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1Telle est cette phrase d’hébreu mosaïque; la tra¬ duction accréditée rCen livre que la signification litté¬ rale et l’écorce malérielle : — « Or, le Serpent était •• Mission des Juifs, pu^e 66. INTRODUCTION 21 plus subtil qu’aucune bête du champ que le Seigneur Dieu eût faite » Fabre d’Olivet, laissant filtrer l’es¬ prit limpide à travers f épaisseur trouble de la lettre, traduit : — « Or, l’attract originel (la cupidité, l égo'isme) était la passion entraînante de toute vie élé¬ mentaire (le ressort intérieur) de la Nature, ouvrage de Ihôah, l’Etre des êtres-. » Quoi qu’il en soit de ces deux versions si contra¬ dictoires en apparence, supplions le lecteur de pa¬ tienter un peuj le sens intime du texte mosaïque s’élucidera de lui-même au cours de développements ultérieurs. Il suffit pour l’instant d esquisser la scène du premier péché, telle du moins que les plus graves théologiens se la figurent, confiants aux récits de la Vulgate. Le monde vient de sortir du chaos à I appel du Verbe créateur — et le premier homme, façonné à la ressemblance de Dieu même, partage avec l’épouse (que, par un dédoublement mystérieux, le Seigneur a fait naître de son flanc) les délices d’un jardin sans pareil, destiné pour être leur immortelle patrie. Tout ce que la Terre, dans l’épanouissement d’une sève virginale, a pu faire jaillir de son sein sous les caresses du Soleil, décore le paradis terrestre ; ce ne sont que prodiges de splendeur verdoyante et de ma¬ jesté fleurie. < Voir une Bible quelconque. 2 Caïn, Paris, 1823, in-i, page 21; — et Langue hébraïque res¬ tituée, Paris, 1815-1816, 2 vol. in-i. Tome 11, page 95. 22 LE SERPENT DE LA GENESE Et le couple amoureux et naïf parcourt — en roi et en reine de la création — ces merveilles écloses pour lui seul.
2Un arbre unique est interdit à sa curiosité, et quatre fleuves, prenant leur source dans ses racines, s'épanchent en croix au loin, divisant l'Eden en av^ tant de presqu'îles, rivales de grâce et de fécondité. Et le Seigneur a dit à l'Homme : — C’est ici l’Arbre fatal de la Connaissance du Bien et du Mal; ses fruits donnent la mort, tu n’y toucheras point. Mais déjà l'on assure que l'aimant de la chose dé¬ fendue attirait la première femme; qu'oublieuse des mystères de son amour nouveau-nè, Ève ne pouvait plus s'éloigner de l'arbre, et rêveuse, fascinée, mur¬ murait : — Puisque ce fruit donne la 7nort, pourquoi n'en goûterais-je pas?... La Bible (il faut-tout dire) présente une autre version: elle attribue la tentation qui poignait Eve au Serpent guetteur, enroulé sur le tronc de l'arbre. Mais, au sentiment des arrièrepetits-fils d'Adam, Moïse a dû faire erreur sur ce point. Passons. Notre devoir est de rester fidèle au récit mosaïique, ou plutôt à la version des traducteurs au¬ torisés de la Genèse. Donc, le Serpent, s'adressant à la femme : Ælohîra t’a trompé; ce fruit ne donne pas la mort; il rend pareil à Dieu même l’audacieux qui l’a goûté... Et, moins indécise, l'espiègle tend la main vers la pomme d'or. C'en est fait, elle succombe à la ten¬ tation... INTRODUCTION 23 Prévaricatrice, Ève ne saurait s'en tenir là : il lui faut la complicité de son époux. Elle a mordu au fruit, elle y fait mordre Adam, qui frissonne, en¬ traîné dans le crime, à l'idée de Celui qui peut à tout instant les appeler... Déjà s'élève la voix du Seigneur et le couple s'en¬ fuit affolé, ayant honte, pour la première fois, de la nudité de sa chair.
