Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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diffamatoire, imputé à Grandier : « Le cardinal de Richelieu, qui ambitionnait toutes les puissances, chercha toute sa vie, sans pouvoir la trouver, la transmission de la Baguette^. Son cabaliste Gaffarel ne put lui donner que l’épée et les talismans : tel fut peut-être le motif secret de sa haine contre Urbain Grandier, qui savait quelque chose des faiblesses du Cardinal. Les entretiens secrets et prolongés de Laubardemont avec le malheureux prêtre, quelques heures avant son dernier supplice, et les paroles d’un ami et d’un confident de ce dernier lorsqu’il allait à la mort : « Monsieur, vous êtes habile homme, ne vous perdez pas, » donnent beaucoup à penser à ce sujet-.

Après les religieuses de la Sainte-Beaume^ et les Urselines de Loudun, c’est le tour des Franciscaines de Louviers.

Le diable est dans le couvent. Les religieuses di¬ vaguent, convulsionnent et accusent deux prêtres de les avoir ensorcelléés ; l’un vit encore, c’est Boullé ; l’autre, nommé Picard, est mort en 1642. Les scan¬ dales ont pris naissance dès les premiers jours del’année suivante, 1643.

Ces deux ecclésiastiques sont très certainement coupables de sortilèges au même titre que l’infâme

' Il s’agit de la Baguette des Mages;

2 Eliphas, Rituel, pages 130-131.

2 Ce fut à la Sainte-Beau me que se firent les exorcismes, dans l’affaire de Magdelaine de la Palud.

^ On dirait aujourd’hui : coupable de suggestion dans un but cri¬ minel.

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David, le plus ancien Directeur du couvent, et le pre¬ mier, selon toute apparence, qui ait institué un sabbat permanent dans cette communauté religieuse. Mais comme toujours en pareille intrigue, les Énergumènes chargent sans mesure et sans discernement les auteurs de leur triste état ; elles leur attribuent tout ce qui ar¬ rive, même ce qu’ils n’ont pu prévoir et combiner. C’est la commune règle et le cas de toutes les posses¬ sions que je signale dans ce chapitre; aussi n’ai-je rap¬ pelé que pour mémoire celle desUrsulines de Loudun, qui vaut d’être classée à part. A Loudun, les seuls sor¬ ciers sont les exorcistes, auteurs conscients ou non des désordres qui éclatent: UrbainGrandier est innocentL

Il est visible que Magdelaine Bavent décalque son rôle sur celui de Magdeleine de la Palud^ ; seulement elle s’en tire moins bien, puisque ses aveux et les ré¬ cits orduriers dont elle les assaisonne la font enfermer pour toujours dans l’ombre suintante et glaciale de VInpace.

Mais à ce prix, elle est arrivée à ses fins ; l’arrêt du Parlement de Rouen, daté du 21 août 1647, condamne au feu le vivant et le mort. On viole la sépulture du prêtre Picard, et Boullé, garrotté au même poteau

< Tel n’est pas assurément le cas de Picard et de Boullé, non plus que de Gaiifridy, ni surtout du P. Girard. — Aussi toutes ces affaires ont-elles été classées comme procès de sorcellerie, en ce quatrième chapitre ; tandis que l’affaire de Loudun avait été préalablement racontée au premier chapitre, comme un cas de possession pure et simple.

* On sait que les hystériques mentent souvent, ou du moins am¬ plifient et brodent la vérité de la meilleure foi du monde.

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que le cadavre de son complice, périt dans les mêmes flammes, après avoir été traîné sur la même claie.

Et leurs cendres confondues sont jetées au vent !...

Les possessions se multiplient vers cette époque, et principalement dans les couvents. En France, en An¬ gleterre, dans les Flandres, il n’est bruit que de démo¬ niaques et d’exorcistes. Mais, pour s’émouvoir aux échos d’un grand procès comme ceux de Loudun et de Louviers, il faut en arriver au tiers du xviif siècle. Dès 1730, le Diable repart sur de nouvaux frais; il fait grand tapage au couvent d’Oullioules, près Toulon, avec les fameuses aventures du jésuite Girard et de la belle Catherine Gadière, sa maîtresse. C’est toujours la réédition des mêmes scandales; mais l’ignohle atteint cette fois aux proportions d’un cauchemar. Le sadisme s’accentue, et malgré soi, l’on pense aux Femmes damnées du poète :

A celles dont la gorge aime les scapulaires,

Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,

Mêlent, dans ta nuit sombre et les bois solitaires,

L’écume du plaisir aux larmes des tourments '...

