Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
^ Le célèbre Corneille Agrippa, héritier indirect et tardif de cette école plus savante qu’irréprochable, n’est pas moins formel sur ce point; il y revient très souvent au cours de sa Philosophie oeculte. Lire particulièrement le chapitre xi du Livre premier : Comment se fait Vinfusion des vertus occultes aux espèces des choses par les idées, moyennant Vâme du monde, etc... On y trouve cette formule excellente, qui donne la clef de la science talisma¬ nique : « Les choses d’icy bas reçoivent autant de force et de vertu des cieux, que la matière est disposée à en recevoir. » La Philosophie oeculte, traduction française. La Haye, 1727, 2 vol. in-8, figures, — page 32.
2 J’emploie les termes sacrement, sacramentel, dans leur sens le plus étendu.
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manique, ces objets divers constituent la matière sa¬ cramentelle. Et d’autre part, soit invocation céleste, soit imprécation infernale, soit consécration magique, les paroles prononcées constituent la forme sacramentelle.
Gela dit, et sans insister davantage sur ce triple rapprochement, abandonnons au lecteur le soin facile de déduire les nombreuses analogies similaires à celle-là ; rentrons enfin dans le domaine exclusif de la Magie noire, pour nous en tenir désormais le plus possible à la description pure et simple de ses rites et de ses mystères. /
On peut répartir en trois grandes catégories les fau- •/ teurs de sortilèges, selon le mobile qui leur est attri¬ buable. La première classe comprendrait les dupes de la curiosité malsaine ou du fol orgueil : en imposer aux autres hommes par l’ostentation d’une puissance surnaturelle, quel rêve!... La.seconde classe embras¬ serait ceux-là que dévorent la haine ou la jalousie aveugles, natures ivres de vengeance et qui font le mal pour le mal. Formeraient enfin la troisième classe des magiciens noirs, ceux-là qui se sont laissés séduire par la perspective d’un lucre imaginaire, parles sug¬ gestions de l’avarice ou de la luxure, et dont le but est de satisfaire leurs passions cupides ou brutales.
Quant aux oeuvres mêmes du sorcier, on les dis¬ tingue plus naturellement encore en trois classes prin¬ cipales : ses crimes envers Dieu, envers lui-même, envers son prochain.
Moins synthétique et moins complète, quoique plus détaillée, la répartition que fait Bodin, au IV® livre
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de la Dèmonomanie, — Il compte quinze crimes détestables, qui chargent, s’il faut l’en croire, la cons¬ cience de presque tous les sorciers : « Il a esté bien vérifié, dit-il, que les sorciers qui ont paction ex¬ presse avec le Diable, sont ordinairement coulpables de toutes ou de la plupart de ces mechancetez. » * En voici l’énumération abrégée : — 1“ La lèse-majesté divine ; — 2“ le blasphème ; — 3° l’hommage au Diable ; — 4° l’abandon au Diable des enfants nés ou à naître ; — 5° le sacrifice au Diable desdits enfants ; — 6° leur consécration au Diable dès le ventre de leur mère ; — 7“ le serment de propagande satanique ; — 8“ le serment prêté au nom du Diable et en son hon¬ neur; — 9“ l’inceste; — 10° l’homicide, en vue de se procurer la chair et les organes humains requis pour la confection des charmes; — 11° l’anthropophagie, coutumière aux hôtes du Sabbat; —■ 12° l’usage des poisons et des philtres; — 13° le sort qui fait périr les bestiaux ; — 14° le sort qui stérilise la terre, sus¬ cite la grêle et détruit les moissons ; — 15° enfin, la copulation charnelle avec les démons et monstres vo¬ mis par l’enfer.
La tâche serait facile, en se plaçant au point de vue rétrospectif des lois en vigueur dans tout le moyen âge et de la jurisprudence qui prévalait encore au temps où vécut Bodin, de signaler les lacunes qui
< Démonom., p. 221, a.
Le moindre de ces crimes mérite, au dire de Bodin, la mort exquise.
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^ The famous Cornelius Agrippa, indirect and late heir of that school more learned than irreproachable, is no less formal upon this point; he returns to it very often in the course of his Occult Philosophy. Read particularly chapter xi of the First Book: How the infusion of the occult virtues to the species of things is made by the ideas, by means of the soul of the world, etc... There is found in it this excellent formula, which gives the key of the talisma¬ nic science: « Things here below receive as much force and virtue from the heavens as the matter is disposed to receive. » The Occult Philosophy, french translation. The Hague, 1727, 2 vol. in-8, figures, — page 32.
2 I employ the terms sacrament, sacramental, in their widest sense.
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manic infusion, these divers objects constitute the sa¬ cramental matter. And on the other hand, be it celestial invocation, be it infernal imprecation, be it magical consecration, the words pronounced constitute the sacramental form.
That said, and without insisting further upon this triple comparison, let us abandon to the reader the easy care of deducing the numerous analogies similar to that one; let us re-enter at last the exclusive domain of black Magic, to keep ourselves henceforth as far as possible to the pure and simple description of its rites and its mysteries. /
The abettors of sortilege may be distributed into three great categories according to the motive attribu¬ table to them. The first class would comprise the dupes of unwholesome curiosity or of mad pride: to impose upon other men by the ostentation of a supernatural power, what a dream!... The second class would embra¬ ce those devoured by blind hatred or jealousy, natures drunk with vengeance who do evil for evil's sake. There would form finally the third class of black magicians those who have let themselves be seduced by the prospect of an imaginary lucre, by the sug¬ gestions of avarice or of lust, and whose aim is to satisfy their covetous or brutal passions.
As for the works themselves of the sorcerer, they are dis¬ tinguished still more naturally into three prin¬ cipal classes: his crimes towards God, towards himself, towards his neighbour.
Less synthetic and less complete, though more detailed, is the distribution Bodin makes, in the IV book
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of the Demonomanie. — He counts fifteen detestable crimes which charge, if he is to be believed, the cons¬ cience of almost all sorcerers: « It hath been well verified, saith he, that the sorcerers who haue ex¬ presse paction with the Diuell are ordinarily guiltie of all or of most of these wickednesses. » * Here is the abridged enumeration of them: — 1“ Divine lèse-majesté; — 2“ blasphemy; — 3° homage to the Devil; — 4° the abandonment to the Devil of children born or to be born; — 5° the sacrifice to the Devil of the said children; — 6° their consecration to the Devil from their mother's womb; — 7“ the oath of satanic propaganda; — 8“ the oath sworn in the name of the Devil and in his hon¬ our; — 9“ incest; — 10° homicide, with a view to procuring the human flesh and organs required for the making of charms; — 11° anthropophagy, customary to the guests of the Sabbath; —■ 12° the use of poisons and philtres; — 13° the spell that makes the cattle perish; — 14° the spell that sterilises the earth, rai¬ ses hail and destroys the harvests; — 15° lastly, carnal copulation with the demons and monsters vo¬ mited by hell.
The task would be easy, placing oneself at the retrospective point of view of the laws in force throughout the middle ages and of the jurisprudence that still prevailed in the time when Bodin lived, to point out the gaps that
< Demonom., p. 221, a.
The least of these crimes deserves, in Bodin's telling, the exquisite death.
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