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1Quels cataclysmes matériels, intellectuels et mo¬ raux n a-t-il pas fallu, pour jeter à bas cet édifice auguste, cette sainte cathédrale de l'harmonieux artdrogyne éternel, VAdam-Ève social?... Mais debout, malgré l’action dissolvante des siècles, — défiant Saturne et sa faux, Neptune et son trident, bravant Alars et son glaive, — les ruines de ce passé grandiose ont subsisté : des obélisques et des pylônes sont encore là, criblés d’hiéroglyphes... Une âme latente habite ces squelettes du passé; un verbe puissant fera vibrer quelque jour les pro¬ fondeurs de ces nécropoles soixante fois séculaires, et la mort apparente livrera une fois de plus au monde caduc les secrets de la vie ! En attendant que la Parole posthume s’exhale de tous ces ossements de l'antiquité sainte, de rares pen18 LE SERPENT DE LA GENÈSE seurs ont déchiffré les inscriptions hiératiqiies des temples en ruine, les pantacles des manuscrits dé¬ criés; ils sont à même de prêcher, avec la prudence qui sied, VEvangile nouveau. Assez longtemps, du haut de sa croix, le Christ douloureux a fait retentir le monde du plus èpo-avantahle cri qui ait jailli des lèvres d'un homme, des lèvres d’un Dieu défaillant un instant, jusqu'à douter de lui-même: — « Eli, Eli, lamma sabachtani! » L’avènement est proche du Christ glorieux : il est venu pour souffrir, se sacrer dans le sang et s'affir¬ mer dans la mort... Il reviendra pour vaincre, régner dans la paix et triompher dans la vie.
2Jésus-Christ est le soleil idéal de l'humanité : c'est dans son Evangile qu’il faut chercher la loi de vie éternelle; son esprit y est tout entier. Mais lui-même (ne l'oublions pas) nous a prévenus d’un voile à dé¬ chirer, si nous voulons que la Minerve se révèle à nous, dans sa nudité chaste et merveilleuse : La lettre tue, a-t-il dit, l’Esprit seul vivifie... C'est à l'oubli de ce divin précepte que les docteurs modernes doivent de n'entendre guère mieux l'Evan¬ gile du Christ, qu’ils n'ont compris le Sepher de Moïse, les Prophéties d’Ezéchiel, de Daniel et d'Isaïe, l'Apocalypse de saint Jean. Ils prennent les textes sacrés au pied de la lettre morte, attribuant à d'in¬ comparables génies, tels que Moïse, Zoroastre ou Jean, les tissus d'inepties que sont le Pentateuque, ou l'Avesta, ou VApocalypse, pour peu que., s'attachant INTRODUCTION 19 au récit littéral^, Vinterprète oublie d'en dégager la science latente, et s'il néglige d'éveiller cette Belle-aubois-dormant, qui, dans la forêt enchantée — inex¬ tricable fouillis de contes allégoriques et de symboles absurdes en soi — attend toujours le Prince Char¬ mant, qui doit lui rendre la vie avec un baiser. II Nous avons marqué l'abîme qui sépare notre état social de celui que le génie de Rama fit prévaloir, trente-cinq siècles durant, sur les deux tiers du monde alors connu : car les preuves abondent et nous ne saurions trop y insister, l'âge d'or n'est point un mythe et le Règne de Dieu sur la terre est une réalité dans le passé.
3Mesurant notre civilisation contemporaine au pa¬ tron de l’ancienne, nous avons précisé, par contraste, les limites — si restreintes, hélas! — de son intelli¬ gence et de sa moralité. Et malgré le développement relativement énorme des conquêtes où s'enorgueillit notre science positive, nous sommes en mesure d'af¬ firmer que la comparaison ne serait pas pim à notre avantage sur ce terrain que sur les deux autres. Nous n'avons guère parlé jusqu'ici du fatal Ser¬ pent, et les quelques pages précédentes ont pu sembler ' Lequel n'est rien moins qu’un récit. 20 LE SERPENT DE LA. GENESE au lecteur un singulier hors-d’œuvre : elles n’en sont un qu’en apparence. L’interprétation ésotérique — strictemen t inconnue — d’un texte de Moïse ne pouvait être présentée, sans qu’on insistât d’abord sur la commune ignorance où sont les Docteurs, de l’esprit caché des Livres saints; d’autre part, avant d’indiquer à quel point l’exégèse religieuse est routinière et superficielle, il importait de mettre en lumière — par un effet de repoussoir — le caractère également agnostique de la civilisation moderne, véritable cause de cette routine et de cette légèreté. Mais il est temps de marquer les étapes que nous allons parcourir. Cette Genèse, que les Docteurs entendent dans un esprit matériel et anthropomorphique vraiment révol¬ tant, cette Genèse « où la vérité scientifique est cachée, effrayante de hauteur et de profondeur * », va four¬ nir le texte d’une étude qui remplira trois livres suc¬ cessifs : car nous développerons les deux sens occultes de ce texte, après en avoir exposé le sens démotique et vulgaire. : a’nSx nini ncy iutn mu?n nin Sdd nny hm ^rnam (Sepher Beræshith, III, 1.)
