Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Que dire de cette monstrueuse Khali — la man¬ geuse d’hommes — au culte de laquelle des prêtres ne peuvent suffire? Une immense société secrète enve¬ loppe l’Inde entière de ses réseaux; ses adeptes se nomment les Thuggs : intrépides pourvoyeurs de la mystique ogresse, leur existence entière est dévouée à son culte. Ils s’expatrient au besoin (eux, des Indous!) pour aller frapper les victimes marquées d’avance et qui, prévenues à temps pour prendre le paquebot, ont cru se soustraire de la sorte à l’imminence de leur mauvais destin Christian, dans son Histoire de la Magie-, rapporte les dernières paroles d’un chef thugg, le fameux Dourga que la police anglaise était parvenue à saisir. Elles sont typiques et valent bien la peine d’être transcrites: « Nos frères, dit le thugg à ses juges, avaient appris que l’étranger dont vous parlez devait partir avec une escorte de cinquante hommes. Nous formâmes tout simplement une troupe trois fois plus nombreuse, pour l’aller attendre dans

< De ce que les Anglais réussissent depuis quelque temps à prévenir la fréquence de pareils massacres, l’on aurait tort d’induire que la bande noire est dissoute.

2 Paris, Fume et C*®, s. 1., 1 fort vol. in-8, avec gravures.

3 Dourga est un des noms mystiques de la Déesse, mère de Khali (Bhavani, épouse de Shîva).

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les jungles, où s’élevait précisément une image de la déesse Khali. Gomme il nous est interdit par nos prêtres d’engager un combat, parce que nos sacrifices ne sont agréables à Kbali qu’autant que nos victimes sont surprises par la mort, nous fîmes bon accueil aux voyageurs, en leur oftrant de cheminer ensemble, pour nous préserver mutuellement de tout péril. Ils acceptèrent sans défiance ; après trois jours de com¬ pagnie, nous étions des amis..., chaque étranger mar¬ chait entre deux Thuggs. La nuit n’était pas tout à fait obscure ; à la lueur du crépuscule étoilé, je. don¬ nai le signal à mes frères. Aussitôt, des deux Thuggs qui gardaient chaque victime, l’un lui jette au cou son lacet à nœud coulant, tandis que l’autre le saisis¬ sait par les jambes pour le renverser. Ce mouvement fut exécuté dans chaque groupe avec la rapidité de l’éclair. Nous tramâmes les cadavres dans le lit d’une rivière voisine, puis nous nous dispersâmes. »

L’indien ne se faisait aucune illusion sur le sort que lui destinait la justice anglaise ; on s’en rend compte aux quelques mots qu’il prononça, en guise de péro¬ raison : — « Un seul homme nous a échappé ; mais la déesse Khali a les yeux ouverts sur lui: sa desti¬ née s’accomplira tôt ou tard! Quant à moi, j’étais autrefois une perle au fond de l’Océan ; aujourd’hui je suis captif— La pauvre perle est enchaînée ; on la percera d’un trou pour la suspendre à un fil et elle flottera misérablement entre le ciel et la terre. Ainsi l’a voulu la grande Khali, pour me punir de ne pas lui avoir offert le nombre de cadavres qui lui apparLE DIABLEp. 71 tenait. 0 déesse noire, tes promesses ne sont jamais vaines, toi dont le nom favori est Koun-Khali (la man¬ geuse d’hommes), toi qui bois sans cesse le sang des démons et des mortels’ !

Ainsi qu’il le prévoyait lui-même, le Thugg fut pendu...

Nous pouvons nous en tenir là, ce semble; ces lugubres exemples nous sont une autorisation suffi¬ sante pour qualifier sans scrupule à'Avatars de Satan toutes ces hideuses idoles.

De la triste réalité, passons aux légendes tradition¬ nelles du vieux monde. Si peu réjouissantes qu’elles puissent être, nous nous éloignons pour un temps des scènes d’effective barbarie où s’est nécessairement attardée notre plume.

Ici l’abondance et la diversité des documents nous force à faire un choix. Les grimoires des rabbins sont en ce genre d’une excessive richesse: que de profondes leçons, sous l’écorce de ces fables parfois grossières et toujours d’un goût douteux !

L’on aurait beaucoup à dire delà Cacopneumatiqiie des talmudistes et des adeptes de la Kabbale. Ceux qui s’en tiennent à la lettre de leurs paraboles attri¬ buent à ces docteurs des enseignements aussi absurdes que pittoresques, sur le rôle du Tentateur et la nature du péché originel. Nous dévoilons ailleurs la portée ésotérique de ces fables.

