Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Le style du chevalier n’est pas moins attachant que les historiettes dont il se porte garant : aussi termi¬ nerons-nous en jetant sur le papier les quelques fleurs de rhétorique dont il a parsemé l’Epilogue de son récit :
< Hauts phénomènes de la Magie, pages 349-350.
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LE TEMPLE DE SATAN
« La même et identique version, sortie de la bouche du second témoin, atteignit mon oreille à l’aide d’un léger ricochet ménagé far une personne amie, et que j’avais tout simplement mise sur la voie, afin de pouvoir élever mes documents au-dessus des régions du doute (page 350). »
C’est délicieux, n’est-ce pas ? Voici mieux : un courroux véhément étreint le chevalier à la gorge ; il songe aux chrétiens assez mauvais catholiques pour douter des prodiges qu’il rapporte et du consensus universel des démonographes :
« Honte cependant (s’écrie-t-il) dans la vigne du père de famille, à ces protestants de seconde cuvée, qui osent préférer leurs faibles et vacillantes lumières aux lumières indéfectibles de l’Eglise, leur pauvre et anile raison ne se rendant à tautorité religieuse que lorsque celle-ci, leur appuyant la pointe de la condamnation sur la gorge, leur crie : Croire ou Venfer ! Se rendre ou mourir ! »
Textuel. — Ah ! je n’invente rien. C’est en toutes lettres, à la page 133.
Il entrait dans mon plan de faire ressortir le langage des docteurs de la démonologie.
Après le style Vincent Berbiguier, j’ai fait goûter à mon public le style Gougenot des Mousseaux...
Quelle triste figure tu fais, partout et toujours, vieux Satan ! Quand tu n’es pas odieux, tu es grotesque.
La fange de sottise où tu te vautres éclabousse jusLE DIABLE
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qu’à tes adversaires, et le ridicule intense que tu dé¬ gages rejaillit sur tous ceux qui croient en toi, soit pour te maudire, soit pour t’adorer !
Ta science est une dérision : la Sorcellerie (cette magie à rebours, que les ignorants et les envieux ont trop souvent confondue involontairement ou à dessein avec la Sainte Kabbale)^ la sorcellerie mêle à tout instant, dans sa cyathe impure, la turpitude au fana¬ tisme, le crime à la déraison !
Les ténèbres ne sont pas ; la lumière seule existe...
Tu n’as qu’une excuse, ô Prince des Ténèbres, c’est que tu n’existes pas !... Du moins tu n’es pas un être conscient ; négation abstraite de l’Etre Absolu, tu n’as de réalité psychique et volontaire que celle que te prête chacun des pervers en qui tu t’incarnes. — Et dans CCS incarnations mêmes, on te reconnaît partout à tes caractères essentiels, qui sont le Non-être, la Misère, l’Impuissance, la Bêtise et l’Envie.. .Dans tes domaines, ô Satan, nous entrons la tête haute.
Manifester l’inanité des ténèbres infernales, c’est rehausser l’éclat de la divine splendeur ; démasquer les pratiques immondes et sacrilèges du nécromant, c’est glorifier les œuvres augustes du Mage.
Nous voici derechef, lecteur, au seuil du mys¬ tère, mais du mystère d’opprobre et d’erreur, de nuit et d’iniquité.
Ne stationnons pas devant le portique, indigne de notre attention ; mais, pour pénétrer au cœur de ce temple qui n’est qu’un bouge et qu’un repaire,armonsÜMp. 118 nous, comme d’un talisman, de la naïve et méprisante devise dont Henry Khunrath a scellé son Amphi¬ théâtre de la Sagesse Éternelle :
Phy Diabolo, terqve qvaterqve isti phy : atqve
ITERVM PHY IN ÆTERNVM I
La Papesse = le Binaire = les Facultés = le Sujet...
le Sorcier.
Chapitre II
LE SORCIER
tous temps, il s’est rencontré des hommes superstitieux et méchants, curieux des mystères pour les profaner, jaloux de la Science pour en faire a^s, ambitieux du pojivoir pour régner dans le désordre et par le crime.
La Magie est apparue à ces pervers comme un triple instrument de tyrannie, de jouissance et d’intimida¬ tion — et ce rêve impie d’un despotisme sans frein •ni contrôle, étayé sur le monopole des connaissances interdites au vulgaire, les a séduits, trompés et per¬ dus. Car la Science est de droit divin : qui convoite ses trésors dans un espoir de prévarication impunie, s’égare dans le souterrain qui mène au secret caveau ; il s’enfonce dans les profondeurs s’il croit remonter, et la clarté lointaine qu’il prend pour la lampe du seuil îi’est que le.reflet anticipé du hûcher d’expiation]
Cependant, la Nature, respectueuse du libre arbitre.
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LE TEMPLE DE SATAN
a doué l’homme de moyens d’action dans l’iniquité comme dans la vertu ; l’agent occulte obéit à toute volonté, sainte ou perverse, et si l’égoïste est inapte à la conquête du Vrai, du moins il peut le Mal.
