Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
consacrée, puis on prit de l’eau bénite auec du lait d’vne femme nourice de bonne vie, et tout cela fut ietté dedans le feu, tout aussitôt le Démon fut contrainct de quitter le feu : et auant que de sortir, il fit vn si grand remuë-menage, que l’on sembloit estre tous bruslez, et qu’il deuoit emporter l’Eglise et tout auec luy : et en sifflant, il sortit à six heures et demie du soir dudict iour, sans faire aucun mal (Dieu mercy) que la totale ruyne de ladicte pyramide, qui est de conséquence de douze mille ecus au moins.
« Ce meschant estant hors, on eût raison du feu. Et peu de temps apres, ledict pain de seigle se trouua encore en essence, sans estre aucunement endom¬ magé ; fors que la croûte estoit vn peu noire.
« Et sur les huict ou neuf heures et demie, apres que tout le feu fut esteint, la cloche sonna pour amas¬ ser le peuple, afin de rendre grâces à Dieu.
« Messieurs du Chapitre auec les choristes et mu¬ siciens chantèrent le Te Deum et vn Stabat mater, dans la Chapelle de la Trinité, à neuf heures du soir.
« Grâces à Dieu, il n’est mort personne, fors trois ou quatre blessés.
« Il n’est pas possible de voir chose plus horrible et espouuentable qu’estoit ledict feu. » — fin *.
Ce récit nous est doublement précieux, en ce qu’il
^ Voir Lenglet-Düfresnoy : Recueil de Dissertations anciennes et nouvelles sur les Apparitions, les Visions et les Songes. — Paris-Avignon, Jean-Noël Leloup, 1751, 4 vol. in-12, tome IT, pp. 110-114.
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consacre, à la faveur d’un exemple singulier, la croyance populaire aux démons de la foudre et sur¬ tout en ce qu’il décrit par le détail les exorcismes et autres cérémonies religieuses dont nos pères des siècles derniers avaient coutume en pareil cas. — Au demeurant, quoique les exeifiples d’hallucination collective et spontanée soient assez fréquents, et dû¬ ment constatés, nous inclinerions à croire que le témoin oculaire, narrateur de ce prodige, avait sciem¬ ment chaussé, le jour de l’incendie, des bésicles gros¬ sissantes, ou pour mieux dire, enchantées.
Mais voici un fait plus moderne affirmé par des témoins dignes de foi, et qui ne présente rien d’in¬ croyable , à quelque point de vue d’ailleurs qu’on l’examine. Nous condensons le récit un peu diffus de M. Gougenot des Mousseaux ’.
« MARIA OPTIMAM PARTEM ELEGIT, QVÆ NON AVPERETVR AB EA. »
C’est cette belle et consolante parole du Christ qu’un grand seigneur polonais avait fait graver en lettres d’or sur la tombe de sa fille adorée, morte à dix-huit ans d’une maladie de langueur. Une demijournée n’est pas révolue, qu’un orage gronde au ciel; la foudre éclate : un livide éclair, se bifurquant en dard de vipère, ravage en deux endroits l’inscription métallique.Quatre lettres fondues, volatilisées au
' Gougenot des Mousseaux, Mœurs et Pratiques des Démons, 2® édit, refondue. Paris, Plon, 186a, in-8, pages 15-16.
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choc du fluide, laissent le texte saint mutilé — et d'une formule d’amour céleste et d’espoir, font une sentence d’éternelle et suprême réprobation.
(( maria. .. IMAM PARTEM ELEOIT, . VÆ NON AVFERETVR AB EA. » Marie a choisi sa place au fond de Vabîme ; anathème sur elle ! Sa place ne lui sera pas ôtée h..
Voilà pour la foudre. Ajoutons qu’à tort ou à raison, nos ancêtres attribuaient les pestes, les contagions, les disettes, à l’influence des mauvais esprits ; comme aussi les cataclysmes imprévus, tels que cyclones, éruptions, tremblements de terre.
Les exorcismes de l’Église nous sont la meilleure preuve de cette attribution, croyance communément répandue et sanctionnée par le clergé, du moins en ce qui concerne les troubles des éléments : a Je vous adjure, grêles et vents, pour que vous vous résolviez en pluie, etc..., » lit-on au Rituel de Toul^ page 538. Les Rituels sont pleins de ces formules.
Or, ces démons, qui donc — au dire du peuple —
^ Cette anecdote fait penser au présage fulgurant, avant-coureur de la mort d’Auguste.
L’an 14 de Jésus-Christ, la fondre venant à frapper l’inscription de la statue érigée dans le Champ de Mars à la mémoire du Con¬ quérant des Gaules, en mutila la première lettre. De cæsar, le Feu du ciel fit ÆSAR, qui était, chez les Etrusques, le nom générique des Elres appartenant à la race d^s Dieux (ainSN des Hébreux).
Le mage ïhrasylle consulté, vit dans la lettre C abattue, le syrabole des cent jours qui séparaient encore Auguste de VApothéose. En conséquence, il lui prédit qu’à l’expiration de ce délai, il serait mis au rang des dieux. Et de fait, la mort, à cent jours de là, frappait César-Auguste !
