Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Simon le Magicien (l’homme au sac à prestiges, mais aussi, comme la plupart de ceux que nous allons citer, Simon, le terrible manipulateur des forces astrales), poursuit dans l’apothéose d’Hélène, sa concubine (in¬ carnation de Séléné ou de la Lune), la réhabilitation de l’abrutissement et de la débauche.

Le nègre Montanus fait de son corps d’eunuque un véritable trépied, où, sybilles de l’hystérie. Maximille et Priscille, ses Colombes, balbutiant des mots sans suite, se tordent en proie à toutes les frénésies d’un irréalisable amour.

Marcion (le plus coupable peut-être, à coup sûr le plus savant) fonde la secte des Ophites. Non content de porter une main mauvaise, une main sciemment sacrilège, sur l’un des inviolables voiles kabbalistiques, il matérialise encore la plus formidable et la plus occulte des manifestations de la magie cérémo¬ nielle, jusqu’à synthétiser — au cas présent, c’est con¬ fondre — les notions secrètes de VAgathodémon et du Cacodémon sous la forme dès lors équivoque d’un serde leur symbolisme. — On peut en dire autant de Manès lui-même"f tout en combattant de toutes nos forces sa doctrine (surtout erronée en somme dans la mauvaise acception qui devait fatalement en être faite), nous saluons volontiers en lui un beau génie dévoyé.

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pent ; enfin (abominable parodie !) il fait de l’ôifi? sacré l’instrument physique des plus détestables mystères !...

Ailleurs, le diacre Marcos, ordonnant prophétesses et prêtresses du Christ des jeunes filles du même coup déflorées et consacrées par lui, les fait monter à l’autel toutes nues et palpitantes au souffle de sa bouche ; car c’est d’un souffle impur qu’il a su allumer en elles les flammes — souvent jumelles, hélas ! — du vaticinium magnétique et de dévergondage absolu.

Tous ont prostitué la Sainte Magie au Mal, quelquesuns avec une puissance de perversité consciente, véri¬ tablement infernale... Et ce sont là autant d’exemples pris au hasard, et qui suffiront à faire entrevoir les abîmes de honte et de folie, où l’exaltation d’un mysticisme presque toujours ascétique au début, fait rouler des natures ardentes et généreuses, nées pour le combat de la vie : on a voulu nier la Chair, ou mieux la spiritualiser en la matant sous la compression de l’Esprit; mais c’est l’Esprit qui descend de son extase pour venir polluer la Chair !...

Ah ! quelles révélations nous aurons à faire, au chapitre vi, sur un grand nombre de faits similaires, dont l’authenticité ne saurait être mise en doute! Nous offrirons au lecteur une gerhe de turpitudes contem¬ poraines, issues d’un mysticisme fou d’orgueil et de délire ; car où l’orgueil sème dans la déraison, c’est toujours Satan qui récolte dans la honte.

C’est alors que le mot célèbre de Pascal nous revien¬ dra en mémoire: — « L’homme n’est ni ange, ni bête, et qui veut faire l’ange, fait la bête. »

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I.E TEMPLE DE SATAN

Nous l’avons dit ailleurs ‘ : toutes les hérésies des premiers siècles sont empreintes d’un vernis de la plus noire goëtie ; tous les hérésiarques sont des sorciers. En voici la raison profonde : protestataires de VEsprit, contre la Lettre formulée par l’Eglise enseignante, ils veulent se faire les mages du dogme primitif, révélé dans son ésotérisme, bien ou mal compris par eux. Mais ils oublient qu’en provoquant un schisme, ils ont agi en anarchistes, et que leur oeuvre se trouve, de ce fait, viciée dans son principe et stérilisée dans son germe.

Quand on se propose de guérir un malade, il ne faut point amputer d’abord, sous prétexte de le préserver de la contagion, le seul membre que la maladie n’ait pas encore atteint : car le corps malade, même privé d’un membre, peut guérir, se cicatriser et vivre; tandis que le membre sain séparé du corps se décompose et meurt. —De même, si l’on aspire à réformer l’Eglise, il faut avant toutes choses rester dans l’Eglise ; c’est Elle l’entité vivante et le principe même de l’Unité.

Voilà ce que ne purent comprendre les protestants de la première heure. Leur ambition fut de se faire les pontifes d’un culte rénové ; le mauvais lot leur échut seul, de grossir le nombre des sectes maudites

Tandis que les luttes de l’Arianisme ensanglantaient

^ Au Seuil du Mystère, 2* éd.,p. 44.

2 Sans examiner l’œuvre et la doctrine de ces sectaires, on peut les dire marqués a priori d’au moins un des caractères où l’on recon¬ naît les sorciers : ils portent tous l’estampille antisacerdotale.

