Paris ; Gagliostro, celui de Naples h

Chacun sait la vogue dont jouirent ces personnages, et les enthousiasmes qu’ils eurent l’adresse ou la science de soulever avec la poussière de leurs équi¬ pages splendides.

* Tombeau de Jacques Molay, Paris, an V, in-12 (page 34).

Cagliostro •

LA JUSTICE DES HOMMES

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Qu’ils fussent acclamés d’un peuple illettré, naïf admirateur de tous les hommes à prestige — depuis les dentistes panachés en foire, jusqu’aux généraux galonnés à la parade — il n’est rien là qui nous puisse surprendre ; mais qu’en plein xviii” siècle, le monde scep¬ tique et malicieux dont Voltaire, d’Argens et Diderot faisaient les délices quotidiennes, ait accueilli, choyé, adulé des hommes évidemment supérieurs, mais qui ne marchaient qu’environnés de prodiges équivoques, et dont les manières, si belles et si galantes qu elles fussent, gardaient comme une arrière-senteur de charlatanisme candide et de singulière audace : voilà ce qui semble inouï !

Rien n’est plus vrai cependant. Saint-Germain, racontant d’une voix mélodieuse et toujours égale ses conversations avec Pythagore, Virgile et Jésus-Christ, n’était assurément pas pour déplaire ; et quand ses doigts chargés de bagues, courant sur les touches d un clavecin, éveillaient comme au cœur de l’instrument des accords d’un archaïsme étrange et poignant; si, à l’interrogation tacite de quelque belle duchesse, il jetait du ton le plus naturel cette réponse à tout le moins bizarre : « C’est là. Madame, un air que je notai vers l’an 2008 avant Jesus-Christ, dans la ville d’Erech, pour faire ma cour à un jeune princesse de Chaldée, » chacun s’émerveillait, mais nul n’avait le mauvais goût de mettre en doute la véracité du conteur.

Que dire de ces fameux soupers de Cagliostro, dont les plus illustres seigneurs de la Cour se disputaient

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les invitations; de ces fantastiques soupers, où la voix du Grand Cophte peuplait la salle, à l’instant du des¬ sert, à'âmes visibles aux ailes frissonnantes, et faisait asseoir, à droite et à gauche du duc de Richelieu, Sémiramis et Cléopâtre, ressuscitées dans toute la magie de leur légendaire beauté?

Enchantement, prestige, nécromancie, que sais-je !... Ah! pardon, j’oubliais que vous saviez, vous, cher lecteur : suggestion, n’est-ce pas?... C’est cela même : merci ! — Donc, la société la plus sceptique, la plus hautaine et la plus polie du monde était docile aux suggestions des Gagliostro et des Saint-Germain.

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Further on, after having unveiled the mystery of the ini¬ tiations and transcribed in extenso the formula of the frightful oath imposed upon the affiliated, whatever were their rank, he adds(p. 156); « The mysteries are celebrated to-day in retired and almost unknown places; in twenty years, they will be celebrated in the temples. » — Four ye¬ ars, reckoning from this prediction, were not accomplished, when the friends of Hébert were inaugurating the cult of the goddess Reason upon the metropolitan altar of Notre-Dame!...

Strange encounter! The man whose over-a¬ cute intuition was able to foresee so many near events, seems still, in the last pages of his book, to glimpse Napoléon and his despotism in the shadows of a more distant future; « O thou who fillest the earth with high deeds and with great virtues, O Fame, bear elsewhere thy harmonious trumpet!... Publish never that a captain, yet more headlong than valorous, counteth for nothing the victims immolated to his ambi¬ tion, provided their blood make the laurels grow *...

' M. de Luchet is doubtless thinking of Lafayette, but what matters it? The most lucid often mistake their object, their prophecy is none the less striking. Such is the case here.

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Spread a thick veil over the odious intrigues spun by men who have conspired the shame of sove¬ reigns; unworthy manœuvres which leave services without recompense, virtue without honour, talent without protection, truth without homage, the Fatherland without glory, the Throne without support, genius without employment, Society without harmony..., the unhappy without asylum, the sage without hope and Kings themselves without security. » (pages 174-175, passim.)

But independently of the great theosophic movement whereof Germany was the centre, a number of extraordinary personages, invested with secret missions, traversed all Europe, whose capitals they astoni¬ shed; then transferred almost all to Paris their enigmatic magnificence and their sus¬ pect popularity. The count de Saint-Germain and Joseph Balsamo (later count de Gagliostro) deserve to be cited in the first rank. Both, embassadors, according to Cadet de Gassicourt, or if one will, international mission¬ aries, were specially charged with establishing an efficacious correspondence between the divers chapters: Saint-Germain was the envoy of Paris; Gagliostro, that of Naples h

Everyone knows the vogue these personages enjoyed, and the enthusiasms they had the address or the science to raise with the dust of their splendid equi¬ pages.

* Tombeau de Jacques Molay, Paris, an V, in-12 (page 34).

Cagliostro •

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That they were acclaimed by an unlettered people, naïve admirer of all men of prestige — from the plumed dentists at the fair, to the braided generals on parade — there is nothing there that can surprise us; but that in the full xviii" century, the scep¬ tical and malicious world whereof Voltaire, d'Argens and Diderot made the daily delight, should have welcomed, cherished, adulated men evidently superior, but who walked only environed with equivocal prodigies, and whose manners, however fine and however gallant they were, kept as it were an after-scent of candid charlatanism and of singular audacity: that is what seems unheard-of!

Nothing is more true however. Saint-Germain, recounting in a melodious and ever equal voice his conversations with Pythagoras, Virgil and Jesus-Christ, was assuredly not made to displease; and when his fingers laden with rings, running over the keys of a harpsichord, awakened as at the heart of the instrument chords of a strange and poignant archaism; if, to the tacit interrogation of some fair duchess, he threw out in the most natural tone this reply bizarre to say the least: « That, Madame, is an air I noted about the year 2008 before Jesus-Christ, in the city of Erech, to pay my court to a young princess of Chaldea, » everyone marvelled, but none had the bad taste to put in doubt the veracity of the narrator.

What to say of those famous suppers of Cagliostro, whereof the most illustrious lords of the Court disputed

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the invitations; of those fantastic suppers, where the voice of the Grand Cophta peopled the hall, at the instant of des¬ sert, with souls visible and of shivering wings, and seated, at the right and at the left of the duc de Richelieu, Semiramis and Cleopatra, resuscitated in all the magic of their legendary beauty?

Enchantment, prestige, necromancy, what know I!... Ah! pardon, I forgot that you knew, you, dear reader: suggestion, is it not?... That is the very thing: thank you! — Therefore, the most sceptical, the most haughty and the most polished society in the world was docile to the suggestions of the Gagliostros and the Saint-Germains.

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