Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
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les accusait encore de faire vœu de sodomie, et de ne rien se refuser entre eux...
« En Languedoc, trois Commandeurs de l’Ordre, mis à la torture, avouèrent qu’ils avaient assisté à plu¬ sieurs chapitres de l’Ordre ; que dans l’un de ces cha¬ pitres, tenu à Montpellier, et de nuit, suivant l’usage, on avait exposé une tête; qu’aussitôt le diable était, apparu sous la figure d’un chat; qu’on avait adoré ce chat, qui parlait avec bonté aux uns et aux autres ; qu’ensuite plusieurs démons étaient venus, sous forme de femmes, et que chaque frère avait eu la sienne K »
Quoi qu’on puisse penser de ces stupéfiantes accu¬ sations, qui valurent à tant de braves Chevaliers les affres du bûcher,'il nous est impossible de ne pas noter, en passant, quelle ressemblance, sinon quelle absolue identité, assimile de pareilles scènes (qu’on les veuille réelles ou mensongères) au sabbat des sorciers d’une part, tel que nous l’avons décrit au chapitre ii, et de l’autre à ces réunions orgiaques et mystiques tout ensemble, qui furent imputées de tout temps aux sec¬ taires de la gnose dissidente, par les auteurs contem¬ porains qui traitent de leurs rites et de leurs mystères.
Le marquis de Saint-Yves, dans un livre remarquable à tant d’égards, glorifie ce qu’il appelle la Mission des Templiers. En eux, il salue les orthodoxes de l’ésoté¬ risme traditionnel, les mandataires de la paix sociale, les fondateurs et les inspirateurs de ces États gêné, vaux — véritable ébauche de synarchie — qui furent,
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au long de notre histoire, l’organe intrépide et modéré des revendications populaires, et comme une grande voix, ferme et respectueuse, sortie des entrailles mêmes de la nation.
S’il en est ainsi, les États généraux de Tours (mai 1308) se montrèrent parricides en reniant le Temple, et en abandonnant les Templiers à la fureur de leurs bour¬ reaux. Du reste, avec sa loyauté coutumière, M. de Saint-Yves proclame lui-même ce fait irrécusable, qui sera pour les superficiels une des pierres d’achop¬ pement de son hypothèse ; « L’unanimité des Trois Ordres tendit à Philippe le Bel le fer et le feu..., » lit-on à la page 216 de la France vraie ^ (tome I).
Gela n’importe guère. Il n’est pas sans exemple de voir le fils suivre les traditions du père, après l’avoir condamné ; l’ouvrier revivre dans son oeuvre, après être mort par elle. Et sans aller si loin, saint Pierre, qui renia trois fois son maître Jésus-Christ, n’en fut pas moins le premier chef de l’Église chrétienne. Aussi n’est-ce point de pareils arguments que nous opposerons à l’illustré apôtre des Missions.
Si noble que soit la thèse qu’il soutient, nous vou¬ drions, pour qu’elle fût acceptable, la voir fondée en histoire sur quelque fait avéré. Sans aborder la discussion sur ce terrain, nous allons dire pourquoi, sur celui de la métaphysique pure, cette thèse nous paraît au moins hasardeuse.
Les Chevaliers étaient dépositaires d’une doctrine
LaFrance craie, Mission des Français, Paris,! 887,2 v. in-18.
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sociale et religieuse. C’est historiquement certain. Reste à savoir de laquelle.
Que le Temple possédât la tradition orthodoxe, voilà qui n’est guère soutenable. Cet Ordre fameux reste dogmatiquement entaché de manichéisme. Mignard notamment a rapproché des preuves accablantes à l’appui de cette opinion. Les figures emblématiques sculptées en relief sur le coffret de pierre d’Essarois, pièce à conviction ^ (entre mille) qu’il détaille avec une compétence et une sagacité parfaites, ne sont de nature à laisser aucun doute. Le caractère de mys¬ ticisme obscène qui est le propre de ces symboles dyarchistes semble même d’une précision assez typique, pour servir de trait d’union, dans l’espèce, entre les deux grands griefs stipulés contre les Tem¬ pliers : la goëtie manichéenne et le vice impur.
Ne retenons que le manichéisme à la charge dqs Templiers. C’est plus qu’il n’en faut pour réfuter l’attribution qui leur est faite d’une doctrine tradition¬ nelle de syncrèse tri-unitaire, mathétique, ou (comme l’appelle excellemment M. de Saint-Yves) d’une tradi¬ tion synarchique.