Histoire de la Magie, pages 39-40.

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Il est écrit dans le Zohar Hadasch (section Yitro, I>age 29) que le Tentateur [Samaël SxaD) complota, de concert avec sa femme Lilith niSiS, la séduction du premier couple humain. La compagne du Malin n’eut point de peine à corrompre la vertu d’Adam, qu’elle souilla de son baiser; le bel archange Samaël s’y- prit de même pour déshonorer Ève ; et telle fut la cause de la mortalité humaine.

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What is to be said of that monstrous Kali — the man¬ eater — for whose worship priests cannot suffice? An immense secret society enve¬ lops all India in its meshes; its adepts are called the Thuggs: intrepid purveyors to the mystic ogress, their entire existence is devoted to her worship. They expatriate themselves if need be (they, Hindus!) to go and strike the victims marked out beforehand, who, warned in time to take the packet-boat, believed they had thus escaped the imminence of their evil destiny Christian, in his History of Magic, reports the last words of a thugg chief, the famous Dourga whom the English police had contrived to seize. They are typical and well worth transcribing: « Our brothers, said the thugg to his judges, had learned that the stranger of whom you speak was to set out with an escort of fifty men. We quite simply formed a troop three times as numerous, to go and await him in

< From the fact that the English have for some time succeeded in preventing the frequency of such massacres, it would be wrong to infer that the black band is dissolved.

2 Paris, Fume et C*®, n. 1., 1 stout vol. in-8, with engravings.

3 Dourga is one of the mystic names of the Goddess, mother of Kali (Bhavani, spouse of Shiva).

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the jungles, where precisely there stood an image of the goddess Kali. As it is forbidden us by our priests to engage in combat, because our sacrifices are agreeable to Kali only so far as our victims are surprised by death, we gave the travellers a good welcome, offering to journey together, that we might mutually preserve one another from all peril. They accepted without mistrust; after three days of com¬ pany, we were friends..., each stranger wal¬ ked between two Thuggs. The night was not wholly dark; by the glimmer of the starry twilight, I gave the signal to my brothers. At once, of the two Thuggs who guarded each victim, the one throws about his neck his running noose, while the other seiz¬ ed him by the legs to overthrow him. This movement was executed in every group with the rapidity of lightning. We dragged the corpses into the bed of a neighbouring river, then we dispersed. »

The Indian had no illusion as to the fate the English justice destined for him; one perceives it in the few words he pronounced by way of pero¬ ration: — « One man alone escaped us; but the goddess Kali has her eyes open upon him: his desti¬ ny will be accomplished sooner or later! As for me, I was once a pearl at the bottom of the Ocean; to-day I am captive— The poor pearl is chained; they will pierce it with a hole to hang it upon a thread and it will float miserably between heaven and earth. So has the great Kali willed it, to punish me for not having offered her the number of corpses that belongedTHE DEVIL

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to her. 0 black goddess, thy promises are never vain, thou whose favourite name is Koun-Kali (the man¬ eater), thou who drinkest ceaselessly the blood of demons and of mortals'!

Even as he himself foresaw, the Thugg was hanged...

We may stop there, it seems; these lugubrious examples are a suffi¬ cient warrant for us to qualify without scruple as Avatars of Satan all these hideous idols.

From the sad reality let us pass to the traditio¬ nal legends of the old world. Little cheering as they may be, we withdraw for a time from the scenes of effective barbarity in which our pen has necessarily lingered.

Here the abundance and diversity of the documents forces us to make a choice. The grimoires of the rabbis are in this kind of an excessive richness: how many profound lessons under the husk of these fables, sometimes coarse and always of a doubtful taste!

There would be much to say of the Cacopneumatic of the talmudists and of the adepts of the Kabbalah. Those who keep to the letter of their parables attri¬ bute to these doctors teachings as absurd as they are picturesque upon the part of the Tempter and the nature of original sin. We unveil elsewhere the esoteric bearing of these fables.

History of Magic, pages 39-40.

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It is written in the Zohar Hadasch (section Yitro, page 29) that the Tempter [Samaël SxaD) plotted, in concert with his wife Lilith niSiS, the seduction of the first human pair. The Evil One's companion had no trouble in corrupting the virtue of Adam, whom she defiled with her kiss; the fair archangel Samaël went about it in the same way to dishonour Eve; and such was the cause of human mortality.

Commentary
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