Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
1 Elle avait alors quatre-vingt-dix ans, d’après le récit même de la Vulgate [Genèse, chap. xvn, t 17). Ce qui suppose chez le roi de Guerar qui l’enlève [Genèse, chap. xx), soit un goût très vif pour les morceaux d’archéologie sexuelle, soit des habitudes galantes dont la violence même semble le dernier mot de la courtoisie; ou bien encore, ce qui prouve, à un autre point de vue, que peut-être ne s'agit-il ni de galanterie ni de femme mûre, mais d’idéographisme
* et d’allégorie.
Le petit rapprochement de dates, révélateur de cette anomalie, fait du XX® chapitre une page qui milite en faveur du sens spirituel, en dépit des modernes théologiens qui le dénient à la Genèse^ comme aux autres livres de nos deux Testaments,
2 Gôrres, La Mystique divine, naturelle et diabolique, tra¬ duction Sainte-Foi, Paris 1854, 5 vol. in 8; tome V, page 303.
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L’histoire contée par Barnelt peut servir de transi¬ tion entre les faits d’incubisme proprement dit et ceux de transformation par enchantement d’une part, d’erraticité vampirique de l’autre.
Qui n’a lu quelque effroyable récit de vampires décimant toute une contrée? Les faits sont si nom¬ breux, si concordants et si solennellement attestés, qu’à nier Inexistence réelle de cette manière de maladie posthume, il y aurait mauvaise foi !
Toutes les narrations se ressemblent : un homme à réputation trouble, un homme suspect de commerce avec l’Enfer, vient à mourir. Il a communément édicté quelque prescription bizarre, touchant le mode et le lieu de sa sépulture ; après une vie ambiguë, il paraît avoir eu souci de garder jusque dans la mort une atti¬ tude inquiétante... Quoi qu’il en soit, ses dernières intentions respectées des siens, il va dormir sous terre son meurtrier sommeil : de sorcier, il est devenu vampire '.
Bientôt, en effet, l’on voit dépérir de nombreuses personnes du pays, victimes d’un mal étrange et sur¬ naturel. Des témoins dignes de créance affirment avoir vu chaque nuit un spectre vagabond assaillir les passants, tantôt sous une forme humaine et tantôt sous l’aspect d’un chien monstrueux. Le même fantôme pénétrant aussi dans les maisons, s’attaque à ceux
< Le vampirisme serait un mal héréditaire. Plusieurs auteurs citent des familles où cette maladie se transmettait régulièrement de père en fils.
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qu’immobilise le sommeil ; il les étoulfe en leur com¬ primant la poitrine : plusieurs sont trouvés au matin morts dans leur lit.... Ceux qui survivent après avoir reçu sa néfaste visite, se traînent péniblement, maigris, blêmes, exténués. Toute vitalité semble leur avoir été ravie, dans l’embrassement du monstre, qui passe vulgairement, tant ils sont pâles, pour avoir aspiré le souffle et sucé le sang de ces malheureux. Si le baiser du vampire se renouvelle, ils meurent au deuxième ou troisième assaut...
C’est une consternation générale.
Alors une rumeur s’élève, qui grandit, accusatrice du mort. On se chuchotte a 1 oreille des récits de faits similaires, traditionnels dans certaines familles. On sait qu’il faut, en pareille circonstance, violer la sépulture du bandit d’outre-tombe. Sacrilège notoire, seul remède à un si grand mal.
Les particuliers hésitent-ils à prendre l’initiative d’un tel acte? La pression publique se fait si forte et si tenace, que l’autorité se voit contrainte d’inter¬ venir. On exhume le cadavre, et le soleil éclaire le plus glaçant des spectacles : un mort immobile et froid, dans un état de parfaite conservation ; nraîiS'^/es lèvres sont vermeilles et parfois les yeux grands ouverts. La barbe, les cheveux, les ongles ont poussé d’un jet extraordinaire. La force semble s’être concentrée en lieux utiles, pour conserver la vitalité végétative du cadavre. La coutume transmise veut qu on cloue au sol ce hideux vampire, en lui traversant le cœur d un épieu. Il secoue alors son sommeil de marbre et se
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^224 tord, avec un dernier hurlement, dans les convul¬ sions d’une agonie posthume; des flots de sang rouge et bien fluide ont jailli sous le fer... et, selon l’énergique expression d’Eliphas, le vampire s'est réveillé dans la mort. Tout n’est pas fini cepen¬ dant, et dans plusieurs cas, le fantôme continue ses ravages nocturnes ; il faut réduire en cendres le cadavre maudit, pour que tout rentre dans l’ordre accoutumé.
