Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Avatars de Satan, ce Moloch de bronze à tête de veau, l’idole des Ammonites, aux bras largement ou¬ verts pour étreindre les victimes, dont ses entrailles de métal rougi s’apprêtent à dévorer la chair! — Et ce Belphègor de la Palestine, l’idole barbue dont la bouche béante ériigeait en forme de langue un phallus colossal: moins sanguinaire divinité, mais plus abo¬ minable encore, exclusivement avide, nous dit Philon, d’offrandes stercoraires et poilu tionnelles.
Avatars de Satan, cet Adramelech de Sepharvaïm (le roi magnifique) et ce Mélicerte de Ténédos (le roi de la terre) : jusqu’à leurs narines montait, en guise de cinname, le relent de la chair grillée sur l’autel ardent où les Jeunesmèresoffraientensacrificeleurenfantpremier-né,
Et le prince des mouches,ce dieu Bèelzéhuh de Syrie, dont la statue attirait tous les moustiques du pays, car on prenait soin de l’entretenir ruisselante de sang !
Et le dieu de Mendès, forme panthéistique de la sjmthèse égyptienne, n’incarnait-il pas Satan, lorsque le fanatisme du peuple immolait à la lasciveté du bouc nourri dans l’enceinte de son temple, la pudeur des vierges et la fieur des jeunes épousées *?
< Voir Jablonski : — «.Nempe Thumi in templo Mendetis, mulieres hirco huic se submittebant [Panth. Egypt., livre II, ch. vu). » L’analogie est étroite avec le Baphomet des Templiers : symbole, lui aussi, de la Synthèse panthéistique, son culte (s’il en faut croire les pièces du procès) n’était pas moins abominable que celui du dieu de Mendès.
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Passons la Méditerranée. —Mentionnerais-je l’hom¬ mage très analogue rendu par les plus graves ma¬ trones à l’impudeur sacrée des Priapes importés de Lampsaque en Italie : idoles de bois toujours impa¬ vides, sous leur couche de cinabre, au seuil des jardins et des carrefours? — Faut-il rappeler l’infamie de cer¬ taines divinités étrusques et les rites impurs célébrés aux fêtes de la Bonne-Déesse ? .Redirai-je tous ces scandales dont la fréquence décria les Mystères dégé- ^ né rés, et de quels oripeaux de dévotion surannée se voila longtemps l’abomination des sanctuaires?...
Satan-Panthée, formidable et multiforme, se spéci¬ fiait sous mille visages, pour souiller tous les autels.
Vers l’époque du Messie, la parole des Psaurnes a reçu son entier accomplissement : autant de dieux, autant de démons : Omnes DU gentium dæmonia.
Aussi vit-on pâlir tous les astres du firmament mystique, à l’aurore du divin soleil qui se levait à Bethléem !
Elles n’étaient pourtant, toutes ces idoles, que des représentations mythologiques des Puissances su¬ prêmes ; symboles antiques, d’une science parfaite et d’une poésie parfois pleine de grandeur ; dignes par là sans doute de notre vénération.Mais les pratiques immondes ou sanguinaires de ces cultes en consom¬ mèrent le déshonneur. Le ifite souilla le mythe, les. tabernacles s’écroulèrent dans la honte, et l’esprit vivificateur s’envola loin des décombres de la lettre morte.
Pousser plus loin le dénombrement des formes
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maudites où s’est complu Satan, usurpateur des divins hommages, serait une tâche fastidieuse à coup sûr.
Pas une contrée dans l’un ou l’autre monde où les vices divinisés n’aient, sous des milliers de noms, multiplié leurs sacrilèges autels. Ce n’est pas sans étonnement qu’on peut voir les hyènes et les chacals de l’émigration espagnole au xvi® siècle, étoufïant dans leur berceau les jeunes et pacifiques civilisations du Mexique et du Pérou, trouver du moins cette excuse à leur lâche et perfide férocité, que le Ciel se' courrouçait au spectacle du sang humain versé sur des autels d’idolâtrie. — Mêmes horreurs à Mexico que jadis dans les forêts de la Celtide ; quoi de plus semblable au dolmen des druides sacrificateurs, que la pierre pointue où les prêtres américains immolaient annuellement d’innombrables victimes, devant la sta¬ tue consacrée du dieu-couleuvre, Vitzliputzli?
Actuellement même, en plein xix” siècle, au cœur de cet Indoustan que l’Angleterre pétrit si rudement au moule occidental entre ses griffes de léopard, n’enten¬ dons-nous pas le Diable réclamer tout haut son tribut de carnage, sous la forme du dieu SMva et de la déesse Kliali, le roi du suicide et la reine de l’assassinat?
