Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Nous n’en finirions pas, à poursuivre cette hérésie trompeuse et fugitive dans toutes ses modalités : l’essence de ses mystères se révélera d’elle-même, quand nous étudierons les rites et les cérémonies du Sabbat. Nous n’hésitons pas à maintenir cette alléga¬ tion, pour injurieuse et paradoxale qu’elle puisse paraître. Albigeois, Cathares, Vaudois, trembleurs des Cévennes et sorciers du pays de Labourt, sont autant de sectes manichéennes à peine déguisées; et le procès des Templiers mânichéens ~ éclairera pour nous d’un jour nouveau le caractère infernal et dualistique de cette monstrueuse hérésie.

Nous ne saurions traquer non plus la personnalité

^ Pour plus de détail, voir au chapitre i les pages o8 à 64. 2 Chapitre iv : La justice des hommes.

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fuyante du sorcier sous ces déguisements, à travers l’histoire du moyen âge et des temps modernes. Même tracée currente calamo, une pareille monographie ferait double emploi : en signalant, au chapitre iv, quelques-uns des plus fameux procès, dont l’invariable issue laisse à toutes les pages de nos annales chré¬ tiennes autant de taches de sang, il nous sera loisible de distinguer à des traits caractéristiques le vrai sorcier du faux.

L’appellation de faux sorcier, dont pourrait s’éton¬ ner le lecteur, se justifie d’elle-même, quand on songe que tous les grands hommes, pour peu qu’ils ne se résignassent pas, devant le public, au bonnet d’âne du doctor scholasticus, étaient fatalement accusés de maléfice et d’hérésie ! Du même coup, ils risquaient la prison, la torture, le bûcher...

Toute supériorité récalcitrante se voyait timbrée de la fatale étiquette, non seulement au regard des clercs et de leur envieuse médiocratie, mais encore au tri¬ bunal de l’opinion laïque.

A tous seigneurs, tout honneur : Albert le Grand, Trithème, Agrippa valent d’être cités en première ligne. — C’étaient des mages ; comment n’en eût-on pas fait des sorciers ?... Saint Thomas d’Aquin luimême, Y Ange de l'Ecole! ne peut échapper au soupçon de sorcellerie, pas plus que son contemporain, le moine Raymond Lulle de Palma, — le docteur très illuminé.

En humeur d’universelle méfiance, les monomanes de la démonologie n’épargnèrent pas même le trône ponLE SORCIERp. 145 tifical. Il faut croire que les papes Sylvestre II et Gré¬ goire VII passaient encore au xvii® siècle pour des suppôts deBéelzebuth, puisque le savant Gabriel Naudé plaide leur innocence, dans l’excellent et courageux livre qu’il publia en 1625 ; Apologie pour tous les grands hommes qui ont esté accusez de magie Encore est-il aigrement repris de son scepticisme par le capucin Jacques d'Autun (de son vrai nom, sieur de Ghevannes), l’auteur d’un inepte in-4®, de plus de mille pages, qui a pour titre : VIncrédulité sçauante et la crédulité ignorante au suiet des magiciens et des sorciers

Rien n’est plus bouffon que les accusations portées contre tous les génies par les maniaques entêtés de surnaturel — accusations dont s’indigne l’honnête TNaudé. Nous en citerons deux exemples.

Sur Cornèille Agrippa :—Delrio rapporte « qu’es¬ tant à Louuain, comme le diable eut estranglé l’vn de ses pensionnaires, il luy commanda d’entrer dedans son corps et le faire marcher 7 ou 8 tours deuant la place publique auparauant que de le quitter, afin qu’il ne fust mis en peine et soupçonné de sa mort quand tout le peuple l’auroit iugée subite et naturelle. A quoy se r’apporte pareillement ce que Paul loue dit en ses Eloges, qu’il mourut fort pauure et abandonné de tout le monde dans la ville de Lyon, et que touché de repentance, il donna congé à vn grand chien noir

^ Paris, 1623, in-8> 2 Lyon, 1674, in-4.

