Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
traité votre sujet en maître: votre vaste savoir, votre immense érudition mettent en évidence l'incon¬ testable réalité des faits. Votre impitoyable logique en démontre le caractère surnaturel et la nature démoniaque.
« Parfaitement orthodoxe, vous avez su éviter les erreurs de Gôrres...
« Un vieux proverbe de votre nation dit : noblesse oblige, et personne mieux que vous, Monsieur, ne met en pratique cet axiome. Par votre dernier ou¬ vrage, vous venez de conquérir des lettres de no¬ blesse dans VÉglise, qui vous imposent de nouvelles obligations.
(( Ne vous ay'rêtez pas en si beau chemin. Dieu bénira vos efforts, et h, vénération et la reconnais¬ sance des âmes vraiment catholiques honoreront un jour votre mémoire et votre tombeau (1863). »
Du R. P. Voisin : —«... Partout vous êtes à la hauteur de votre sujet. Partout vous vous présen¬ tez en philosophe sagace et d'une parfaite ortho¬ doxie... Je vous félicite de votre bel et bon livre.
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oeuvre utile non seulement aux sécxiliers, mais encore à bon nombre d'ecclésiastiques, et non seulement aux gens simples, mais encore aux savants. Continuez votre rôle de champion chrétien et d’apologiste orthodoxe (3 novembre 1864). »
Après ces citations qui étaient utiles, on en con¬ viendra tout à l’heure, j’en arrive aux aveux de la pé¬ nitente. Gomme ci-dessus, je transcris d’une plume fidèle, mais en élaguant ce qui n’est point essentiel ni typique :
« Par une soirée d’été — c’était le 17 juillet 1844 — notre jeune fille et seize autres amies se trouvent réunies toutes ensemble dans une même maison ; deux hommes seulement figurent au milieu de ces étourdies. On s’est promis de mener vie joyeuse et bruyante : — Si vous le voulez, dit un de ces mes¬ sieurs,)'en ferai venir UN qui s'y connaît en plaisirs, [sic ). — Oui, oui, nous le voulons ! Que va-t-il faire ? On se regarde. Les portes sont fermées, bien fermées, les fenêtres closes; l’orateur ouvre un livre qu’il appelle le Grand Albert et marmotte quelques pa¬ roles... On s’attend, on s’apprête à rire. Mais tout à coup, ô surprise! apparaît, comme apparaîtrait un fantôme, un très beau monsieur [sic)... — Oui, oui, je promets de vous amuser soigneusement, dit à cette joyeuse couvée de folles le nouveau venu, celui qui, d’invisible, vipnt de devenir visible : Il faut pour¬ tant que nous tombions d’accord; j’y vais mettre une condition facile, n’est-ce pas?
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« Ouvrant donc un livre et présentant à chacune d’eUes une feuille de papier blanc, l’inconnu dicte ces paroles auxquelles il leur demande de souscrire ; — Je renonce à mon nom (cinq d’entre elles s’appelaient Marie), je renonce à la foi, au ciel, à l enfer ; je me donne à toi four toujours. Et toutes successive¬ ment sont mises en demeure de signer cette formule avec leur sang...
« Une série de danses étranges, hasardées, volup¬ tueuses, puis échevelées, puis ignobles et qui se ter¬ minent en scènes de débauche, ouvre cette période de bonheur promis. La nuit se passe, et l on voit, à un moment donné, l'impudent et beau monsieur s'é¬ vanouir, comme s'évanouirait une ombre. Une se¬ maine et des mois s’écoulent.
« Mais quel était donc ce cynique et prodigieux personnage, entrant et sortant portes closes, apparais¬ sant comme un rayon de soleil, disparaissant comme disparaîtrait un fantôme ? Quel était cet effroyable bon vivant, subitement sorti du néant, que chacune avait vu de si près et si fortement senti?... Il fut ce qu’il fallait être pour les folles qu’il se proposait de capter. Il eut ce jour-là figure de jeune homme, vi¬ sage de quelque trente ans, habit de coupe élégante, et ni plus ni moins de griffes qu’une femme coquette. On peut le dire en connaissance de cause, car il se mit fort promptement à l’aise, et bientôt rien ne resta plus caché de sa personne, pas plus ses pieds que ses mains : répétons que chacune de nos jeunes et licen¬ cieuses imprudentes dut à la grâce plénière du con112
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tact de savoir ce qu'il était.. . Le témoignage de leurs sens ne fut, hélas ! que trop complet.
