Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Mon livre sera plein de matériaux que les prédica¬ teurs pourront consulter, lorsque, dans le silence du cabinet, ils composeront leurs discours. Ils m’ont fourni matière à mes dissertations ; je me flatte de

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la leur rendre avec usure... Quelle jouissance nou¬ velle pour moi, lorsque j’irai au sermon et que je m’entendrai citer par le prédicateur, comme on cite saint Jean, saint Marc, saint Mathieu ou saint Paul!... (tome III, pages 63-64, passim). »

Joseph Priidhomme visionnaire: voilà Berbiguier. Les hôtes de l’Enfer lui apparaissent sous une forme éminemment traditionnelle, classique et poncive.

Mais soixante-dix ans ont coulé depuis la publica¬ tion des Farfadets. Soyons modernes; après Satanrococo, nous allons voir Satan fm-de-siècle.

A une époque où ce prince des ténèbres voit nier son empire par les spirites les plus déterminés — car ceuxlà même, pour qui les apparitions de fantômes sont chose toute simple et familière, s’esclaffent au seul nom du Malin!—la prudence deConrart semble avoir gagné jusqu’aux plus endiablés parangons du diabolisme. Prompts à reléguer dans l’histoire des âges révolus les faits litigieux de sorcellerie, ces docteurs avouent volontiers que les temps sont changés, et que le Démon témoigne quelque répugnance à se produire désormais en personne, devant un public irrévérencieux et bien capable de lui rire au nez, s’il le montrait.

Il ne faudrait pas croire cette répugnance invin¬ cible. Eliphas nous raconte * l’aventure d’un ouvrier de Paris que le démon Ast^oth visita, sous la figure

' La Clef des grands Mystères. Paris, Baillère, 1861, in-8 (pages 167-176).

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d’un pourceau gigantesque, à tête de bœuf. C’était vers le début du second empire.

Mais, respectueux de la tenue correcte et des usages qui sont de rigueur aujourd’hui, Satan se montre parfois moins indécemment archaïque : il sacrifie même aux bienséances, jusqu’à refréner son goût bien connu des travestissements légendaires.

* Nous ne saurions clore plus agréablement ce cha¬ pitre, qu’en rapportant la véridique aventure qui fut certifiée au chevalier Gougenot des Mousseaux, par un évêque de ses amis. C’est sur l’autorisation expresse ' de la pénitente et à la honte des apôtres du scepti¬ cisme, que le prélat invite M. des Mousseaux à publier la confession d’une pauvre fille, séduite et outrageu¬ sement déçue par un diable en habit noir.

Le récit que nous allons transcrire (en l’abrégeant un -peu) occupe les pages 376-384 du livre intitulé : les Hauts phénomènes de la Magie (Paris, grand in-8, 1864). Le nom du chevalier des Mousseaux, auteur de cet ouvrage et de plusieurs autres semblables *, fit quelque bruit il y a trente ans — et 1 autorité reli¬ gieuse accorda la plus solennelle sanction aux théo¬ ries ardemment défendues par lui et par son maître le marquis de Mirville ~.

< Autres ouvrages de M. des Moussçaux, publiés chez Plon {grand in-8) ; Mœurs et Pratiques des Démons (2’ édition), 1863 ;

_ Médiateurs et moyens de la Magie, 1863; — Magie au

XTX® siècle, 1864.

2 Les Esprits et leurs manifestations diverses, par le marquis de Mirville (Paris, 1834-1863, 6 vol. gr. in-8).

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Ce fut toute une levée de boucliers, dans le camp ultramontain, en faveur des doctrines au moins su¬ rannées, dont les bûchers avaient été, du xii' au XVII* siècle surtout, la conclusion très logique et la traduction légale.

On m’accuserait impitoyablement d’exagération dans une matière aussi grave, si je ne mettais sous les yeux du lecteur quelques-unes des appréciations laudatives de tous les ayants-droit : Mgr Donnet, cardinal-archevêque de Bordeaux; Mgr Gésaire, car¬ dinal-archevêque de Besançon; le T. R. P. Ventura de Raulica, général des Théatins, consulteur de la congrégation des Rites, examinateur des évêques, etc. ; le R. P. Voisin, etc... — Ces approbations, toutes formelles, quelques-unes enthousiastes, peuvent se lire en tête du livre d’où j’extrais l’histoire qui va suivre. Gomme elles sont d’une grande étendue, je n’en citerai que des bribes :

Du CARDINAL DoNNET : — « Déjà, Monsieur, dans votre livre de la Magie au xix® siècle, vous avez exa¬ miné la magie moderne dans son principe;... vous en avez montré les caractères démoniaques... Aujour¬ d’hui, dans votre ouvrage des Médiateurs, vous allez plus loin;... vous entrez au cœur de votre sujet, et à la triple lumière de l’histoire, de la religion et de la philosophie, vous fouillez dans leurs profondeurs les fondements de la Magie.

