Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
d’Evreux, où l’inquisiteur l’engagea fort, dans l’in¬ térêt de son âme et « pour l’édification d’vn chascun », à témoigner publiquement de son repentir. 11 ne se fit pas réitérer ce conseil : lors ledict Maistre Guillaume Edeline commença â gémir et se condouloir de son mefaict, cryant mercy à Dieu, au Roy et à la iustice {Chroniques de Monstrelet). Il en fut quitte pour la prison perpétuelle et un régime de pain sec trempé d’eau, comme le plus mince escholier.
Pareille clémence était rare.
Aussi les démonologues ont-ils mené grand bruit de l’acquittement d’une pauvre fille aux trois quarts idiote, que l’Inquisition voulait faire brûler à Metz
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!268 comme sorcière, et qui dut la vie à l’énergique attitude de Corneille Agrippa. Avocat général et Syndic de la ville (raconte Naudé), « il s’opposa directement à la procedure de Nicolas Sauini, pour lors inquisiteur de la foy en ladicte ville, qui vouloit faire punir vne panure femme de village comme sorcière, et fist en sorte qu’elle fut eslargie, et tous les délateurs et témoins condamnez à une grosse amende*... »
Faire acquitter une sorcière ! Faire condamner les témoins comme diffamateurs ! ! Grand Dieu ! quel scandale dans le monde chrétien ! !
Aussi les démonologues s’appuient-ils sur ce fait, entre autres, pour faire d’Agrippa « le plus grand sorcier qui fut oncques de son aage^ ».
Le 13 avril 1611, mourut dans les flammes, à Aix en Provence, un homme que les contemporains ne désignent pas sous un titre moins flatteur ; C’est le Prince de la Synagogue et le plus grand et insigne magicien qui fust oncques, chef de tous les sorciers d'Europe depuis Constantinople iusqu'en Espagne, Messire Loys Goffredy (ou Gaufridy), curé de l'E¬ glise des Accoulez, à Marseille.
L’arrêt du Parlement porte qu’après avoir fait amende honorable devant l’Église Saint-Sauveur d’Aix, « teste nüe et piés nudz, la hart au col, tenant vn flambeau ardent en ses mains, et illec demandé
' Apolog., page 297.
® Bodiû, Dém., p. 240.
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pardon à Dieu, au Roy et à la lustice..., en apres seraliuré à l’executeur... Mené, conduict et tenaillé ès tous les lieux et carrefours de ceste viUe d’Aix, auec des tenailles ardentes en tous les lieux de son corps, il sera ards et bruslé tout vif... et ses cendres ietées au vent... Et auant estre exécuté, sera mis et appliqué à la questiô, en la plus grieue gehenne qui se pourra excogiter, pour auoir de sa bouche la vérité de ses complices... etc..., » (Arrêt cité par dom Galmet, en son Traité des Apparitions', texte complété et corrigé d’après la version que donne Fon¬ taine, dans son livre de?,Marques des Sorciers-.
Quelques jours après cette barbare exécution, les exorcistes, dont l’acharnement poursuivit le prêtre des Accoules jusque dans la mort, publièrent une Confession de Messire Louys Gaufridy. Que cette pièce soit de la composition des Pères Michaëlis et Domptius, ou que les aveux aient été réellement ex¬ torqués à Gaufridy par l’acuité des tourments, c’est ce que nous n’avons point à débattre ici. Nous repro¬ duisons les articles principaux de ce document pos¬ thume 3 :
CONFESSION DE MESSIRE LOUYS GAUFRIDY, Prince
1 Paris, de Bure, 1751, 2 vol. in-12 (tome I, p. 146).
2 Lyon, 1611, in-8, pages 40-43.
3 Nous reproduisons ces aveux résumés tels que les donne Garinet, dans les pièces justificatives de son Histoire de la Magie en France', seulement nous restituons l’orthographe de l’époque. M. Baissac, dans son livre les Grands Jours de la sorcellerie, les donne in extenso.
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des Magiciens, depuis Constantinople iusgu'a Paris. — « l’aduoue que le Diable m’est appareu et que i ay faict vue cedule auec luy. l’aduoue que ie lisois le grimoire pour le faire venir. Faduoue que le Diable me promit que par la vertu de mon souffle, i’enflammerois à mon amour toutes les filles et femmes dont i’aurois enuie, pourveu que ce souffle leur arriuast aux narines : et dès lors ie commençay à souffler toutes celles qui me venoient à gré. l’aduoue que ie frequentois la maison de M. de la Palud et que i’ay eu enuie de Magdeleine ; mais sa mere la tenoit de si prez, que ce fust cause que ie soufflay sur sa mere, pour qu’elle me l’amenast en ma chambre et qu’elle prist confiance en moy ; en sorte que, me trouuant avec Magdeleine, ie l’ay baisée et plus.