3C’est couverts d'un vêtement improvisé de feuilles de figuier, qu'Adam et son aimable instigatrice com¬ paraissent devant leur juge en couroux. — Adam, où donc est-tu? — Seigneur, en entendant ta voix, nous nous sommes cachés de ta face, rougissant de nous sentir nus. — Et qui t’a révélé ta nudité?... Tu as donc mangé du fruit de l’arbre ? _ La femme que tu m’as donnée pour compagne m’en a offert, hélas ! et j’en ai goûté... — Pourquoi, femme, as-tu agi de la sorte? Et la pauvre Ève tout en pleurs : — Le Serpent m’avait séduite... — Sois donc maudit, ô Serpent (reprit le Seigneur), maudit entre tous les animaux de la»Création! Tu ram¬ peras sur ton ventre et te nourriras des immonàices du sol. Et je mettrai l’inimitié e|^e la femme et toi, eifte sa postérité et la tienne... et de son sang une viepge naîtra, qui du pied t’écrasera la tête, taïuÿs qu’en vain tu t’efforceras de la mordre au talon. Puis, s'adressant à la femme: — Je te condamne 24 LE SERPENT DE LA GENESE au travail et à la souffrance; tu enfanteras dans la douleur; tu seras l’esclave de ton mari... Quant a toi (dit cncov& le Scigneuv à VHoînmë), pour avoir succombé aux séductions de la femme, pour avoir goûté avec elle du fruit défendu : la terre «era maudite à cause de toi, infructueuse et rebelle. Le labeur incessant sera ta vie ; tu mangeras ton pain a la sueur de ta face, jusqu’au jour où la mort rendra ton corps à la poussière dont il est sorti. Puis ÆloMm, ayant vêtu les deux coupables de féaux grossières en guise d’habits, chassa du séjour enchanté d’Eden le premier couple humain. Et sur le seuil, il mit un Eéroub au glaive de (lamme, pov^r lui en interdire à jamais l’entrée.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Telle est cette phrase d’hébreu mosaïque; la tra¬ duction accréditée rCen livre que la signification litté¬ rale et l’écorce malérielle : — « Or, le Serpent était •• Mission des Juifs, pu^e 66. INTRODUCTION 21 plus subtil qu’aucune bête du champ que le Seigneur Dieu eût faite » Fabre d’Olivet, laissant filtrer l’es¬ prit limpide à travers f épaisseur trouble de la lettre, traduit : — « Or, l’attract originel (la cupidité, l égo'isme) était la passion entraînante de toute vie élé¬ mentaire (le ressort intérieur) de la Nature, ouvrage de Ihôah, l’Etre des êtres-. » Quoi qu’il en soit de ces deux versions si contra¬ dictoires en apparence, supplions le lecteur de pa¬ tienter un peuj le sens intime du texte mosaïque s’élucidera de lui-même au cours de développements ultérieurs. Il suffit pour l’instant d esquisser la scène du premier péché, telle du moins que les plus graves théologiens se la figurent, confiants aux récits de la Vulgate. Le monde vient de sortir du chaos à I appel du Verbe créateur — et le premier homme, façonné à la ressemblance de Dieu même, partage avec l’épouse (que, par un dédoublement mystérieux, le Seigneur a fait naître de son flanc) les délices d’un jardin sans pareil, destiné pour être leur immortelle patrie. Tout ce que la Terre, dans l’épanouissement d’une sève virginale, a pu faire jaillir de son sein sous les caresses du Soleil, décore le paradis terrestre ; ce ne sont que prodiges de splendeur verdoyante et de ma¬ jesté fleurie. < Voir une Bible quelconque. 2 Caïn, Paris, 1823, in-i, page 21; — et Langue hébraïque res¬ tituée, Paris, 1815-1816, 2 vol. in-i. Tome 11, page 95. 22 LE SERPENT DE LA GENESE Et le couple amoureux et naïf parcourt — en roi et en reine de la création — ces merveilles écloses pour lui seul.