L’antagonisme primordial, absolu, de deux prin¬ cipes incompatibles, telle est l’essence du dogme manichéen ; elle exclut le Ternaire synarchique et la Monade dont émane ce Ternaire.
* Suite de la monographie du coffret du duc de Blacas, ou Preuves du Manichéisme dans l’Ordre du Temple, par Mignard. — Pa¬ ris, 1853, grand in-4, figures.
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Le manicliéisme est la négation radicale du prin¬ cipe de retour à l’Unité. Allez édifier une synthèse sur une pareille base ! Projet chimérique : autant vouloir restaurer Babel.
Les Templiers, nous l’avons dit, ne passaient pas pour de simples hérétiques.
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accused them further of making vow of sodomy, and of refusing themselves nothing among each other...
« In Languedoc, three Commanders of the Order, put to the torture, avowed that they had been present at se¬ veral chapters of the Order; that in one of these chap¬ ters, held at Montpellier, and by night, according to usage, a head had been exposed; that at once the devil had, appeared under the figure of a cat; that this cat had been adored, which spoke with kindness to the one and to the other; that thereafter several demons had come, under the form of women, and that each brother had had his own K »
Whatever one may think of these stupefying accu¬ sations, which cost so many brave Knights the pangs of the stake,'it is impossible for us not to note, in passing, what resemblance, if not what absolute identity, assimilates such scenes (whether one will have them real or lying) to the sabbath of the sorcerers on the one hand, such as we have described it in chapter ii, and on the other to those reunions orgiastic and mystical both together, which were imputed in all times to the sec¬ taries of the dissident gnosis, by the contem¬ porary authors who treat of their rites and of their mysteries.
The marquis de Saint-Yves, in a book remarkable in so many respects, glorifies what he calls the Mission of the Templars. In them, he salutes the orthodox of traditional esote¬ rism, the mandataries of social peace, the founders and the inspirers of those States gene, ral — a veritable sketch of synarchy — which were,
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all along our history, the intrepid and moderate organ of popular claims, and like a great voice, firm and respectful, issued from the very entrails of the nation.
If it be so, the States General of Tours (May 1308) showed themselves parricides in denying the Temple, and in abandoning the Templars to the fury of their execu¬ tioners. For the rest, with his customary loyalty, M. de Saint-Yves himself proclaims this irrecusable fact, which will be for the superficial one of the stones of stum¬ bling of his hypothesis; « The unanimity of the Three Orders held out to Philippe le Bel the iron and the fire..., » one reads at page 216 of la France vraie ^ (tome I).
That matters little. It is not without example to see the son follow the traditions of the father, after having condemned him; the workman live again in his work, after having died by it. And without going so far, saint Peter, who denied three times his master Jesus-Christ, was none the less the first head of the christian Church. So it is not by such arguments that we shall oppose the illustrious apostle of the Missions.
Noble as may be the thesis he sustains, we should wi¬ sh, in order that it be acceptable, to see it founded in history upon some proven fact. Without entering the discussion upon that ground, we are going to say why, upon that of pure metaphysics, this thesis appears to us at the least hazardous.
The Knights were depositaries of a doctrine
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social and religious. That is historically certain. It remains to know of which.
That the Temple possessed the orthodox tradition, that is hardly sustainable. This famous Order remains dogmatically tainted with manichæism. Mignard in particular has brought together overwhelming proofs in support of this opinion. The emblematic figures sculptured in relief upon the stone casket of Essarois, an exhibit ^ (among a thousand) which he details with a perfect competence and sagacity, are not of a nature to leave any doubt. The character of obscene mys¬ ticism which is proper to these dyarchist symbols seems even of a precision typical enough to serve as a hyphen, in the case, between the two great grievances stipulated against the Tem¬ plars: manichæan goëty and impure vice.
Let us retain only the manichæism to the charge of the Templars. It is more than is needed to refute the attribution made to them of a traditio¬ nal doctrine of tri-unitary syncrisis, mathetic, or (as M. de Saint-Yves excellently calls it) of a synar¬ chic tradition.
The primordial, absolute antagonism of two incompatible prin¬ ciples, such is the essence of the manichæan dogma; it excludes the synarchic Ternary and the Monad whence emanates that Ternary.
* Suite de la monographie du coffret du duc de Blacas, ou Preuves du Manichéisme dans l'Ordre du Temple, par Mignard. — Pa¬ ris, 1853, grand in-4, figures.
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Manichæism is the radical negation of the prin¬ ciple of return to Unity. Go build a synthesis upon such a base! Chimerical project: as well wish to restore Babel.
The Templars, we have said it, did not pass for simple heretics.
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