l’aduoue que ie luy donnay un diable nommé Eumodes, pour l’assister, la seruir, et l’eschauffer à mon amour ; que ie l’ay mariee à Beelzebub qui parust soubs la forme d’vn gentil-homme, et qu’aprez le mariage elle a signé vn pacte. Le Diable dict qu’il feroit tintamarre si ie brullois ces promesses. l’aduoue que i’ay bruslé le grimoire. l’aduoue que les sorciers, sorcières et magiciens sont marquez auec le petit doigt du Diable et que les parties marquées sont insensibles. l’aduoue que lorsque ie voulois aller au Sabbath, ie me mettois à ma fenestre et que Lucifer m’y transportoit. l’aduoue qu’on adore le Diable, chascun selon son degré ^ que les masques l’adorenf tous couchez à terre ; les sorciers à deux genouz et les Magiciens, comme princes du Sahhath,
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of Evreux, where the inquisitor strongly urged him, in the in¬ terest of his soul and « for the edification of euery one », to testify publicly to his repentance. 11 did not have that counsel repeated to him: then the said Maister Guillaume Edeline began to groane and lament his misdeed, crying mercy to God, to the King and to iustice (Chronicles of Monstrelet). He got off with perpetual prison and a regime of dry bread soaked in water, like the meanest schoolboy.
Such clemency was rare.
And so the demonologists made a great noise about the acquittal of a poor girl three parts idiot, whom the Inquisition wished to have burned at Metz
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as a sorceress, and who owed her life to the energetic attitude of Cornelius Agrippa. Advocate general and Syndic of the town (Naudé relates), « he opposed himselfe directly to the procedure of Nicolas Sauini, at that time inquisitor of the faith in the said towne, who would haue punished a poore village woman as a sorceresse, and brought it about that shee was discharged, and all the informers and witnesses condemned to a heauy fine*... »
To have a sorceress acquitted! To have the witnesses condemned as defamers!! Great God! what a scandal in the christian world!!
And so the demonologists lean upon this fact, among others, to make of Agrippa « the greatest sorcerer that euer was of his age^ ».
The 13 April 1611 there died in the flames, at Aix in Provence, a man whom his contemporaries designate under a title no less flattering: He is the Prince of the Synagogue and the greatest and most notable magician that euer was, chief of all the sorcerers of Europe from Constantinople as farre as Spaine, Messire Loys Goffredy (or Gaufridy), curate of the Church of the Accoules, at Marseilles.
The decree of the Parlement bears that after making honourable amends before the Church of Saint-Sauveur at Aix, « bare-headed and bare-foot, the halter about his necke, holding a burning torch in his hands, and there hauing asked
' Apolog., page 297.
® Bodin, Dem., p. 240.
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pardon of God, of the King and of Iustice..., he shall thereafter be deliuered to the executioner... Led, conducted and pinched in all the places and crossroads of this towne of Aix, with burning pincers in all the places of his body, he shall be burnt and consumed quite aliue... and his ashes cast to the wind... And before being executed, he shall be put and applied to the question, in the most grieuous torment that may be excogitated, to haue from his mouth the truth of his accomplices... etc..., » (Decree cited by dom Calmet in his Treatise of Apparitions', text completed and corrected after the version Fon¬ taine gives in his book of the Markes of Sorcerers.
Some days after this barbarous execution, the exorcists, whose fury pursued the priest of the Accoules even into death, published a Confession of Messire Louys Gaufridy. Whether this piece be of the composition of the Fathers Michaëlis and Domptius, or whether the avowals were really ex¬ torted from Gaufridy by the acuteness of the torments, is what we have not to debate here. We repro¬ duce the principal articles of this pos¬ thumous document 3:
CONFESSION OF MESSIRE LOUYS GAUFRIDY, Prince
1 Paris, de Bure, 1751, 2 vol. in-12 (volume I, p. 146).
2 Lyons, 1611, in-8, pages 40-43.
3 We reproduce these summarised avowals as Garinet gives them, in the supporting pieces of his History of Magic in France; only we restore the orthography of the epoch. M. Baissac, in his book the Great Days of sorcery, gives them in extenso.
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of the Magicians, from Constantinople as farre as Paris. — « I auow that the Diuell hath appeared to me and that I haue made a schedule with him. I auow that I read the grimoire to make him come. I auow that the Diuell promised me that by the vertue of my breath I should enflame to my loue all the girles and women I had a mind to, prouided that breath came to their nostrils: and from then I began to breathe upon all those that pleased me. I auow that I frequented the house of M. de la Palud and that I had a mind to Magdeleine; but her mother kept her so close that this was the cause I breathed upon her mother, that shee might bring her to me in my chamber and take confidence in me; so that,
finding myselfe with Magdeleine, I kissed her and more.
I auow that I gaue her a diuell named Eumodes, to assist her, serue her, and heat her to my loue; that I married her to Beelzebub who appeared vnder the forme of a gentleman, and that after the marriage shee signed a pact. The Diuell said he would make a din if I burnt these promises. I auow that I burnt the grimoire. I auow that sorcerers, sorceresses and magicians are marked with the Diuell's little finger and that the marked parts are insensible. I auow that when I would goe to the Sabbath, I set myselfe at my window and Lucifer transported me thither. I auow that the Diuell is adored, each according to his degree ^ that the maskes adore him all lying upon the ground; the sorcerers upon two knees and the Magicians, as princes of the Sabbath,
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