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qui l’auoit suiui tout le temps de sa vie, luy estant vn collier plein d’images et figures magiques, et luy disant tout en cholere, Abi perdita bestia, quœ me totum perdidisti ; en suitte de quoy, ledit chien s’alla précipiter dedans la Saône, et ne fust depuis ny veu ny rencontré *. »

Sur Saint Thomas d’Aquin : —Naudése chagrine d’entendre attribuer à ce Père de l’Eglise le mauvais grimoire de Essentiis Essentiarum, où l’on dit qu’Abel renferma dans une pierre un traité d’astro¬ logie ! Hermès, après le déluge, venant à briser la pierre, en tira ce livre « auquel estoit enseigné l’art de faire des images soubs certaines planètes et cons¬ tellations : et pour luy, comme il estoit incommodé en ses estudes par le grand bruit des cheuaux qui passoient tous les iours deuant sa fenestre pour aller boire, il en fit vne d’vn cheval, suiuant les réglés dudit liure, laquelle estant mise en la ruë 2. ou 3. pieds dans terre, les Palfreniers furent en apres contraincts de chercher un autre chemin, n’estant plus en

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We should never have done, in pursuing this deceptive and fugitive heresy through all its modalities: the essence of its mysteries will reveal itself when we study the rites and ceremonies of the Sabbath. We do not hesitate to maintain this allega¬ tion, injurious and paradoxical as it may appear. Albigenses, Cathars, Waldenses, tremblers of the Cévennes and sorcerers of the country of Labourd are so many manichæan sects barely disguised; and the trial of the manichæan Templars ~ will light for us with a new day the infernal and dualistic character of that monstrous heresy.

Nor could we track the fleeing personality

^ For more detail, see in chapter i the pages o8 to 64. 2 Chapter iv: The justice of men.

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of the sorcerer under these disguises, across the history of the middle ages and of modern times. Even traced currente calamo, such a monograph would be a duplication: in pointing out, in chapter iv, some of the most famous trials, whose invariable issue leaves upon every page of our christian annals so many stains of blood, we shall be free to distinguish by characteristic traits the true sorcerer from the false.

The appellation of false sorcerer, at which the reader might be aston¬ ished, justifies itself when one considers that all great men, if only they would not resign themselves, before the public, to the dunce's cap of the doctor scholasticus, were fatally accused of maleficence and of heresy! At one stroke they risked prison, torture, the stake...

Every recalcitrant superiority found itself stamped with the fatal label, not only in the eyes of the clerks and their envious mediocracy, but further at the tri¬ bunal of lay opinion.

To all lords all honour: Albertus Magnus, Trithemius, Agrippa are worth citing in the first rank. — They were mages; how should they not have been made sorcerers?... Saint Thomas Aquinas himself, the Angel of the School! cannot escape the suspicion of sorcery, any more than his contemporary, the monk Raymond Lull of Palma, — the most illuminated doctor.

In a humour of universal mistrust, the monomaniacs of demonology did not spare even the ponTHE SORCERER

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tifical throne. It must be believed that the popes Sylvester II and Gre¬ gory VII still passed in the xvii century for underlings of Beelzebub, since the learned Gabriel Naudé pleads their innocence in the excellent and courageous book he published in 1625: Apologie for all the great men who haue been accused of magic And he is sourly taken up for his scepticism by the capuchin Jacques d'Autun (by his true name, sieur de Chevannes), the author of an inept in-4®, of more than a thousand pages, which has for title: Learned incredulitie and ignorant credulitie touching magicians and sorcerers

Nothing is more buffoonish than the accusations brought against all the geniuses by the maniacs infatuated with the supernatural — accusations at which the honest Naudé is indignant. We shall cite two examples of them.

Upon Cornelius Agrippa: — Delrio reports « that be¬ ing at Louuain, when the diuell had strangled one of his boarders, he commanded him to enter into his body and make it walke 7 or 8 turnes before the publicke place ere he quitted it, so that he might not be put to trouble and suspected of his death when all the people should haue iudged it sudden and naturall. Whereto likewise refers what Paulus Iouius saith in his Eloges, that he died very poore and abandoned of all the world in the citie of Lyons, and that touched with repentance he gaue leaue to a great blacke dogge

^ Paris, 1623, in-8> 2 Lyons, 1674, in-4.

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which had followed him all the time of his life, hauing about him a collar full of images and magicall figures, and saying to him all in choler, Abi perdita bestia, quæ me totum perdidisti; whereupon the said dogge went and cast himselfe into the Saône, and was neuer since either seen or met with *. »

Upon Saint Thomas Aquinas: — Naudé grieves to hear attributed to that Father of the Church the bad grimoire de Essentiis Essentiarum, where it is said that Abel shut up in a stone a treatise of astro¬ logy! Hermes, after the deluge, coming to break the stone, drew from it that book « wherein was taught the art of making images vnder certaine planets and cons¬ tellations: and for himselfe, as he was incommoded in his studies by the great noise of the horses which passed euery day before his window to goe drinke, he made one of a horse, following the rules of the said booke, which being set in the street 2. or 3. foot in the ground, the Grooms were thereafter constrained to seeke another way, it being no longer in

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