2Un arbre unique est interdit à sa curiosité, et quatre fleuves, prenant leur source dans ses racines, s'épanchent en croix au loin, divisant l'Eden en av^ tant de presqu'îles, rivales de grâce et de fécondité. Et le Seigneur a dit à l'Homme : — C’est ici l’Arbre fatal de la Connaissance du Bien et du Mal; ses fruits donnent la mort, tu n’y toucheras point. Mais déjà l'on assure que l'aimant de la chose dé¬ fendue attirait la première femme; qu'oublieuse des mystères de son amour nouveau-nè, Ève ne pouvait plus s'éloigner de l'arbre, et rêveuse, fascinée, mur¬ murait : — Puisque ce fruit donne la 7nort, pourquoi n'en goûterais-je pas?... La Bible (il faut-tout dire) présente une autre version: elle attribue la tentation qui poignait Eve au Serpent guetteur, enroulé sur le tronc de l'arbre. Mais, au sentiment des arrièrepetits-fils d'Adam, Moïse a dû faire erreur sur ce point. Passons. Notre devoir est de rester fidèle au récit mosaïique, ou plutôt à la version des traducteurs au¬ torisés de la Genèse. Donc, le Serpent, s'adressant à la femme : Ælohîra t’a trompé; ce fruit ne donne pas la mort; il rend pareil à Dieu même l’audacieux qui l’a goûté... Et, moins indécise, l'espiègle tend la main vers la pomme d'or. C'en est fait, elle succombe à la ten¬ tation... INTRODUCTION 23 Prévaricatrice, Ève ne saurait s'en tenir là : il lui faut la complicité de son époux. Elle a mordu au fruit, elle y fait mordre Adam, qui frissonne, en¬ traîné dans le crime, à l'idée de Celui qui peut à tout instant les appeler... Déjà s'élève la voix du Seigneur et le couple s'en¬ fuit affolé, ayant honte, pour la première fois, de la nudité de sa chair.
3C’est couverts d'un vêtement improvisé de feuilles de figuier, qu'Adam et son aimable instigatrice com¬ paraissent devant leur juge en couroux. — Adam, où donc est-tu? — Seigneur, en entendant ta voix, nous nous sommes cachés de ta face, rougissant de nous sentir nus. — Et qui t’a révélé ta nudité?... Tu as donc mangé du fruit de l’arbre ? _ La femme que tu m’as donnée pour compagne m’en a offert, hélas ! et j’en ai goûté... — Pourquoi, femme, as-tu agi de la sorte? Et la pauvre Ève tout en pleurs : — Le Serpent m’avait séduite... — Sois donc maudit, ô Serpent (reprit le Seigneur), maudit entre tous les animaux de la»Création! Tu ram¬ peras sur ton ventre et te nourriras des immonàices du sol. Et je mettrai l’inimitié e|^e la femme et toi, eifte sa postérité et la tienne... et de son sang une viepge naîtra, qui du pied t’écrasera la tête, taïuÿs qu’en vain tu t’efforceras de la mordre au talon. Puis, s'adressant à la femme: — Je te condamne 24 LE SERPENT DE LA GENESE au travail et à la souffrance; tu enfanteras dans la douleur; tu seras l’esclave de ton mari... Quant a toi (dit cncov& le Scigneuv à VHoînmë), pour avoir succombé aux séductions de la femme, pour avoir goûté avec elle du fruit défendu : la terre «era maudite à cause de toi, infructueuse et rebelle. Le labeur incessant sera ta vie ; tu mangeras ton pain a la sueur de ta face, jusqu’au jour où la mort rendra ton corps à la poussière dont il est sorti. Puis ÆloMm, ayant vêtu les deux coupables de féaux grossières en guise d’habits, chassa du séjour enchanté d’Eden le premier couple humain. Et sur le seuil, il mit un Eéroub au glaive de (lamme, pov^r lui en interdire à jamais l’entrée.
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