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déchaînait en trombe leur malveillance à travers la pacifique nature ? — Les adeptes de la Magie noire !
C’est ainsi que le moyen âge, à la grande joie des exorcistes, rejetait tout phénomène anormal sur le compte de l’Enfer et de sa malice, et motivait d’ail¬ leurs la colère vengeresse des monstres d’enfer, en dénonçant la perfide instigation du Sorcier....
Host, then they tooke holy water with the milke of a woman nurse of good life, and all that was cast into the fire, and straightway the Dæmon was constrained to quit the fire: and before going forth, he made so great a stirre that we seemed to be all burnt, and that he must carry away the Church and all with him: and hissing, he went forth at halfe past six in the euening of the said day, without doing any hurt (God be thanked) saue the totall ruine of the said pyramid, which is of consequence of twelue thousand crownes at the least.
« This wicked one being out, they got the better of the fire. And a little while after, the said rye loafe was found still in being, without being any way damag¬ ed; saue that the crust was a little blacke.
« And about eight or halfe past nine, after all the fire was quenched, the bell rang to gather the people, in order to giue thanks to God.
« The Gentlemen of the Chapter with the choristers and mu¬ sicians sang the Te Deum and a Stabat mater, in the Chapel of the Trinitie, at nine of the clocke in the euening.
« Thanks be to God, there died no person, saue three or foure wounded.
« It is not possible to see a thing more horrible and dreadfull than the said fire was. » — end *.
This narrative is doubly precious to us, in that it
^ See Lenglet-Dufresnoy: Collection of Dissertations ancient and new upon Apparitions, Visions and Dreams. — Paris-Avignon, Jean-Noël Leloup, 1751, 4 vol. in-12, volume IT, pp. 110-114.
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consecrates, by favour of a singular example, the popular belief in the demons of the lightning and above all in that it describes in detail the exorcisms and other religious ceremonies our fathers of the last centuries were accustomed to in such a case. — For the rest, although the examples of collective and spontaneous hallucination are frequent enough, and duly established, we should incline to believe that the eyewitness, narrator of this prodigy, had knowingly put on, the day of the fire, magnify¬ ing spectacles, or better to say, enchanted ones.
But here is a more modern fact affirmed by witnesses worthy of faith, and which presents nothing in¬ credible from whatever point of view one examines it. We condense the somewhat diffuse narrative of M. Gougenot des Mousseaux '.
« MARIA OPTIMAM PARTEM ELEGIT, QVÆ NON AVFERETVR AB EA. »
It is that fair and consoling word of Christ that a great Polish lord had had graven in letters of gold upon the tomb of his adored daughter, dead at eighteen years of a wasting sickness. Half a day is not gone by when a storm growls in the sky; the lightning bursts: a livid flash, forking like a viper's tongue, ravages the metal inscription in two places. Four letters melted, volatilised at the
' Gougenot des Mousseaux, Manners and Practices of the Demons, 2® edit. recast. Paris, Plon, 186a, in-8, pages 15-16.
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shock of the fluid, leave the holy text mutilated — and of a formula of celestial love and of hope make a sentence of eternal and supreme reprobation.
(( maria. .. IMAM PARTEM ELEOIT, . VÆ NON AVFERETVR AB EA. » Mary has chosen her place in the depth of the abyss; anathema upon her! Her place shall not be taken from her h..
So much for the lightning. Let us add that rightly or wrongly our ancestors attributed plagues, contagions, dearths to the influence of the evil spirits; as also the unforeseen cataclysms, such as cyclones, eruptions, earthquakes.
The exorcisms of the Church are our best proof of this attribution, a belief commonly spread and sanctioned by the clergy, at least as regards the troubles of the elements: « I adjure you, hails and winds, that you resolve yourselves into rain, etc..., » one reads in the Ritual of Toul, page 538. The Rituals are full of these formulas.
Now, these demons, who then — in the people's telling —
^ This anecdote makes one think of the fulgurant presage, forerunner of the death of Augustus.
In the year 14 of Jesus Christ, the lightning coming to strike the inscription of the statue erected in the Field of Mars to the memory of the Con¬ queror of the Gauls, mutilated its first letter. Of cæsar the Fire of heaven made ÆSAR, which was, among the Etruscans, the generic name of the Beings belonging to the race of the Gods (ainSN of the Hebrews).
The mage Thrasyllus, consulted, saw in the fallen letter C the symbol of the hundred days that still separated Augustus from the Apotheosis. In consequence he predicted to him that at the expiration of that delay he would be set in the rank of the gods. And in fact, death, a hundred days from then, struck Cæsar Augustus!
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unleashed their malevolence in a whirlwind across peaceable nature? — The adepts of black Magic!
It is thus that the middle ages, to the great joy of the exorcists, cast every abnormal phenomenon upon the account of Hell and its malice, and moreover motivated the avenging anger of the monsters of hell by denouncing the perfidious instigation of the Sorcerer....
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