« Gontinuez, Monsieur, à combattre l’erreur et à mettre au service de la vérité catholique votre zèle et

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-cotre savoir... Continuez à défendre la vérité, à désa¬ buser les peuples, et l’on pourra vous appliquer les belles paroles de l’Écriture ; — Qui erudiunt multos, quasi stellæ in perpétuas æternitates (du 26 juillet 1863). »

De l’archevêque de Besançon: — «. Je puis vous assurer que non seulement vos ouvrages sont très orthodoxes, mais encore qu’ils sont très attachants et très complets.(du 9 octobre 1863). »

Du GÉNÉRAL DES Théatins : — « . Yous avez

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My book will be full of materials that the preach¬ ers may consult when, in the silence of the study, they compose their discourses. They have furnished me matter for my dissertations; I flatter myself I shall

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render it to them with usury... What a new enjoy¬ ment for me, when I shall go to the sermon and hear myself cited by the preacher, as one cites saint John, saint Mark, saint Matthew or saint Paul!... (volume III, pages 63-64, passim). »

Joseph Prudhomme turned visionary: that is Berbiguier. The inmates of Hell appear to him under a form eminently traditional, classic and hackneyed.

But seventy years have flowed by since the publica¬ tion of the Hobgoblins. Let us be modern; after Satan-rococo, we shall see Satan fin-de-siècle.

At an epoch when this prince of darkness sees his empire denied by the most determined spiritists — for those very men, for whom the apparitions of phantoms are a thing quite simple and familiar, burst out laughing at the mere name of the Evil One! — the prudence of Conrart seems to have won over even the most possessed paragons of diabolism. Prompt to relegate to the history of ages gone by the litigious facts of sorcery, these doctors readily avow that the times are changed, and that the Demon shows some repugnance to producing himself henceforth in person before an irreverent public well capable of laughing in his face, should he show it.

One must not think this repugnance invin¬ cible. Eliphas relates to us * the adventure of a Paris workman whom the demon Astaroth visited, under the figure

' The Key of the great Mysteries. Paris, Baillère, 1861, in-8 (pages 167-176).

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of a gigantic swine with an ox's head. It was towards the beginning of the second empire.

But, respectful of correct bearing and of the usages that are obligatory to-day, Satan shows himself at times less indecently archaic: he even sacrifices to the proprieties, so far as to curb his well-known taste for legendary disguises.

* We could not more agreeably close this chap¬ ter than by reporting the veracious adventure that was certified to the chevalier Gougenot des Mousseaux by a bishop of his acquaintance. It is upon the express authorisation ' of the penitent and to the shame of the apostles of scepti¬ cism that the prelate invites M. des Mousseaux to publish the confession of a poor girl, seduced and outrageous¬ ly deceived by a devil in a black coat.

The narrative we are about to transcribe (abridging it a little) occupies pages 376-384 of the book entitled: the High phenomena of Magic (Paris, large in-8, 1864). The name of the chevalier des Mousseaux, author of that work and of several others like it *, made some stir thirty years ago — and 1 reli¬ gious authority accorded the most solemn sanction to the theo¬ ries ardently defended by him and by his master the marquis de Mirville ~.

< Other works of M. des Mousseaux, published at Plon's (large in-8): Manners and Practices of the Demons (2' edition), 1863;

_ Mediators and means of Magic, 1863; — Magic in the

XIX® century, 1864.

2 The Spirits and their various manifestations, by the marquis de Mirville (Paris, 1834-1863, 6 vol. lg. in-8).

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It was a whole levy of shields, in the ultramontane camp, in favour of doctrines at the least out¬ worn, of which the stakes had been, from the xii to the XVII century above all, the very logical conclusion and the legal translation.

I should be pitilessly accused of exaggeration in a matter so grave, did I not set before the reader's eyes some of the laudatory appreciations of all the parties entitled: Mgr Donnet, cardinal-archbishop of Bordeaux; Mgr Césaire, car¬ dinal-archbishop of Besançon; the V. Rev. Fr. Ventura de Raulica, general of the Theatines, consultor of the congregation of Rites, examiner of bishops, etc.; the Rev. Fr. Voisin, etc... — These approbations, all formal, some enthusiastic, may be read at the head of the book from which I extract the history that follows. As they are of a great length, I shall cite but scraps of them:

From CARDINAL DONNET: — « Already, Sir, in your book of Magic in the xix century, you have exa¬ mined modern magic in its principle;... you have shown its demoniac characters... To-day, in your work of the Mediators, you go further;... you enter to the heart of your subject, and by the triple light of history, of religion and of philosophy, you search in their depths the foundations of Magic.

« Continue, Sir, to combat error and to put at the service of catholic truth your zeal and

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your learning... Continue to defend the truth, to unde¬ ceive the peoples, and one will be able to apply to you the fine words of Scripture: — Qui erudiunt multos, quasi stellæ in perpetuas æternitates (of the 26 July 1863). »

From the archbishop of Besançon: — «. I can

assure you that not only are your works most orthodox, but further that they are most engaging

and most complete.(of the 9 October 1863). »

From the GENERAL OF THE THEATINES: — «. You have

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