Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Puissamment groupés autour de leur grand prêtre, ministre omnipotent des vengeances occultes, les adeptes du Vaudoux constituent une redoutable société secrète, qui n’est pas sans analogie avec la secte indienne des Thuggs, déjà connue de nos lecteurs.
Le Serpent du Vaudoux est, en somme, cette même puissance tortueuse de destruction, que le goëtien de l’antique Egypte évoquait en ces termes, au secours de ses rancunes : « O toi qui hais, parce que tu as été chassé, je t’invoque, tout-puissant souve¬ rain des dieux, destructeur et dépopulateur, toi qui ébranles tout ce qui n’est pas vaincu ! Je t’évoque, ô Typhon-Setb !... Vois : j’accomplis les rites pres¬ crits par la Aiagie, c’est par ton vrai nom que je te somme. Viens donc à moi franchement, car tu ne peux me refuser... Et moi aussi, je hais telle maison qui est prospère, telle famille qui est heureuse : sus contre elle, et renverse-la, car elle m’a fait injure M ».
Quelle que soit la substance propre de cet Agent formidable, dont le serpent a toujours été l’un des emblèmes hiératiques, il est certain qu’elle se plie à
^ Voir les Papyrus Anaslasi et Sallier, commentés par l’égypto¬ logue Reuvens, dans ses Lettres à M. Letronne.
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raccomplissement de toutes les œuvres mystérieuses. Et les Modernes qui pensent diriger (sous le nom de fluide électrique), et soupçonnent vaguement (sous celui de magnétisme) deux modiflcations très indi¬ rectes de son énergie, se font une idée inexacte et lointaine à tous égards des pouvoirs que peut déve¬ lopper en soi l’homme qui a su pénétrer la nature essentielle de cet Agent.
Acquérir une pareille connaissance, voilà qui n’est donné qu’à une rare élite ; encore, ceux qui la com¬ posent sont-ils loin de posséder, par le fait même, les privilèges du f^ge parfait. Pour y parvenir, la science n’est qu’une insuffisante condition : on y doit joindre un empire absolu sur la chair, un entraînement consi¬ dérable, une audace sans défaillance et le plus inal¬ térable sang-froid. C’est dire combien le nombre est restreint des initiés devenus de véritables adeptes. Il s’en faut que l’auteur se flatte de compter parmi ces Saint-Michel de l’Occultisme, pour qui le dragon est un esclave toujours docile et désarmé. Mais de tels demi-dieux ont existé — témoins Moïse, Orphée, Apol¬ lonius et tant d’autres ; — peut-être même en existet-il encore aujourd’hui...
Un trait distinctif les caractérise, à quoi l’on peut infailliblement les reconnaître: ^Is ont, toujours et partout, fait usage du sceptre magique en vue d’un bien général, ou tout au moins collectif; nulle part et jamais, en vue d’un intérêt personnel ou d’une mes¬ quine ambition.
Fermons cette parenthèse. Aussi bien les œuvres
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dont traite notre livre n’ont rien à voir avec ces vivants miracles delà science et de la volonté. Nous n avons prononcé leurs grands noms que pour éveiller des échos providentiels jusque dans la crypte ténébreuse où Satan reçoit les hommages de son digne pontife ; le magicien noir.
Celui-ci paraît, au premier coup d’œil, revêtu des mêmes prérogatives que le Mage de lumière. On va parfois jusqu’à les confondre. C’est par une erreur d’optique, ou, comme auraient dit nos pères, c’est par l’effet d’un mirage infernal, que l’homme lige du serpent arrive à se donner ainsi des airs de princfe.
Le sorcier ne dispose de rien au monde : c est au contraire l’Esprit impersonnel du Mal qui dispose de sa pauvre personne et qui s’en joue. — Le sorcier n’accomplit point ses prestiges au moyen de l’Enfer; c’est l’Enfer qui les accomplit par le moyen du sor¬ cier, qu’il entraîne en son tourbillon de demence fan¬ tastique, de perversion fatale et de desordre universel!
Pas de valet moins libre que le magicien noir : pan¬ tin calamiteux de l’invisible, marionnette inconsciente du Mal, il abdique toute personnalité vraie ^ ; il noie son libre arbitre dans l’océan funeste dont il va deve¬ nir une vague. Mais en revanche, il sera cette vague, et la grande Puissance occulte va désormais agir en lui, puis — par son intermédiaire — hors de lui.
EUe se manifestera, cette Puissance, sous tous les
’ Le Mage, au contraire, abdique toute personnalité Jausse. Ceci deviendra clair au Livre IL
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aspGcts du mal et du désordre. C’est par elle que nous avons déjà vu le dernier des esclaves, revêtu d’une apparente maîtrise, influencer à distance les êtres vivants, les frapper de mort, de consomption ou de folie.