Quand Baudelaire écrivit cette strophe, il venait sans doute de relire le volumineux dossier de la Cour d’Aix.

C’est, en effet, devant le Parlement de cette ville que les parents de la Gadière, épouvantés, intentent au Père Girard un procès criminel...

* Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal [Femmes damnées.)

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defamatory, imputed to Grandier: « Cardinal de Richelieu, who was ambitious of all powers, sought all his life, without being able to find it, the transmission of the Wand. His cabalist Gaffarel could give him only the sword and the talismans: such was perhaps the secret motive of his hatred against Urbain Grandier, who knew something of the Cardinal's weaknesses. The secret and prolonged conversations of Laubardemont with the unhappy priest, some hours before his last torment, and the words of a friend and confidant of the latter as he went to his death: « Sir, you are a clever man, do not lose yourself, » give much to think upon this subject.

After the nuns of the Sainte-Beaume and the Ursulines of Loudun, it is the turn of the Franciscans of Louviers.

The devil is in the convent. The nuns rave, convulse and accuse two priests of having bewitched them; the one is still living, it is Boullé; the other, named Picard, died in 1642. The scan¬ dals took their birth in the first days of the following year, 1643.

These two ecclesiastics are very certainly guilty of sortileges on the same footing as the infamous

' It is a question of the Wand of the Mages;

2 Eliphas, Ritual, pages 130-131.

2 It was at the Sainte-Beaume that the exorcisms were made, in the affair of Magdelaine de la Palud.

^ One would say to-day: guilty of suggestion with a criminal aim.

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David, the earliest Director of the convent, and the fir¬ st, to all appearance, who instituted a permanent sabbath in that religious community. But as always in such an intrigue, the Energumens charge without measure and without discernment the authors of their sorry state; they attribute to them everything that happens, even what they could not have foreseen and contrived. It is the common rule and the case of all the posses¬ sions I point out in this chapter; and so I have recalled only for the record that of the Ursulines of Loudun, which deserves to be classed apart. At Loudun the only sor¬ cerers are the exorcists, conscious authors or not of the disorders that break out: Urbain Grandier is innocent L

It is visible that Magdelaine Bavent traces her part upon that of Magdeleine de la Palud; only she comes off less well, since her avowals and the filthy narra¬ tives with which she seasons them have her shut up for ever in the oozing and glacial shadow of the In pace.

But at that price she has attained her ends; the decree of the Parlement of Rouen, dated the 21 August 1647, condemns to the fire the living man and the dead. The burial of the priest Picard is violated, and Boullé, garrotted to the same post

< Such is assuredly not the case of Picard and of Boullé, any more than of Gaufridy, nor above all of Fr. Girard. — And so all these affairs have been classed as trials for sorcery, in this fourth chapter; whereas the affair of Loudun had been previously recounted in the first chapter, as a case of possession pure and simple.

* It is known that hysterics often lie, or at least amplify and embroider the truth in the best faith in the world.

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as his accomplice's corpse, perishes in the same flames, after having been dragged upon the same hurdle.

And their ashes, mingled together, are cast to the wind!...

The possessions multiply toward this epoch, and principally in the convents. In France, in En¬ gland, in the Flanders, there is talk of nothing but demo¬ niacs and exorcists. But, to be stirred by the echoes of a great trial like those of Loudun and of Louviers, one must come down to the third part of the xviif century. From 1730, the Devil sets forth again at new expense; he makes a great uproar at the convent of Oullioules, near Toulon, with the famous adventures of the jesuit Girard and of the fair Catherine Gadière, his mistress. It is always the re-edition of the same scandals; but the ignoble attains this time to the proportions of a nightmare. The sadism grows more marked, and in spite of oneself, one thinks of the poet's Femmes damnées:

To those whose bosom loveth scapulars,

Who, hiding a scourge beneath their long garments,

Mingle, in thy dark night and the solitary woods,

The foam of pleasure with the tears of torments '...

When Baudelaire wrote this strophe, he had doubtless just re-read the voluminous dossier of the Court of Aix.

It is, in effect, before the Parlement of that city that the parents of la Gadière, terrified, bring against Father Girard a criminal suit...

* Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal [Femmes damnées.)

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