Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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font cette classification incomplète et vicieuse ; il im¬ porte de relever, entre autres, l’omission du crime d’hérésie, infailliblement imputable à tout sorcier. Ce crime — au même titre que ceux d’évocation et d’ado¬ ration du Diable, dont il a été question au chapitre précédent — ce crime rentre, selon le point de vue, dans les deux catégories des outrages envers Dieu et des fautes graves envers soi-même.

Quoi qu’il en soit, nous aurons surtout à traiter des maléfices proprement dits, ou sortilèges perpétrés en vue de nuire au prochain.

Nuire au prochain, c’est la grande ambition des vas¬ saux de Satan.

Mais, avant d’entrer dans le détail des pratiques superstitieuses les plus usitées de ces misérables, il paraît opportun de produire, à titre d’exemple, un fait évident et bien constaté de sortilège effectif, que nous emprunterons aux chroniques judiciaires du xvii® siècle.

C’est justice d’observer, à l’honneur du Parlement de Paris, que la tradition était de s’y montrer, en ma¬ tière de sorcellerie, d’une modération relative. La jurisprudence des Boguet et des Remigius n’y était point admise; mais, à l’encontre des Parlements de province où la coutume allumait des bûchers pour simple délit de superstition*, les magistrats de Paris

^ Les Cours souveraines de Bordeaux et de Rouen se distinguaient entre toutes par leur fanatisme indécrotable.

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ne livraient d’ordinaire aux flammes que des sorciers dûment convaincus d’avoir, par leurs manoeuvres, causé la mort d’une personne, ou tout au moins des dégâts matériels, tels que la perte des bestiaux ou la ruine des récoltes.

Or, le bailli de Pacy, ayant condamné pour ces ■derniers crimes, mais en l’absence de preuves péremp¬ toires, plusieurs bergers aux supplices de la corde et du feu (c’était dans l’intervalle des années 1687-1691), le Parlement avait cru devoir casser le verdict de pre¬ mière instance et substituer à la peine de mort celle des galères. 11 tenait pour constante la culpabilité des prévenus, auteurs des préjudices soufferts; mais les ravages étaient-ils dus à des opérations magiques ou simplement à des moyens naturels? — La Cour hésitait à se prononcer.

Les preuves décisives ne devaient point se faire longtemps attendre, et celles qui signalèrent le procès du berger Hocque parurent si concluantes, que le retentissement de cette série d’affaires fatigua tous les échos de l’Europe.

Les faits sont curieux. J’en veux fournir un résumé sommaire.

Le procès instruit contre Hocque avait eu pour mo¬ tif déterminant l’étrange contagion qui décimait alors les bestiaux. La voix publique dénonçait en lui l’au¬ teur de cette calamité.

Condamné seulement aux galères par la Haute-Justice de Pacy, le 2 septembre 1687, Hocque frappa d’appel la sentence du bailli. Mais, dans l’hypothèse

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litigieuse de sorcellerie, la Cour de Paris ne révisait guère que les sentences de mort. Ce n’était pas le cas de la sienne, qui fut confirmée par arrêt du Parle¬ ment, en date du 4 octobre suivant. L’indulgence du premier juge, conforme cette fois à la jurisprudence de la chambre d’appel, trahissait les doutes de ce magistrat touchant la cause efficiente de l’épidémie, car il n’avait prononcé que la peine des empoison¬ neurs de troupeaux « par le moïen de gogues et aultres voyes naturelles ». Sur ces entrefaites, nonobs¬ tant l’arrestation du berger, la mortalité sévissait plus intense sur le bétail. D’où mille conjectures et le soup¬ çon qu’on s’était trompé.

Afin de s’en éclaircir — Hocque étant encore en prison à Paris — l’on s’avisa de lui donner pour com¬ pagnon de chaîne un certain Béatrix, lequel rentrait dans cette variété de mouchards qu’on a nommés de¬ puis des moutons.

Suivons la marche des événements. La ruse réussit à souhait : Béatrix fait boire le berger qui, sans défiance, lâche le mot de l’énigme. Il avoue avoir enterré, dans une écurie qu’il désigne, « vne charge d’empoisonnement magique, appelée les neuf coniuremens ». L’épidémie ne cessera, s’empresse-t-il d’ajou¬ ter, qu’une fois le charme détruit.

