Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
seulement à genouz d’un costé. l’aduoue que i’ay abusé de Magdeleine, d’une princesse de la Frize, et d’autres filles, sur lesquelles i’ay soufflé. l’aduoue que le Diable est vn vray singe de l’Église ; qu’on baptise au Sabbath au nom de Beelzebub, de Lucifer et autres ; qu’il y a douze prestres qui y sont qui y disent la messe tour-à-tour et que le Diable sert la messe ; que la torche qu’on esleue quand la messe est à la consé¬ cration est fort lumineuse et puante. l’aduoue que la cloche de la messe est de corne et que son baston est de bois, pour la sonner. l’aduoue qu’il y a quelques masques qui ont charge d’apporter un chat de leurs bastides, pour luy faire manger la communion, que les autres ne veulent manger. »
Voici, sous mesyeux.un curieux recueil du temps*, où il est amplement traité De l’horrible et espouuantable sorcellerie de Loys Goffredy, prestre de Mar¬ seille (pages 43 à 86). Jamais on ne saurait imaginer les turpitudes et les sottises dont regorge ce procès. Il est hors de doute que Gaufridy ait été l’amant de la demoiselle de la Palud ; il est également certain qu’il se servit de moyens occultes pour la séduire. C’était d’ailleurs un ecclésiastique publiquement scan¬ daleux, et toute la férocité qui fut déployée contre lui par les juges et les inquisiteurs ne réussit pas à le rendre intéressant.
' Histoires tragiques de nostre tems, par F. de Rosset. Paris, 1614, m-12.
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Je renonce à décrire les phases de cette affaire inouïe : la possession de Magdeleine, affligée de Beelzebub, Léviathan, Asmodée, Baalberith et Astharoth ; et d’une autre jeune religieuse, nommée Louise Cappeau, et dans le corps de laquelle le Prince de la Sy¬ nagogue a envoyé les démons Verrine, Grêzil et Sonneillon : les exorcismes des Pères Domps et Michaëlis : les sermons très édifiants du diable Verrine, envoyé par Dieu [sic), pour convertir et dénoncer Gaufridy, c’est-à-dire pour le faire brûler en ce bas monde et le sauver dans l’autre: les convulsions des possédées, agrémentées d’ignobles détails, des poses obscènes de tout le corps, tressauts spasmodiques entrecoupés de révélations à faire rougir uneLaïs de maison borgne.
Je pense que mon lecteur est suffisamment édifié sur toutes ces scènes, où le burlesque s’effare de coudoyer l’immonde ; j’estime sa curiosité rassasiée jusqu’à la nausée : si je me trompe, qu’il se reporte au massif in-8 publié par le Père Michaëlis, sous ce titre : His¬ toire admirable de la possession et de la conuersion d’une penitente seduite par un magicien^ ensemble la Pneumatologie L
Toute la première moitié du xvii® siècle est infestée de possession et d’exorcismes, et chaque fois, le bour¬ reau donne l’épilogue, la torche à la main, sur un bû¬ cher! — Triste époque! Partout l’horizon s’empourpre de reflets sanglants ; on dirait d’une contrée au pillage.
' Paris, Chastellaiii, 1613, in-8.
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Mais cette contrée couvre des milliers de lieues ; les peuples sont en paix et des lueurs d’incendie attestent que les cours souveraines font « bonne iustice au nom du Roy ».
Le 8 juillet 1617, comparaît devant le Parlement de Paris l’épouse du fameux Maréchal d’Ancre, la belle Eléonore Galigaï, qu’on décapite et qu’on brûle pour crimes d’envoûtement et de maléfices. Outre ce qu’on trouva dans sa chambre (des amulettes, des livres de caractères magiques et « des rouleaux de velours constellé pour dominer l’esprit des grands »), il fut établi qu’elle avait fait venir de Nancy deux religieux ambroisiens pour célébrer le sacrifice d’un coq noir ; sans parler d’autres sortilèges qu’on détailla; il n’en fallait pas tant pour perdre la maréchale... C’est elle qui, pressée de questions par le président Gourtin, lui cloua la bouche d’une si fière réplique. Gomme il lui demandait par quel charme elle avait ensorcelé la reine Marie de Médicis, elle eut la hardiesse de ré¬ pondre ; « Mon sortilège a esté le pouvoir que les âmes fortes auront éternellement sur les âmes foibles. » Nous avons rapporté plus haut*, au sujet des pos¬ sessions, le pitoyable procès et le supplice affreux du curé de Saint-Pierre de Loudun, Urbain Grandier, coupable d’avoir déplu au grand cardinal. Eliphas Lévi laisse entrevoir, dans son Rituel, qu’il y avait peut-être dans la colère du ministre autre chose que le ressentiment qu’on lui prête, relativement au libelle
' Chap. I, pages 88-100.