Mais la région accessible a ses maléfices ne se borne point là, comme la suite va le montrer.
Il y a d’abord les charmes qui s’attaquent au sens, génésique, soit pour l’exalter, soit pour l’abolir.
Nul n ignore quel despotique empire a toujours exercé sur la plupart des hommes ce tyran malencon¬ treux de 1 organisme, qu on a nommé le sixième sens^ On sait à quel point sont variables les caprices de son appétit, tantôt avide opiniàtrément des plus tristes mets, ou dédaigneux mal à propos, lorsque pour lui la table se trouve mise avec magniflcence.
Powerfully grouped about their high priest, omnipotent minister of occult vengeances, the adepts of the Vaudoux constitute a redoubtable secret society, not without analogy to the Indian sect of the Thuggs, already known to our readers.
The Serpent of the Vaudoux is, in sum, that same tortuous power of destruction which the goetian of ancient Egypt evoked in these terms to the succour of his rancours: « O thou who hatest, because thou hast been driven out, I invoke thee, all-powerful sove¬ reign of the gods, destroyer and depopulator, thou who shakest all that is not vanquished! I evoke thee, O Typhon-Seth!... See: I accomplish the rites pre¬ scribed by Magic, it is by thy true name that I summon thee. Come then to me frankly, for thou canst not refuse me... And I too, I hate such a house that is prosperous, such a family that is happy: up against it, and overthrow it, for it has done me injury M ».
Whatever be the proper substance of this formidable Agent, of which the serpent has always been one of the hieratic emblems, it is certain that it bends itself to
^ See the Anastasi and Sallier Papyri, commented by the egypto¬ logist Reuvens in his Letters to M. Letronne.
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the accomplishment of every mysterious work. And the Moderns who think they direct (under the name of electric fluid), and vaguely suspect (under that of magnetism) two very indi¬ rect modifications of its energy, form an idea inexact and remote in every respect of the powers that may be devel¬ oped in himself by the man who has known how to penetrate the essential nature of that Agent.
To acquire such a knowledge, that is given only to a rare elite; and even so, those who com¬ pose it are far from possessing, by that very fact, the privileges of the perfect Mage. To attain them, science is but an insufficient condition: there must be joined to it an absolute empire over the flesh, a consi¬ derable training, an audacity without failing and the most unal¬ terable coolness. That is to say how restricted is the number of the initiates become true adepts. The author is far from flattering himself that he counts among these Saint Michaels of Occultism, for whom the dragon is a slave always docile and disarmed. But such demi-gods have existed — witness Moses, Orpheus, Apol¬ lonius and so many others; — perhaps some even exist to-day...
A distinctive trait characterises them, by which one may infallibly recognise them: they have, always and everywhere, made use of the magical sceptre with a view to a general good, or at the least a collective one; nowhere and never with a view to a personal interest or a pet¬ ty ambition.
Let us close this parenthesis. The works
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of which our book treats have indeed nothing to do with these living miracles of science and of will. We have pronounced their great names only to waken providential echoes even in the shadowy crypt where Satan receives the homage of his worthy pontiff: the black magician.
He appears, at first glance, invested with the same prerogatives as the Mage of light. One goes sometimes so far as to confound them. It is by an error of optics, or, as our fathers would have said, it is by the effect of an infernal mirage, that the liegeman of the serpent comes thus to give himself the airs of a prince.
The sorcerer disposes of nothing in the world: it is on the contrary the impersonal Spirit of Evil that disposes of his poor person and makes sport of it. — The sorcerer does not accomplish his prestiges by means of Hell; it is Hell that accomplishes them by means of the sor¬ cerer, whom it drags along in its whirlwind of fan¬ tastic dementia, of fatal perversion and of universal disorder!
No servant is less free than the black magician: a calamitous pup¬ pet of the invisible, an unconscious marionette of Evil, he abdicates all true personality ^; he drowns his free will in the baleful ocean of which he is about to become a wave. But in return he shall be that wave, and the great occult Power will henceforth act in him, then — through his intermediacy — outside him.
It will manifest itself, that Power, under all the
' The Mage, on the contrary, abdicates all FALSE personality. This will become clear in Book II.
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aspects of evil and of disorder. It is by it that we have already seen the last of slaves, invested with an apparent mastery, influence living beings at a distance, strike them with death, with consumption or with madness.
But the region accessible to his maleficences does not stop there, as what follows will show.
There are first the charms that attack the genesic sense, whether to exalt it or to abolish it.
None is ignorant of what despotic empire has always been exercised over most men by that unfortunate tyrant of 1 organism which has been named the sixth sense. It is known to what point the caprices of its appetite are variable, now obstinately greedy of the sorriest dishes, or unseasonably disdainful when for it the table is found spread with magnificence.
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