Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Laporte et Pouteau, intendant et secrétaire de la Liste civile, pendant les années 1790-1791-1792..., suivie de son interrogatoire et de son jugement Le titre est un peu trompeur, du moins dans la forme. A part huit pages de notice et une page d’épi¬ logue, c’est, comme nous l’avons dit, la minute du procès qui a rempli l’audience du 24 septembre 1792: le Tribunal révolutionnaire condamne Gazotte à la peine de mort, pour crimes de haute trahison et de complot contre les autorités constituées. Sevdement,

* Il avait été arrêté une première fois, et sauvé par sa fille comme Sombreuil, lors des massacres de septembre.

2 Histoire de la Magie, pp. 439-440.

* Paris, Lerouge, Deroy et Maret, an VI de la République, 1 vol. in-12 de 182 pages, avec portrait.

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l’audience presque tout entière est consacrée à la lec¬ ture des lettres que Gazotte avait écrites à Laporte et surtout à Fouteau, pour être, par leurs soins, mises sous les yeux du roi.

De temps à autre, quelques bribes d’interrogatoire se glissent entre deux épitres : on questionne l’accusé avec égards et modération ; il répond avec calme, douceur et fermeté :

D. — Vous êtes 'peut-être fatigué : le Tribu'nal est prêt à vous accorder le temps que vous croirez nécessaire, pour prendre nourriture, rafraîchisse¬ ment ou repos ?

R. — Je suis très sensible à l'attention du Tribu¬ nal. La fièvre qui me tient en ce moment me met dans le cas de soutenir le débat ; d’ailleurs, plus tôt mon procès sera terminé et plus tôt j’en seraiquitte, ainsi que MM. les juges et les jurés.

Quand l’inculpé refuse de répondre, le président passe sans insister. Pas un mot de reproche ou de blâme. Quel procès courtois !...

Pour réveiller le lecteur, vraiment charmé de cette discussion polie, où l’on sent l’estime réciproque per¬ cer sous chaque parole, il suffit que la phrase terrible de tout à l’heure lui revienne en mémoire ; Cazotte était condamné d’avance!

Alors, au milieu des passions politiques déchaînées, des grandes haines en ébullition, cette douceur dé¬ tonne douloureusement, cette courtoisie semble affec¬ tée ; enfin — pour user d’une expression vulgaire — ce procès donne froid dans le dos.

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Condamné d’avance ! mot eiFroyable... et rigoureu¬ sement vrai. Si vrai, que le Tribunal repousse, sans considérants, une déclinaison de compétence soulevée à sa barre par le défenseur Julienne ; or, si jamais compétence fut justement déclinée, ce fut ce jour-là.

« L’accusé fondait sa protestation sur ce que, ayant été jugé le 2 septembre par le peuple souverain et par des officiers municipaux revêtus de leurs écharpes, qui l’avoient remis en liberté, on ne pouvoit, sans porter atteinte à la souveraineté de ce même peuple, procéder à un jugement contre lui, sur des faits pour lesquels il avoit été arrêté, et ensuite élargi » (p. 19).

Non bis in idem. — L’axiome est bien connu, par¬ tout incontesté et domine toutes les législations.

Que fait le Tribunal ?

« Le Tribunal, sans s’arrêter ni avoir égard à la protestation présentée par le sieur Gazette, ordonne qu’il sera passé outre... » (p. 17)

Il ajoute bien que « copie de ladite protestation et expédition du présent jugement seront, à la diligence du commissaire national, adressées au ministre de la Justice, pour être par lui communiquées à la Con¬ vention Nationale, s’il y a lieu!... » [Ibid.]. Mais comme l’arrêt de mort, prononcé dans la journée, fut exécuté le soir même, vers les sept heures, cette res¬ triction servait à grand’chose! Quelle barbare ironie!

Au demeurant, il le faut avouer, la correspondance de Gazotte était, vu les circonstances, aussi compro¬ mettante que possible.

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J.CAZOTTE

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Gomme Saw^-Marfin, disciple du même Martinez, puis élève posthume de Jacob Bôhme ; comme DutoitMambrini, le théosophe de Genève, qui a publié en 1793, sous le pseudonyme de un ouvrage admirable * malgré quelques erreurs ; comme Fabre d’Olivet, dont l’initiation date de cette époque ; comme d’autres encore, Gazotte relevait de la plus ancienne tradition; il appartenait à l’initia¬ tion orthodoxe dont il a été question plus haut. Mais moins prudent que Dutoit et que Saint-Martin, il fut de ceux qui travaillèrent activement, sur les trois plans astral, moral et intellectuel, à la contre-Révolution.

Adepte, il fut une des premières victimes de la gent jacobine ou néo-templière.