Désireux d’épargner au public le détail des tortures affreuses où se complaît la dévotion des Solitaires et des Fakirs, prompte à toutes les mutilations sous cou¬ leur d’austérités méritoires, du moins mentionneronsnous la joie farouche des fanatiques de Shîva, se dé¬ vouant d’enthousiasme à la plus hideuse des morts :
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le char sacré du dieu, le char pesant aux quatre meules roulantes,va lacérer leurs chairs et broyer leurs os ; ils le savent, et c’est avec des cris de triomphe, c’est l’éclair du libre sacrifice dans les yeux, qu’ils se couchent par douzaines sur le parcours de l’écrasante idole !
Avatars of Satan, that Moloch of bronze with the head of a calf, the idol of the Ammonites, with arms widely o¬ pen to clasp the victims whose flesh his bowels of reddened metal make ready to devour! — And that Belphegor of Palestine, the bearded idol whose gaping mouth reared in the form of a tongue a colossal phallus: a less bloodthirsty divinity, but more abo¬ minable still, exclusively greedy, Philo tells us, for stercoraceous and pollu tional offerings.
Avatars of Satan, that Adramelech of Sepharvaim (the magnificent king) and that Melicertes of Tenedos (the king of the earth): up to their nostrils rose, by way of cinnamon, the reek of the flesh grilled upon the burning altar where the youngmothersofferedinsacrificetheirfirst-bornchild,
And the prince of flies, that god Beelzebub of Syria, whose statue drew all the mosquitoes of the country, for care was taken to keep it streaming with blood!
And the god of Mendes, pantheistic form of the Egyptian synthesis, did he not incarnate Satan, when the fanaticism of the people immolated to the lasciviousness of the goat nourished within the precinct of his temple the modesty of virgins and the flower of young brides*?
< See Jablonski: — «.Nempe Thumi in templo Mendetis, mulieres hirco huic se submittebant [Panth. Egypt., book II, ch. vii). » The analogy is close with the Baphomet of the Templars: a symbol, he too, of the pantheistic Synthesis, his worship (if the pieces of the trial are to be believed) was no less abominable than that of the god of Mendes.
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Let us cross the Mediterranean. —Shall I mention the very analogous hom¬ age rendered by the gravest ma¬ trons to the sacred immodesty of the Priapi imported from Lampsacus into Italy: idols of wood ever impa¬ ssive under their coat of cinnabar, upon the threshold of gardens and crossroads? — Must one recall the infamy of cer¬ tain Etruscan divinities and the impure rites celebrated
at the feasts of the Good Goddess? .Shall I tell over again all those
scandals whose frequency brought the dege¬ nerate Mysteries into disrepute, and in what tinsel of outworn devotion the abomination of the sanctuaries long veiled itself?...
Satan-Pantheus, formidable and multiform, specifi¬ ed himself under a thousand faces, to defile every altar.
About the epoch of the Messiah, the word of the Psalms received its entire accomplishment: as many gods, so many demons: Omnes DU gentium dæmonia.
And so all the stars of the mystic firmament were seen to pale at the dawn of the divine sun rising over Bethlehem!
They were nevertheless, all these idols, but mytho¬ logical representations of the su¬ preme Powers; ancient symbols, of a perfect science and of a poetry sometimes full of grandeur; worthy by
that, no doubt, of our veneration.But the foul or
bloodthirsty practices of these cults consum¬ mated their dishonour. The rite defiled the myth, the tabernacles crumbled in shame, and the vivifying spirit flew far from the rubble of the dead letter.
To push further the enumeration of the accursed forms
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in which Satan has taken pleasure, usurper of divine homage, would be a tedious task for certain.
Not a country in the one world or the other where the divinised vices have not, under thousands of names, multiplied their sacrilegious altars. It is not without astonishment that one may see the hyenas and jackals of the Spanish emigration of the xvi century, stifling in their cradle the young and peaceable civilisations of Mexico and of Peru, find at least this excuse for their cowardly and perfidious ferocity, that Heaven was wroth at the spectacle of human blood shed upon altars of idolatry. — The same horrors at Mexico as of old in the forests of Celtdom; what more like the dolmen of the sacrificing druids than the pointed stone upon which the American priests immolated yearly innumerable victims before the con¬ secrated statue of the serpent-god, Vitzliputzli?
At this very moment, in the full xix century, in the heart of that Hindustan which England kneads so roughly to the western mould between her leopard's claws, do we not hear the Devil demand aloud his tribute of carnage, under the form of the god Shiva and the goddess Kali, the king of suicide and the queen of assassination?
Desirous to spare the public the detail of the frightful tortures in which the devotion of the Solitaries and the Fakirs takes pleasure, prompt to every mutilation under co¬ lour of meritorious austerities, we shall at least mention the fierce joy of the fanatics of Shiva, de¬ voting themselves with enthusiasm to the most hideous of deaths:
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the sacred car of the god, the heavy car with four rolling wheels, will lacerate their flesh and crush their bones; they know it, and it is with cries of triumph, with the flash of free sacrifice in their eyes, that they lie down by dozens along the track of the crushing idol!
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