« Mais limitons-nous aux traits qui se rapportent à la jeune fille : elle se trouvait seule et occupée dans sa chambre le 17 juillet 1845, c’est-à-dire le jour an¬ niversaire de cette apparition...Tout à coup, le même être, subitement formé sous ses yeux., lui apparut et la fit tressaillir de surprise. — Te rappelles-tu le 17 juillet? \m dit-il en l’abordant... Hésiterais-tu? Signe vite, ou je te tue ! — Et chaque année, désor¬ mais, ainsi surprise, il me fallut renouveler le bail de ma personne.... La chose faite, nous redevenions bons amis : tout dut se passer conjugalement encore et ce fut ainsi chaque fois qu’il apparut. Je le voyais, je le touehais, je lui parlais, et le temps de ses visites était, pour le moins^ de trois bonnes heures. Onze ans de suite il est venu .Ses visites commençaient, en gé¬
treated your subject as a master: your vast learning, your immense erudition set in evidence the incon¬ testable reality of the facts. Your pitiless logic demonstrates their supernatural character and their demoniac nature.
« Perfectly orthodox, you have known how to avoid the errors of Görres...
« An old proverb of your nation says: noblesse oblige, and none better than you, Sir, puts that axiom in practice. By your last wo¬ rk you have just won letters of no¬ bility in the Church, which impose new obligations upon you.
(( Do not halt upon so fair a road. God will bless your efforts, and the veneration and the gratit¬ ude of truly catholic souls will one day honour your memory and your tomb (1863). »
From the Rev. Fr. Voisin: — «... Everywhere you are at the height of your subject. Everywhere you present your¬
self as a sagacious philosopher and of a perfect ortho¬ doxy... I congratulate you upon your fine and good book,
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a work useful not only to the seculars, but further to a good number of ecclesiastics, and not only to simple folk, but further to the learned. Continue your part of christian champion and of orthodox apologist (3 November 1864). »
After these citations, which were useful, as will presently be gran¬ ted, I come to the avowals of the pe¬ nitent. As above, I transcribe with a faithful pen, but pruning what is neither essential nor typical:
« On a summer evening — it was the 17 July 1844 — our young girl and sixteen other friends find themselves gathered all together in one same house; two men only figure in the midst of these giddy creatures. They have promised themselves to lead a merry and noisy life: — If you will, says one of these gentle¬ men, I will make ONE come who understands pleasures, [sic). — Yes, yes, we will it! What is he going to do? They look at one another. The doors are shut, well shut, the windows closed; the orator opens a book he calls the Great Albert and mumbles a few wo¬ rds... They wait, they prepare to laugh. But all at once, O surprise! there appears, as a phantom would appear, a very handsome gentleman [sic)... — Yes, yes, I promise to amuse you carefully, says to this merry brood of madcaps the newcomer, he who, from invisible, has just become visible: We must how¬ ever come to an agreement; I shall set a condition to it, an easy one, shall I not?
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« Opening then a book and presenting to each of them a sheet of white paper, the unknown dictates these words to which he asks them to subscribe: — I renounce my name (five among them were called Marie), I renounce the faith, heaven, hell; I give myself to thee for ever. And all successive¬ ly are called upon to sign this formula with their blood...
« A series of dances strange, hazardous, volup¬ tuous, then dishevelled, then ignoble and ending in scenes of debauchery, opens this period of promised happiness. The night passes, and at a given moment the impudent and handsome gentleman is seen to va¬ nish, as a shadow would vanish. A we¬ ek and months flow by.
« But who then was this cynical and prodigious personage, entering and leaving with doors closed, appear¬ ing like a ray of sunlight, disappearing as a phantom would disappear? Who was this appalling boon companion, suddenly come out of nothingness, whom each had seen so close and felt so strongly?... He was what it was needful to be for the madcaps he purposed to captivate. He had that day the figure of a young man, a fa¬ ce of some thirty years, a coat of elegant cut, and neither more nor less in the way of claws than a coquettish woman. One may say it in full knowledge of the case, for he very promptly put himself at his ease, and soon nothing remained hidden of his person, no more his feet than his hands: let us repeat that each of our young and licen¬ tious imprudents owed to the plenary grace of con112
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tact the knowledge of what he was.. . The testimony of their senses was, alas! but too complete.
« But let us limit ourselves to the traits that bear upon the young girl: she found herself alone and occupied in her chamber on the 17 July 1845, that is to say the anni¬ versary day of that apparition...All at once the same being, suddenly formed before her eyes., appeared to her and made her start with surprise. — Dost thou recall the 17 July? said he, accosting her... Wouldst thou hesitate? Sign quickly, or I kill thee! — And each year, hence¬ forth, thus surprised, I had to renew the lease of my person.... The thing done, we became good friends again: all had to pass conjugally once more and so it was each time he appeared. I saw him, I touched him, I spoke to him, and the time of his visits was, at the least, three good hours. Eleven years running he came .His visits began, in ge¬
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