Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Le Talmud ne s’exprime point en termes moins for¬ mels; je cite textuellement : — « A l’heure où le Serpent se mêla avec Ève, il jeta en elle une souil¬ lure dont l’infection s’est transmise à tous ses des¬ cendants... (Shabbath, fol. 146, recto). » Souvent les expressions deviennent si crues, qu’on hésite à lestraduire.
A d’autres pages, le démon mâle prend le nom de Léviathan jniib, et la diablesse celui ê^Héva Kin. Cette Héva aurait joué longtemps en Eden le rôle d’épouse auprès d’Adam, avant que le Seigneur eût tiré de son flanc l’Êve véritable (primitivement Aïsha, niTN, puis Hêvah ou Chavah mn). Des amours d’Adam et d’Héva-couleuvre, seraient nées des légions de larves, de succubes et d’esprits semi-conscients (élémentaux).
Au reste, les rabbins font de Léviathan une sorte d’androgyne infernal, dont l’incarnation mâle (Samaël) est pour eux le Sevpent insinuant et l’incarnation femelle (Lilith) la couleuvre tortueuse (voii^le Sépher Ammudè-Schib-a, fol. 51, col. 3 et 4). Ces deux monstres seront anéantis à la fin des temps, ainsi qu’on
LK DIABLE
p. 73
peut lire au Sépher Emmeck-Ameleh : — « Dans les « temps à venir, le Très-Haut (béni soit-il!) égorgera « l’impie Samaël, car il est écrit (Is. XVII, 1) : En ce « temps-là, Jéhovah visitera de son épée terrible « Léviathan, le serpent insinuant qui est Samaël, et « Léviathan, la couleuvre tortueuse qui est Lilith « (fol. 130, col. 1, ch. xi). »
Lilith n’est pas, suivant les rabbins, l’unique épouse de Samaël ; ils en nomment trois autres : Aggarath max, ISIahèmah naï 3 et Mochlath nhna. Mais de ces quatre diablesses, Lilith partagera seule la terrible punition de son époux, pour l’avoir aidé seule à sé¬ duire Adam et Eve.
Aggarath et Mochlath ne jouent qu’un rôle assez effacé ; il n’en est pas de même des deux autres sœurs.
Prions Eliphas Lévi de compléter ces quelques ren¬ seignements et nous en aurons fini avec cette demonologie des rabbins. « Il y a dans 1 enfer, disent les Kabbalistes, deux reines des Stryges : l’une, c’est Lilith, la mère des avortements, et l’autre, c’est Nahéma, la fatale et meurtrière beauté. Quand un homme est infidèle à l’épouse que lui destinait le ciel, lors¬ qu’il se voue aux égarements d’une passion stérile. Dieu lui reprend son épouse légitime et sainte, pour le livrer aux embrassements de Nahéma. Cette reine des Stryges saitse montrer avec tous les charmes de la virginité et de l’amour ; elle détourne le cœur des pères et Igs engage à l’abandon de leurs devoirs, et de leurs enfants ; elle pousse les hommes naariés au veuvage et force à un mariage sacrilège les hommes
p. 74
LE TEMPLE DE SATAN
consacrés à Dieu. Lorsqu’elle usurpe le titre d’épouse, il est facile de la reconnaître: le jour de son mariage, elle est chauve, car la chevelure des femmes étant le voile de la pudeur lui est interdite pour ce jour-là ; puis, après le mariage, elle affecte le désespoir et le dégoût de l’existence, prêche le suicide et quitte enfin avec violence celui qui lui résiste, en le laissant mar¬ qué d’une étoile infernale entre les deux yeux. Nahéma peut devenir mère, mais elle n’élèvejamais ses enfants; elle les donne à dévorer à Lilith, sa funeste soeur *. »
Rien de plus commun, chez tous les peuples, que ces légendes d’amours, très souvent fécondes, confon¬ dant pêle-mêle dieux et mortels ; en tous temps les F’ils du Ciel — réprouvés ou non — firent paraître quelque empressement à séduire les filles de la Terre. Il n’est besoin de recourir à la Genèse pour trouver des exemples : qui n’a lu, dans Suétone, cette tradition si singulière, rapportée des © 6 o).o 7 ouf«eva d’Asclepios mendésien, au sujet de la naissance d’Octave?
S’étant rendue de nuit à un sacrifice solennel en l’honneur d’Apollon, Atys (mère du futur empereur) fait déposer sa litière dans le temple où déjà som¬ meillent les autres matrones, puis s’endort elle-même ; soudain un serpent se glisse jusqu’auprès d’elle et ressort du lit quelques instants plus tard. Atys, à son
* Eliphas Levi, Histoire de la Magie, p. 438. ^
Voir aussi !e Dictionnaire kabbalistique de Rosenroth et le traité De reoolutionibus animarum (t^'' et 3® tome de la Kabbala denudata, 1684, 3 vol. in-4).