1 She was then ninety years old, according to the very narrative of the Vulgate (Genesis, chap. xvn, t 17). Which supposes in the king of Gerar who carries her off (Genesis, chap. xx) either a very keen taste for morsels of sexual archaeology, or gallant habits whose very violence seems the last word in courtesy; or else again, which proves, from another point of view, that perhaps it is a question neither of gallantry nor of a ripe woman, but of ideographism
* and of allegory.
The little comparison of dates, revelatory of this anomaly, makes of the XX chapter a page that militates in favour of the spiritual sense, in spite of the modern theologians who deny it to Genesis as to the other books of our two Testaments,
2 Görres, Divine, natural and diabolical Mysticism, tran¬ slation Sainte-Foi, Paris 1854, 5 vol. in 8; volume V, page 303.
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The history told by Barnett may serve as a transi¬ tion between the facts of incubism properly so called and those of transformation by enchantment on the one hand, of vampiric erraticity on the other.
Who has not read some appalling narrative of vampires decimating a whole country? The facts are so num¬ erous, so concordant and so solemnly attested that to deny the real existence of this manner of posthumous malady would be bad faith!
All the narrations resemble one another: a man of troubled reputation, a man suspect of commerce with Hell, comes to die. He has commonly laid down some bizarre prescription touching the manner and the place of his burial; after an ambiguous life, he appears to have taken care to keep even in death a disquieting atti¬ tude... Be that as it may, his last intentions respected by his own, he goes to sleep beneath the earth his murderous sleep: from sorcerer he has become vampire '.
Soon, in fact, numerous persons of the country are seen to waste away, victims of a strange and super¬ natural malady. Witnesses worthy of credence affirm they have seen each night a vagabond spectre assail passers-by, now under a human form and now under the aspect of a monstrous dog. The same phantom, penetrating also into the houses, attacks those
< Vampirism is said to be a hereditary ill. Several authors cite families in which this malady was regularly transmitted from father to son.
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whom sleep immobilises; it suffocates them by com¬ pressing their chest: several are found in the morning dead in their beds.... Those who survive after receiving its baleful visit drag themselves painfully about, thinned, pallid, exhausted. All vitality seems to have been ravished from them in the embrace of the monster, which passes vulgarly, so pale are they, for having drawn off the breath and sucked the blood of these unfortunates. If the vampire's kiss is renewed, they die at the second or third assault...
It is a general consternation.
Then a rumour rises, which grows, accusing the dead man. There are whispered in 1 ear narratives of similar facts, traditional in certain families. It is known that in such a circumstance the burial of the bandit from beyond the tomb must be violated. A notorious sacrilege, sole remedy for so great an ill.
Do private persons hesitate to take the initiative of such an act? The public pressure becomes so strong and so tenacious that authority sees itself constrained to inter¬ vene. The corpse is exhumed, and the sun lights the most chilling of spectacles: a dead man motionless and cold, in a state of perfect conservation; but the lips are vermilion and sometimes the eyes wide open. The beard, the hair, the nails have grown at an extraordinary rate. The force seems to have concentrated itself in useful places, to conserve the vegetative vitality of the corpse. The transmitted custom would have this hideous vampire nailed to the ground by driving a stake through his heart. He then shakes off his marble sleep and
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writhes, with a last howl, in the convul¬ sions of a posthumous agony; floods of blood, red and quite fluid, have spurted beneath the iron... and, in Eliphas's energetic expression, the vampire has awakened in death. All is not finished however, and in several cases the phantom continues its nocturnal ravages; the accursed corpse must be reduced to ashes for all to return to the accustomed order.
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