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Quels cataclysmes matériels, intellectuels et mo¬ raux n a-t-il pas fallu, pour jeter à bas cet édifice auguste, cette sainte cathédrale de l'harmonieux artdrogyne éternel, VAdam-Ève social?... Mais debout, malgré l’action dissolvante des siècles, — défiant Saturne et sa faux, Neptune et son trident, bravant Alars et son glaive, — les ruines de ce passé grandiose ont subsisté : des obélisques et des pylônes sont encore là, criblés d’hiéroglyphes... Une âme latente habite ces squelettes du passé; un verbe puissant fera vibrer quelque jour les pro¬ fondeurs de ces nécropoles soixante fois séculaires, et la mort apparente livrera une fois de plus au monde caduc les secrets de la vie ! En attendant que la Parole posthume s’exhale de tous ces ossements de l'antiquité sainte, de rares pen18 LE SERPENT DE LA GENÈSE seurs ont déchiffré les inscriptions hiératiqiies des temples en ruine, les pantacles des manuscrits dé¬ criés; ils sont à même de prêcher, avec la prudence qui sied, VEvangile nouveau. Assez longtemps, du haut de sa croix, le Christ douloureux a fait retentir le monde du plus èpo-avantahle cri qui ait jailli des lèvres d'un homme, des lèvres d’un Dieu défaillant un instant, jusqu'à douter de lui-même: — « Eli, Eli, lamma sabachtani! » L’avènement est proche du Christ glorieux : il est venu pour souffrir, se sacrer dans le sang et s'affir¬ mer dans la mort... Il reviendra pour vaincre, régner dans la paix et triompher dans la vie.
2Jésus-Christ est le soleil idéal de l'humanité : c'est dans son Evangile qu’il faut chercher la loi de vie éternelle; son esprit y est tout entier. Mais lui-même (ne l'oublions pas) nous a prévenus d’un voile à dé¬ chirer, si nous voulons que la Minerve se révèle à nous, dans sa nudité chaste et merveilleuse : La lettre tue, a-t-il dit, l’Esprit seul vivifie... C'est à l'oubli de ce divin précepte que les docteurs modernes doivent de n'entendre guère mieux l'Evan¬ gile du Christ, qu’ils n'ont compris le Sepher de Moïse, les Prophéties d’Ezéchiel, de Daniel et d'Isaïe, l'Apocalypse de saint Jean. Ils prennent les textes sacrés au pied de la lettre morte, attribuant à d'in¬ comparables génies, tels que Moïse, Zoroastre ou Jean, les tissus d'inepties que sont le Pentateuque, ou l'Avesta, ou VApocalypse, pour peu que., s'attachant INTRODUCTION 19 au récit littéral^, Vinterprète oublie d'en dégager la science latente, et s'il néglige d'éveiller cette Belle-aubois-dormant, qui, dans la forêt enchantée — inex¬ tricable fouillis de contes allégoriques et de symboles absurdes en soi — attend toujours le Prince Char¬ mant, qui doit lui rendre la vie avec un baiser. II Nous avons marqué l'abîme qui sépare notre état social de celui que le génie de Rama fit prévaloir, trente-cinq siècles durant, sur les deux tiers du monde alors connu : car les preuves abondent et nous ne saurions trop y insister, l'âge d'or n'est point un mythe et le Règne de Dieu sur la terre est une réalité dans le passé.
3Mesurant notre civilisation contemporaine au pa¬ tron de l’ancienne, nous avons précisé, par contraste, les limites — si restreintes, hélas! — de son intelli¬ gence et de sa moralité. Et malgré le développement relativement énorme des conquêtes où s'enorgueillit notre science positive, nous sommes en mesure d'af¬ firmer que la comparaison ne serait pas pim à notre avantage sur ce terrain que sur les deux autres. Nous n'avons guère parlé jusqu'ici du fatal Ser¬ pent, et les quelques pages précédentes ont pu sembler ' Lequel n'est rien moins qu’un récit. 20 LE SERPENT DE LA. GENESE au lecteur un singulier hors-d’œuvre : elles n’en sont un qu’en apparence. L’interprétation ésotérique — strictemen t inconnue — d’un texte de Moïse ne pouvait être présentée, sans qu’on insistât d’abord sur la commune ignorance où sont les Docteurs, de l’esprit caché des Livres saints; d’autre part, avant d’indiquer à quel point l’exégèse religieuse est routinière et superficielle, il importait de mettre en lumière — par un effet de repoussoir — le caractère également agnostique de la civilisation moderne, véritable cause de cette routine et de cette légèreté. Mais il est temps de marquer les étapes que nous allons parcourir. Cette Genèse, que les Docteurs entendent dans un esprit matériel et anthropomorphique vraiment révol¬ tant, cette Genèse « où la vérité scientifique est cachée, effrayante de hauteur et de profondeur * », va four¬ nir le texte d’une étude qui remplira trois livres suc¬ cessifs : car nous développerons les deux sens occultes de ce texte, après en avoir exposé le sens démotique et vulgaire. : a’nSx nini ncy iutn mu?n nin Sdd nny hm ^rnam (Sepher Beræshith, III, 1.)
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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