LE DIABLE
p. 75
tl* réveil, doit subir la purification d’usage, car elle a conçu; mais sur son corps s’est spontanément empreinte l’image d^un serpent, comme si on l’y avait peint, dit Suétone — velut depicti draconis — stigmate qui par f la suite n’a voulu disparaître, à telles enseignes qu’elle se voit contrainte de renoncer à tout jamais aux bains publics... Dix mois après naît Auguste, que chacun s’empresse de proclamer le fils d’Apollon *.
The Talmud expresses itself in terms no less for¬ mal; I quote textually: — « At the hour when the Serpent mingled with Eve, he cast into her a defile¬ ment whose infection has been transmitted to all her des¬ cendants... (Shabbath, fol. 146, recto). » Often the expressions become so crude that one hesitates to translate them.
In other pages, the male demon takes the name of Leviathan jniib, and the she-devil that of Heva Kin. This Heva is said to have long played in Eden the part of spouse beside Adam, before the Lord had drawn from his side the true Eve (primitively Aïsha, niTN, then Hêvah or Chavah mn). From the loves of Adam and Heva-the-adder were born, it is said, legions of larvae, of succubi and of semi-conscious spirits (elementals).
For the rest, the rabbis make of Leviathan a sort of infernal androgyne, whose male incarnation (Samaël) is for them the insinuating Serpent and whose female incarnation (Lilith) is the tortuous adder (see the Sépher Ammudè-Schib-a, fol. 51, col. 3 and 4). These two monsters will be annihilated at the end of time, as one
THE DEVIL
73
may read in the Sépher Emmeck-Ameleh: — « In the « times to come, the Most High (blessed be he!) will slaughter « the impious Samaël, for it is written (Is. XVII, 1): In that « time, Jehovah will visit with his terrible sword « Leviathan, the insinuating serpent which is Samaël, and « Leviathan, the tortuous adder which is Lilith « (fol. 130, col. 1, ch. xi). »
Lilith is not, according to the rabbis, the sole wife of Samaël; they name three others: Aggarath max, Nahemah naï 3 and Mochlath nhna. But of these four she-devils, Lilith alone will share the terrible punishment of her spouse, for having alone helped him to se¬ duce Adam and Eve.
Aggarath and Mochlath play but a rather effaced part; it is not the same with the two other sisters.
Let us beg Eliphas Lévi to complete these few parti¬ culars and we shall have done with this demonology of the rabbis. « There are in 1 hell, say the Kabbalists, two queens of the Stryges: the one is Lilith, the mother of miscarriages, and the other is Nahema, the fatal and murderous beauty. When a man is unfaithful to the wife heaven destined for him, when¬ he devotes himself to the wanderings of a sterile passion, God takes back from him his lawful and holy wife, to deliver him to the embraces of Nahema. This queen of the Stryges knows how to show herself with all the charms of virginity and of love; she turns aside the heart of fathers and engages them to the abandonment of their duties and of their children; she drives married men to widowhood and forces to a sacrilegious marriage the men
74
THE TEMPLE OF SATAN
consecrated to God. When she usurps the title of wife, it is easy to recognise her: on the day of her marriage she is bald, for the hair of women being the veil of modesty is forbidden her for that day; then, after the marriage, she affects despair and disgust with existence, preaches suicide and at last quits with violence him who resists her, leaving him mar¬ ked with an infernal star between the two eyes. Nahema may become a mother, but she never rears her children; she gives them to Lilith, her baleful sister, to devour*. »
Nothing more common, among all peoples, than these legends of loves, very often fruitful, confound¬ ing pell-mell gods and mortals; in every age the Sons of Heaven — reprobate or not — showed some eagerness to seduce the daughters of Earth. There is no need to have recourse to Genesis to find examples: who has not read, in Suetonius, that tradition so singular, reported from the © 6 o).o 7 ouf«eva of Asclepios of Mendes, touching the birth of Octavius?
Having gone by night to a solemn sacrifice in honour of Apollo, Atia (mother of the future emperor) has her litter set down in the temple where the other matrons already slum¬ ber, then falls asleep herself; suddenly a serpent glides up beside her and comes out of the bed some moments later. Atia, on her
* Eliphas Levi, History of Magic, p. 438. ^
See also the Kabbalistic Dictionary of Rosenroth and the treatise De reoolutionibus animarum (t^'' and 3® volume of the Kabbala denudata, 1684, 3 vol. in-4).
THE DEVIL
75
tl*
waking, must undergo the customary purification, for she has conceived; but upon her body has spontaneously imprinted itself the image of a serpent, as if it had been painted there, says Suetonius — velut depicti draconis — a stigma that there¬ after would not disappear, so much so that she finds herself constrained to renounce the public baths for ever... Ten months later Augustus is born, whom everyone hastens to proclaim the son of Apollo*.
No commentary for this page under the selected tracks.
There is commentary on page 1.