Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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A part l’imputation de manichéisme — exclusive, selon nous, de l’attribution que leur fait généreusement M. de Saint-Yves de sa propre doctrine, — on incrimi¬ nait encore les chevaliers de magie noire et de sodomie.

C’étaient crimes capitaux dans la jurisprudence du moyen âge. Si graves d’ailleurs qu’ils semblassent aux juges du xiv® siècle, ils ne furent qu’un trompel’œil invoqué, une excuse au coup d’État de 1307. Il faut bien le dire. Quelle excellente occasion pour le roi de France et pour le pape, sa créature, d’abo¬ lir d’un coup la puissance de ces superbes défenseurs du trône et de l’autel, mille fois plus dangereux que les pires ennemis, et quel prétexte tout naturel de se partager leurs prodigieuses dépouilles !

De longue main déjà, le successeur de Pierre et l’héritier de Hugues Gapet avaient préparé ce coup de Maître on n’attendait que l’heure propice pour agir de concert.

* Ce fut grâce à la protection de Philippe le Bel, que Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux en 1300, parvint l’an 130S au trône pontifical, sous le nom de Clément V. Pour acheter la com¬ plaisance du monarque, le futur pape avait dû souscrire par seril i

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Cette heure enfin sonna. Plusieurs dénonciations formelles, celles entre autres de deux Templiers apos¬ tats, permettaient de sévir à l’improviste et d’envelop¬ per tous les Chevaliers dans un même réseau. Le filet fut jeté dans la nuit du 12 au 13 novembre 1307, où tous les gouverneurs et officiers du roi reçurent, sous pli scellé, l’ordre fatal.

Dès le matin, les Templiers sont arrêtés par toute la France et leurs biens mis sous séquestre. — A Paris, cent quarante chevaliers sont dans les fers ; on procède contre eux avec une rigueur insolite. Jamais la question ne fut plus cruellement infligée. Le R. F. Imbert, inquisiteur de la foi, dirige les interrogatoires, assisté de commissaires nommés par le roi. A leur tête figure Guillaume de Nogaret, homme colérique et dont le fanatisme touche au délire.

En province, l’inquisiteur subdélègue des commis¬ saires ecclésiastiques, et les interrogatoires com¬ mencent.

De toutes les procédures intentées à ces malheu¬ reux, il ne nous reste que huit relations authentiques : celles de Caen (où 13 Templiers sont dans les fers) ; — de Pont de TArche (10 Templiers) ; de Cahors ment à six conditions formelles, dont la dernière, tenue secrète, le liait à poursuivre la destruction des Templiers et jusqu’à l’abolition de l’Ordre.

C’est dire que les protestations de Clément V, si molles, si évi¬ demment faites pour la forme et pour l’édification de la galerie, ne furent de sa part qu’une comédie odieuse. On le vit bien à l’em¬ pressement qu’il mit ensuite à tout ratifier après un semblant d’en¬ quête, à Poitiers.

LA JUSTICE DES HOMMES

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(7 Templiers) ; — de Carcassonne (6 Templiers) ; de Beaucaire (45 Templiersl ; — de Troyes (5 Tem¬ pliers) ; — de Bayeux (5 Templiers) ; et enfin de Bigorre (11 Templiers).

A Caen, l’on promet aux accusés grâce entière; néanmoins les réfractaires souffrent la torture.

Tandis que l’affaire s’instruit dans ses états, Philippe le Bel invite les autres potentats de l’Europe à l’imiter dans ses rigueurs.

L’Allemagne ne se hâte point de répondre à son appel ; mais la Sicile, l’Italie, la Castille, l’Angleterre, l’Aragon suivent l’exemple delà France *. En Flandres on déploie une rigueur moindre. A Chypre, la puis¬ sance de l’Ordre rend la tâche des persécuteurs ardue et délicate ; Amaury, régent du royaume pour le jeune Hugues IV, se voitforcé de surseoir à k répres¬ sion, devant l’attitude menaçante des Chevaliers forti¬ fiés dans Nimove.

Le procès traîne partout en longueur, dans des alternatives d’aveux et de rétractations : les greffiers ont altéré plusieurs dépositions, d’où de longs débats sans issue.

< Nous ne parlons, pour l’instant, que de l’arrestation et des pro¬ cédures; car, en plusieurs points, celles-ci aboutirent a un acquit¬ tement des Chevaliers, comme à Ravenne, à Mayence, à Salamanque (1310) Quoi qu’il en fut d’ailleurs de ces sentences individuelles, l’Ordre, aboli par le Concile de 1311, ne subsista nulle part, du moins ouvertement et sous son vrai nom. En Portugal, 1 Ordre du

Christ s’éleva sur ses débris. ,

En Aragon, les Templiers avaient fièrement organise la résistance à main armée, non sans succès...