Que fait Béatrix ? Il va tout raconter au Comman¬ dant de la Tournelle, homme de prudence et de conseil, qui lui prescrit de faire boire encore le sorcier, afin d’obtenir de lui la rupture du sortilège. Hocque, dans les fumées du vin, consent à tout, sans songer que

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make this classification incomplete and vicious; it mat¬ ters to note, among others, the omission of the crime of heresy, infallibly imputable to every sorcerer. That crime — on the same footing as those of evocation and of ado¬ ration of the Devil, of which there was question in the preceding chapter — that crime falls, according to the point of view, into the two categories of outrages towards God and of grave faults towards oneself.

Be that as it may, we shall have above all to treat of the maleficences properly so called, or sortileges perpetrated with a view to harming one's neighbour.

To harm one's neighbour, that is the great ambition of the vas¬ sals of Satan.

But, before entering into the detail of the superstitious practices most in use among these wretches, it appears opportune to produce, by way of example, an evident and well-established fact of effective sortilege, which we shall borrow from the judicial chronicles of the xvii century.

It is justice to observe, to the honour of the Parlement of Paris, that the tradition there was to show itself, in the mat¬ ter of sorcery, of a relative moderation. The jurisprudence of the Boguets and the Remigiuses was not admitted there; but, contrary to the provincial Parlements where custom kindled stakes for the simple misdemeanour of superstition*, the magistrates of Paris

^ The sovereign Courts of Bordeaux and of Rouen distinguished themselves above all others by their ineradicable fanaticism.

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ordinarily delivered to the flames only sorcerers duly convicted of having, by their manoeuvres, caused the death of a person, or at the very least material damage, such as the loss of cattle or the ruin of the harvests.

Now the bailiff of Pacy, having condemned for these last crimes, but in the absence of peremp¬ tory proofs, several shepherds to the torments of the cord and of the fire (it was in the interval of the years 1687-1691), the Parlement had thought fit to quash the verdict of first instance and to substitute for the penalty of death that of the galleys. 11 held the guilt of the accused as constant, they being the authors of the injuries suffered; but were the ravages due to magical operations or simply to natural means? — The Court hesitated to pronounce.

The decisive proofs were not to be long awaited, and those that marked the trial of the shepherd Hocque appeared so conclusive that the resonance of this series of affairs wearied every echo in Europe.

The facts are curious. I mean to furnish a summary account of them.

The trial instructed against Hocque had had for its de¬ termining motive the strange contagion that was then decimating the cattle. Public voice denounced him as the au¬ thor of that calamity.

Condemned only to the galleys by the High Justice of Pacy, on the 2 September 1687, Hocque appealed against the bailiff's sentence. But, in the hypothesis

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litigious hypothesis of sorcery, the Court of Paris hardly revised any but sentences of death. His was not such a case, and it was confirmed by decree of the Parle¬ ment, dated the 4 October following. The indulgence of the first judge, conformable this time to the jurisprudence of the chamber of appeal, betrayed that magistrate's doubts touching the efficient cause of the epidemic, for he had pronounced only the penalty of poison¬ ers of flocks « by the meanes of gogues and other naturall wayes ». In the midst of this, notwith¬ standing the shepherd's arrest, the mortality raged more intensely upon the cattle. Whence a thousand conjectures and the suspi¬ cion that there had been a mistake.

In order to be cleared upon it — Hocque being still in prison at Paris — they bethought themselves of giving him for com¬ panion in chains a certain Béatrix, who belonged to that variety of informers since named sheep.

Let us follow the march of events. The ruse succeeded to a wish: Béatrix makes the shepherd drink, who, unsuspecting, lets slip the word of the enigma. He avows having buried, in a stable he indicates, « a charge of magicall empoisonment, called the nine coniurements ». The epidemic will not cease, he hastens to add, until the charm is destroyed.

What does Béatrix do? He goes and tells everything to the Comman¬ dant of the Tournelle, a man of prudence and of counsel, who prescribes that he make the sorcerer drink again in order to obtain from him the breaking of the sortilege. Hocque, in the fumes of the wine, consents to everything, without considering that

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