Dans quelles circonstances le qualificatif de sorcier lui est-il applicable? La question paraît délicate. En effet, les êtres supérieurs qui font servir la science à des œuvres de ténèbres ne sont pas à proprement parler des sorciers, encore qu’ils accomplissent des rites maudits.
Les bateleurs non plus ne sont pas forcément des sorciers, quoique bien des bateleurs soient sorciers, ou si l’on préfère, quoique bien des sorciers soient bateleurs.
The chevalier's style is no less engaging than the little histories he stands warrant for: so we shall fin¬ ish by casting upon paper the few flowers of rhetoric with which he has strewn the Epilogue of his narrative:
< High phenomena of Magic, pages 349-350.
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« The same and identical version, come from the mouth of the second witness, reached my ear by means of a slight ricochet contrived by a friendly person whom I had quite simply set upon the track, in order to be able to raise my documents above the regions of doubt (page 350). »
It is delicious, is it not? Here is better: a vehement wrath grips the chevalier by the throat; he thinks of the christians bad enough catholics to doubt the prodigies he reports and the universal consensus of the demonographers:
« Shame nevertheless (he cries) in the vineyard of the father of the family, upon those protestants of the second vintage, who dare prefer their feeble and wavering lights to the indefectible lights of the Church, their poor and anile reason yielding to religious authority only when the latter, setting the point of condemnation against their throat, cries to them: Believe or hell! Yield or die! »
Textual. — Ah! I invent nothing. It is there in so many
words, at page 133.
It entered into my plan to bring out the language of the doctors of demonology.
After the Vincent Berbiguier style, I have given my public a taste of the Gougenot des Mousseaux style...
What a sorry figure thou cuttest, everywhere and always, old Satan! When thou art not odious, thou art grotesque.
The mire of folly in which thou wallowest bespatters evenTHE DEVIL
117 thy adversaries, and the intense ridicule thou giv¬ est off rebounds upon all who believe in thee, whether to curse thee or to adore thee!
Thy science is a derision: Sorcery (that magic in reverse, which the ignorant and the envious have too often confounded, unwittingly or by design, with the Holy Kabbalah), sorcery mingles at every instant, in its impure cup, turpitude with fana¬ ticism, crime with unreason!
The darkness is not; the light alone exists...
Thou hast but one excuse, O Prince of Darkness, and it is that thou dost not exist!... At least thou art not a conscious being; abstract negation of the Absolute Being, thou hast no psychic and voluntary reality but that which each of the perverse in whom thou art incarnate lends thee. — And in those incarnations themselves, thou art known everywhere by thy essential characters, which are Non-being, Misery, Impotence, Stupidity and Envy.. .Into thy domains, O Satan, we enter with head held high.
To manifest the inanity of the infernal darkness is to heighten the brilliance of the divine splendour; to unmask the foul and sacrilegious practices of the necromancer is to glorify the august works of the Mage.
Here we are once more, reader, at the threshold of the mys¬ tery, but of the mystery of opprobrium and of error, of night and of iniquity.
Let us not linger before the portico, unworthy of our attention; but, to penetrate to the heart of this temple which is only a den and a lair, let us arm
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ourselves, as with a talisman, with the artless and scornful device with which Henry Khunrath sealed his Amphi¬ theatre of Eternal Wisdom:
Phy Diabolo, terqve qvaterqve isti phy : atqve
ITERVM PHY IN ÆTERNVM I
The Popess = the Binary = the Faculties = the Subject...
the Sorcerer.
Chapter II
THE SORCERER
all times there have been found men superstitious and wicked, curious of the mysteries in order to profane them, jealous of Science in order to make a trade of it, ambitious of power in order to reign in disorder and by crime.
Magic has appeared to these perverse men as a triple instrument of tyranny, of enjoyment and of intimida¬ tion — and this impious dream of a despotism without curb or control, propped upon the monopoly of knowledge forbidden to the vulgar, has seduced, deceived and un¬ done them. For Science is of divine right: whoever covets its treasures in a hope of unpunished prevarication goes astray in the underground passage that leads to the secret vault; he sinks into the depths when he believes he is climbing back, and the distant brightness he takes for the lamp of the threshold is but the anticipated reflection of the stake of expiation!
Meanwhile Nature, respectful of free will,
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has endowed man with means of action in iniquity as in virtue; the occult agent obeys every will, holy or perverse, and if the egoist is unfit for the conquest of the True, at least he is capable of Evil.
In what circumstances is the qualification of sorcerer applicable to him? The question appears delicate. In fact, the superior beings who make science serve works of darkness are not properly speaking sorcerers, even though they accomplish accursed rites.
Nor are the mountebanks necessarily sorcerers, although many mountebanks are sorcerers, or if one prefers, although many sorcerers are mountebanks.
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