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only upon one knee. I auow that I abused Magdeleine, a princesse of Frisia, and other girles, upon whom I breathed. I auow that the Diuell is a very ape of the Church; that they baptise at the Sabbath in the name of Beelzebub, of Lucifer and others; that there are twelue priests there who say the masse there by turnes and that the Diuell serues the masse; that the torch raised when the masse is at the conse¬ cration is very luminous and stinking. I auow that the bell of the masse is of horne and that its clapper is of wood, to ring it. I auow that there are certaine maskes charged to bring a cat from their farmsteads, to make it eat the communion that the others will not eat. »
Here, under my eyes, is a curious collection of the time*, wherein is amply treated Of the horrible and dreadfull sorcerie of Loys Goffredy, priest of Mar¬ seilles (pages 43 to 86). Never could one imagine the turpitudes and the follies with which this trial overflows. It is beyond doubt that Gaufridy was the lover of the demoiselle de la Palud; it is equally certain that he used occult means to seduce her. He was moreover an ecclesiastic publicly scan¬ dalous, and all the ferocity deployed against him by the judges and the inquisitors did not succeed in making him interesting.
' Tragicall Histories of our time, by F. de Rosset. Paris, 1614, m-12.
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I renounce describing the phases of that unheard-of affair: the possession of Magdeleine, afflicted with Beelzebub, Leviathan, Asmodeus, Baalberith and Astaroth; and of another young nun, named Louise Cappeau, into whose body the Prince of the Sy¬ nagogue sent the demons Verrine, Grésil and Sonneillon: the exorcisms of the Fathers Domps and Michaëlis: the most edifying sermons of the devil Verrine, sent by God (sic) to convert and denounce Gaufridy, that is to say to have him burned in this lower world and save him in the other: the convulsions of the possessed women, garnished with ignoble details, obscene poses of the whole body, spasmodic starts broken by revelations to make a Laïs of a low house blush.
I think my reader is sufficiently edified upon all these scenes, where the burlesque is dismayed to rub shoulders with the foul; I esteem his curiosity sated to the point of nausea: if I am wrong, let him turn to the massive in-8 published by Father Michaëlis under this title: Ad¬ mirable history of the possession and conuersion of a penitent woman seduced by a magician, together with the Pneumatology L
The whole first half of the xvii century is infested with possession and with exorcisms, and each time the execu¬ tioner gives the epilogue, torch in hand, upon a sta¬ ke! — Sorry epoch! Everywhere the horizon empurples with bloody reflections; one would say a country given over to pillage.
' Paris, Chastellain, 1613, in-8.
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But that country covers thousands of leagues; the peoples are at peace and gleams of burning attest that the sovereign courts do « good iustice in the name of the King ».
The 8 July 1617 there appears before the Parlement of Paris the wife of the famous Maréchal d'Ancre, the fair Eleonora Galigaï, who is beheaded and burned for crimes of spellbinding and of maleficences. Besides what was found in her chamber (amulets, books of magical characters and « rolls of constellated velvet to dominate the mind of the great »), it was established that she had brought from Nancy two ambrosian religious to celebrate the sacrifice of a black cock; not to speak of other sortileges that were detailed; less than that was needed to ruin the maréchale... It is she who, pressed with questions by president Courtin, nailed his mouth shut with so proud a reply. As he asked her by what charm she had bewitched queen Marie de Médicis, she had the boldness to an¬ swer: « My sortilege hath been the power that strong soules will eternally haue ouer weake soules. » We reported above*, on the subject of the pos¬ sessions, the pitiable trial and the frightful execution of the curate of Saint-Pierre of Loudun, Urbain Grandier, guilty of having displeased the great cardinal. Eliphas Lévi lets it be glimpsed, in his Ritual, that there was perhaps in the minister's anger something other than the resentment attributed to him regarding the libel
' Chap. I, pages 88-100.
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