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LE TEMPLE DE SATAN

Cependant, sous la pression du roi de France qui lui rappelle ses engagements, le pape lance bulle sur bulle pour accélérer la marche des choses ; il en fulmine coup sur coup jusqu’à sept (1308). De nouvelles pro¬ cédures confiées aux évêques ne donnent point de ré¬ sultats meilleurs. On réunit des conciles provinciaux...

Mais il est impossible de préciser tous ces détails.

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Apart from the imputation of manichæism — exclusive, according to us, of the attribution which M. de Saint-Yves generously makes to them of his own doctrine, — the knights were still incrimi¬ nated of black magic and of sodomy.

These were capital crimes in the jurisprudence of the middle age. Grave as, besides, they might seem to the judges of the xiv® century, they were but a trompel'œil invoked, an excuse for the coup d'État of 1307. It must indeed be said. What an excellent occasion for the king of France and for the pope, his creature, to abo¬ lish at one blow the power of those superb defenders of the throne and of the altar, a thousand times more dangerous than the worst enemies, and what a wholly natural pretext for dividing between them their prodigious spoils!

Long since already, the successor of Peter and the heir of Hugues Capet had prepared this master-stroke one awaited only the propitious hour to act in concert.

* It was thanks to the protection of Philippe le Bel that Bertrand de Goth, archbishop of Bordeaux in 1300, attained in the year 130S to the pontifical throne, under the name of Clément V. To purchase the com¬ pliance of the monarch, the future pope had had to subscribe by seril i

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That hour at last struck. Several formal denunciations, those among others of two apos¬ tate Templars, permitted them to strike unawares and to envel¬ ope all the Knights in one same net. The net was cast in the night of the 12 to the 13 November 1307, when all the governors and officers of the king received, under sealed cover, the fatal order.

From the morning, the Templars are arrested throughout all France and their goods put under sequestration. — At Paris, one hundred and forty knights are in irons; they are proceeded against with an unwonted rigour. Never was the Question more cruelly inflicted. The R. F. Imbert, inquisitor of the faith, directs the interrogatories, assisted by commissaries named by the king. At their head figures Guillaume de Nogaret, a choleric man and whose fanaticism verges upon delirium.

In the provinces, the inquisitor subdelegates ecclesiastical commis¬ saries, and the interrogatories be¬ gin.

Of all the procedures brought against these unhap¬ py men, there remain to us but eight authentic relations: those of Caen (where 13 Templars are in irons); — of Pont de l'Arche (10 Templars); of Cahors

ment to six formal conditions, whereof the last, kept secret, bound him to pursue the destruction of the Templars and even to the abolition of the Order.

That is to say that the protestations of Clément V, so feeble, so evi¬ dently made for form's sake and for the edification of the gallery, were on his part but an odious comedy. It was well seen by the ea¬ gerness he afterward put into ratifying everything after a semblance of in¬ quiry, at Poitiers.

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(7 Templars); — of Carcassonne (6 Templars); of Beaucaire (45 Templarsl; — of Troyes (5 Tem¬ plars); — of Bayeux (5 Templars); and finally of Bigorre (11 Templars).

At Caen, entire pardon is promised to the accused; nevertheless the refractory suffer the torture.

While the affair is instructed within his states, Philippe le Bel invites the other potentates of Europe to imitate him in his rigours.

Germany does not hasten to answer his appeal; but Sicily, Italy, Castille, England, Aragon follow the example ofFrance *. In the Flanders a lesser rigour is deployed. At Cyprus, the pow¬ er of the Order renders the task of the persecutors arduous and delicate; Amaury, regent of the kingdom for the young Hugues IV, sees himselfforced to defer the repres¬ sion, before the menacing attitude of the Knights forti¬ fied in Nimove.

The trial everywhere drags out at length, in alternations of avowals and of retractations: the clerks have altered several depositions, whence long debates without issue.

< We speak, for the moment, only of the arrest and of the pro¬ cedures; for, in several points, these ended in an acquit¬ tal of the Knights, as at Ravenna, at Mayence, at Salamanca (1310) Whatever it may besides have been of these individual sentences, the Order, abolished by the Council of 1311, subsisted nowhere, at least openly and under its true name. In Portugal, 1 Order of

Christ rose upon its debris. ,

In Aragon, the Templars had proudly organised resistance

by armed hand, not without success...

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Meanwhile, under the pressure of the king of France who recalls to him his engagements, the pope launches bull upon bull to hasten the march of things; he fulminates of them blow upon blow to the number of seven (1308). New pro¬ cedures confided to the bishops give no better re¬ sults. Provincial councils are assembled...

But it is impossible to particularise all these details.

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