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l’Europe, le Manichéisme — réédition chrétienne du dogme antagoniste des Perses, tel que la vision moins nette du second Zoroastre l’avait défiguré — affirmait (comme nous l’avons exposé dans le précédent cha¬ pitre) l’égalité d’origine et de puissance des deux prin¬ cipes: le Bien et le Mal, le Verhe divin et le Verbe diabolique, le Christ et l’Antéchrist h

Méconnaître le caractère relatif et transitoire du Mal, c’était élever au Mauvais Principe divinisé un temple et un autel de ténèbres — véritable point de ralliement pour tous les adorateurs du démon. C’était recruter d’avance et jusque dans les âges futurs, tous les faux mystiques et tous les sorciers.

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Simon the Magician (the man with the bag of prestiges, but also, like most of those we are about to cite, Simon the terrible manipulator of the astral forces) pursues, in the apotheosis of Helen his concubine (in¬ carnation of Selene or of the Moon), the rehabilitation of brutishness and of debauchery.

The negro Montanus makes of his eunuch's body a veritable tripod, upon which, sibyls of hysteria, Maximilla and Priscilla, his Doves, stammering words without sequence, writhe a prey to all the frenzies of an unrealisable love.

Marcion (the most guilty perhaps, assuredly the most learned) founds the sect of the Ophites. Not content with laying an evil hand, a knowingly sacrilegious hand, upon one of the inviolable kabbalistic veils, he further materialises the most formidable and most occult of the manifestations of ceremo¬ nial magic, to the point of synthesising — in the present case, that is to confound — the secret notions of the Agathodemon and of the Cacodemon under the thenceforth equivocal form of a serof their symbolism. — One may say as much of Manes himself: while combating his doctrine with all our force (chiefly erroneous in sum in the bad acceptation that was fatally to be made of it), we willingly salute in him a fine genius gone astray.

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pent; lastly (abominable parody!) he makes of the sacred ôifi? the physical instrument of the most detestable mysteries!...

Elsewhere, the deacon Marcos, ordaining prophetesses and priestesses of the Christ young girls at one stroke deflowered and consecrated by him, makes them mount to the altar all naked and palpitating at the breath of his mouth; for it is with an impure breath that he has known how to kindle in them the flames — often twin flames, alas! — of the magnetic vaticinium and of absolute wantonness.

All have prostituted Holy Magic to Evil, some with a power of conscious perversity truly infernal... And these are so many examples taken at random, which will suffice to give a glimpse of the abysses of shame and of folly into which the exaltation of a mysticism almost always ascetic at the outset sends rolling ardent and generous natures, born for the combat of life: men have wished to deny the Flesh, or better to spiritualise it by subduing it under the compression of the Spirit; but it is the Spirit that comes down from its ecstasy to pollute the Flesh!...

Ah! what revelations we shall have to make, in chapter vi, upon a great number of similar facts whose authenticity could not be put in doubt! We shall offer the reader a sheaf of contem¬ porary turpitudes, issuing from a mysticism mad with pride and delirium; for where pride sows in unreason, it is always Satan who reaps in shame.

It is then that Pascal's famous word will come back to our memory: — « Man is neither angel nor beast, and whoever would play the angel plays the beast. »

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THE TEMPLE OF SATAN

We have said it elsewhere ': all the heresies of the first centuries are stamped with a varnish of the blackest goety; all the heresiarchs are sorcerers. Here is the profound reason for it: protesters of the Spirit against the Letter formulated by the teaching Church, they mean to make themselves the mages of the primitive dogma, revealed in its esotericism, well or ill understood by them. But they forget that in provoking a schism they have acted as anarchists, and that their work finds itself, by that fact, vitiated in its principle and sterilised in its germ.

When one proposes to heal a sick man, one must not begin by amputating, under pretext of preserving him from contagion, the one limb the disease has not yet reached: for the sick body, even deprived of a limb, may heal, cicatrise and live; whereas the sound limb separated from the body decomposes and dies. — Likewise, if one aspires to reform the Church, one must before all things remain in the Church; She is the living entity and the very principle of Unity.

That is what the protestants of the first hour could not understand. Their ambition was to make themselves the pontiffs of a renewed cult; the bad lot alone fell to them, of swelling the number of the accursed sects

While the struggles of Arianism were bloodying

^ At the Threshold of the Mystery, 2* ed., p. 44.

2 Without examining the work and the doctrine of these sectaries, one may call them marked a priori with at least one of the characters by which sorcerers are recog¬ nised: they all bear the antisacerdotal stamp.

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Europe, Manichæism — a christian re-edition of the antagonistic dogma of the Persians, such as the less clear vision of the second Zoroaster had disfigured it — affirmed (as we set forth in the preceding chap¬ ter) the equality of origin and of power of the two prin¬ ciples: Good and Evil, the divine Word and the diabolical Word, the Christ and the Antichrist h

To misprize the relative and transitory character of Evil was to raise to the divinised Evil Principle a temple and an altar of darkness — a veritable rallying point for all the adorers of the demon. It was to recruit in advance and even into the future ages all the false mystics and all the sorcerers.

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