Il faut voir comme les juges de Gazotte veulent le faire parler sur le chapitre de son initiation. Écoutez l’insidieuse question qu’on lui pose :

D. — Quelle est la secte dans laquelle vous êtes entré ? Est-ce celle des Illuminés ?

R. — Toutes les sectes sont illuminées ; mais celle dont je parle dans ma lettre est celle des martinistes. J’y suis resté attaché l'espace de trois ans; différentes causes m’ont forcé à donner ma démission ; néanmoins j’en suis toujours demeuré l’ami (p. 45).

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Laporte et Pouteau, intendant et secrétaire de la Liste civile, pendant les années 1790-1791-1792..., suivie de son interrogatoire et de son jugement The title is a little deceptive, at least in the form. Apart from eight pages of notice and one page of epi¬ logue, it is, as we have said, the minute of the trial which filled the sitting of the 24 September 1792: the revolutionary Tribunal condemns Gazotte to the penalty of death, for crimes of high treason and of plot against the constituted authorities. Only,

* He had been arrested a first time, and saved by his daughter like Sombreuil, at the September massacres.

2 Histoire de la Magie, pp. 439-440.

* Paris, Lerouge, Deroy et Maret, an VI de la République, 1 vol. in-12 de 182 pages, avec portrait.

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the sitting almost entire is consecrated to the rea¬ ding of the letters Gazotte had written to Laporte and above all to Fouteau, to be, by their care, set under the eyes of the king.

From time to time, a few scraps of interrogatory slip in between two epistles: the accused is questioned with regard and moderation; he answers with calm, gentleness and firmness:

Q. — You are 'perhaps fatigued: the Tribu'nal is ready to accord you the time you shall think necessary, to take nourishment, refresh¬ ment or repose?

A. — I am very sensible of the attention of the Tribu¬ nal. The fever that holds me at this moment puts me in the case of sustaining the debate; besides, the sooner my trial shall be ended the sooner I shall bequit of it, as well as MM. the judges and the jurors.

When the accused refuses to answer, the president passes on without insisting. Not a word of reproach or of blame. What a courteous trial!...

To awaken the reader, truly charmed by this polite discussion, where one feels reciprocal esteem pier¬ ce through every word, it suffices that the terrible phrase of a moment since return to his memory; Cazotte was condemned in advance!

Then, amid the political passions unchained, the great hatreds at the boil, this gentleness jars pain¬ fully, this courtesy seems affec¬ ted; in fine — to use a vulgar expression — this trial gives one a chill down the back.

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Condemned in advance! frightful word... and rigorou¬ sly true. So true, that the Tribunal rejects, without considerants, a declinature of competence raised at its bar by the defender Julienne; now, if ever competence was justly declined, it was that day.

« The accused founded his protestation upon this, that, having been judged the 2 September by the sovereign people and by municipal officers invested with their scarves, who had set him at liberty, one could not, without impairing the sovereignty of that same people, proceed to a judgment against him, upon facts for which he had been arrested, and afterward released » (p. 19).

Non bis in idem. — The axiom is well known, every¬ where uncontested and dominates all legislations.

What does the Tribunal do?

« The Tribunal, without staying at nor having regard to the protestation presented by the sieur Gazette, orders that it shall be passed over... » (p. 17)

It adds indeed that « a copy of the said protestation and a transcript of the present judgment shall be, at the diligence of the national commissary, addressed to the minister of Justice, to be by him communicated to the National Con¬ vention, if there be occasion!... » [Ibid.]. But as the sentence of death, pronounced in the course of the day, was executed the same evening, about the seven o'clock, that res¬ triction served to much purpose! What barbarous irony!

For the rest, it must be avowed, the correspondence of Gazotte was, in view of the circumstances, as compro¬ mising as possible.

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As Saint-Martin, disciple of the same Martinez, then posthumous pupil of Jacob Bôhme; as DutoitMambrini, the theosophe of Geneva, who published in 1793, under the pseudonym of an admirable work * in spite of some errors; as Fabre d'Olivet, whose initiation dates from that epoch; as others still, Gazotte belonged to the most ancient tradition; he appertained to the orthodox initia¬ tion of which there was question above. But less prudent than Dutoit and than Saint-Martin, he was of those who worked actively, upon the three planes astral, moral and intellectual, at the counter-Revolution.

An adept, he was one of the first victims of the jacobin or neo-templar tribe.

One must see how the judges of Gazotte would make him speak upon the chapter of his initiation. Hear the insidious question put to him:

Q. — What is the sect into which you have entered? Is it that of the Illuminated?

A. — All the sects are illuminated; but that of which I speak in my letter is that of the martinists. I remained attached to it the space of three years; different causes forced me to give my resignation; nevertheless I have always remained the friend of it (p. 45).

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