Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

Open to allVarious; see each volume305 segments · 102 pp
page 43

' Naudé, Apologie (édition de Paris, Besongne, 1669, pet. in-12, page 303). N’ayant sous les yeux que cette édition de Paris, 1669, c’est constamment sa pagination que j’indique.

Bodin rapporte la même anecdote, mais avec une variante : — « Le chien noir d’Agrippa, qu'il appelait Môsieur, si tost qu’Agrippa fut mort en l’hospital de Grenoble, s’alla ietter en la riuiere deuant tout le monde et depuis ne fust iamais veu {Réfutation des opi¬ nions de lean Voier, supplément à la Demonomanie des Sor¬ ciers, Paris, 1387, in-4, page 241). » — Ainsi Jove et Bodin sont bien d’accord sur le prodige du suicide de ce pauvre chien; mais ils ne peuvent s’entendre sur la ville où mourut Agrippa; l’un tient pour Lyon, l'autre pour Grenoble... Cela est bien caractéristique!

LE SORCIER

p. 147

leur puissance de faire passer aucun chenal par cet endroit »

Ces légendes montrent d’abondant quelle rage sévissait alors — véritable épidémie morale — de voir partout des magiciens.

On en racontait bien d’autres sur Agrippa ; nous n’encombrerons pas ces pages d'un fatras pareil. Écoutons plutôt Naudé : après avoir rappelé nombre de particularités à la louange de celui qu’on flétrissait alors du nom à!archisorcier, notamment « qu’il fut choisi par le cardinal de Sainte-Croix pour l’assister au Concile... que le Pape luy escriuit vne lettre pour l’exhorter à poursuiure à bien faire, comme il auoit commencé ; que le Cardinal de Lorraine voulut estre parrain de l’vn de ses fils en France... etc... et fina¬ lement qu’il fut amy singulier de quatre cardinaux, cinq Euesques et de tous les hommes doctes de son temps.que Paule loue l’appelle portentosum ingenium, que lacquês Gohory le met inter clarissima sui sæculi lumina; que Lud Vvigius le nomme Venerandum Dominum Agrippiam, litterarumque omnium miraculum et amorem honorum, etc... ^ » ; Gabriel Naudé, qui ne manque pas de logique, « demanderoit volontiers à Delrio... pourquoy le iugement du Pape, l’hautorité de tant de Cardinaux et d’Euesques-, la faueur de deux Empereurs et autant de Roys, ne

^ Apologie, page 3o0.

2 Naudé, Apologie pour les grands hommes, etc., page 294.

p. 148

LE TEMPLE DE SATAN

sont des prennes anssi bonnes et légitimés ponr demonstrer son innocence... * »

Toutes ces citations n’ont d’autre but que de faire toucher au lecteur, par quelles accusations on essayait alors de ternir, et par quels arguments ou s’etForçait de défendre la mémoire d’un savant tel qu’Henry Cor¬ neille Agrippa. Et ces choses se débattaient à la fin du XVII® siècle !

Un dernier trait, bien propre à révéler l’dtat des esprits vers cette époque : « Nicolas Remigius, juge criilüinel en Lorraine, qui fit brûler vives huit cents femmes, voyait de la magie partout ; c’était son idée fixe, sa folie. 11 voulait prêcher une croisade contre les sorciers, dont il voyait l’Europe remplie. Désespéré de n’être pas cru sur parole quand il affirmait que presque tout le monde était coupable de magie, il finit par se dénoncer lui-même et fut brûlé sur ses propres aveux »

De tels faits peuvent passer pour typiques ; leur éloquence répugne à tout commentaire. S’il en faut croire Ferdinand Denis compilateur intelligent de tous les chroniqueurs anciens, on comptait à Paris, sous le règne de Charles IX, plus de trente mille sorciers.

Pour être impartial (et même en faisant une large part à l’exagération des contemporains, motivée par la

< Ibid., page 296.

2 Eliptias Lévi, Rituel de la Haute Magie, page 290.

8 Tableau historique et philosophique des Sciences occultes. Paris, 1842, in-32, page 159.

LE SORCIER

p. 149

commune manie de voir partout des légats de l’enfer), il faut bien convenir d’une chose : les sorciers -pullulaient alors et l’on conçoit l’affolement du populaire ; il n’est pas jusqu’à l’aveuglement des magistrats dont on ne se rende compte en le déplorant. Car — nous ne saurions trop le répéter — la sorcellerie n’est pas un vain mot ; les maléfices, les envoûtements, les sorts ont eu de tous temps et ont encore une réalité formidable... Qu’on ait abusé de l’accusation de magie noire, ce n’est pas douteux et nous venons d’en produire d’étonnants exemples ; mais vraimen j est-ce un motif plausible pour affirmer que la sorcel¬ lerie Vi jamais qu’un rêve; les enchanteurs, tous de misérables jongleurs sans puissance ; les malèficiès, toujours de pauvres victimes de leur imagination malade ?

A l’aveugle qui soutiendrait une pareille thèse, la Science moderne — oui, la Science même des Univer¬ sités — viendrait infliger des démentis quotidiens. Sans invoquer ici l’indéniable réalité de phénomènes occultes dont les docteurs du spiritisme seraient épou¬ vantés (eux qui prétendent ne s’étonner de rien !), je prie le public incrédule de se reporter simplement aux expériences des docteurs Liébeault, Bernheim, Beaunis, Charcot, Luys et autres coryphées de l’ensei¬ gnement universitaire.

Je le déclare sans ambages ; — Quiconque, ayant pris connaissance des faits scientifiquement enregistrés par ces maîtres de l’hypnotisme, et réfléchi quelque peu sur l’essence de ces phénomènes, nie encore la

p. 150

LE TEMPLE DE SATAN

machine-assisted · checkedpage 43

' Naudé, Apologie (Paris edition, Besongne, 1669, sm. in-12, page 303). Having before me only this Paris edition of 1669, it is constantly its pagination that I indicate.

Bodin reports the same anecdote, but with a variant: — « Agrippa's blacke dogge, which he called Monsieur, so soone as Agrippa was dead in the hospitall of Grenoble, went and threw itselfe into the riuer before all the world and was neuer since seen (Refutation of the opi¬ nions of lean Vuier, supplement to the Demonomanie of Sor¬ cerers, Paris, 1387, in-4, page 241). » — Thus Jovius and Bodin are well agreed upon the prodigy of that poor dog's suicide; but they cannot agree upon the town where Agrippa died; the one holds for Lyons, the other for Grenoble... That is most characteristic!

THE SORCERER

147

their power to make any horse passe by that place »

These legends show abundantly what rage was then raging — a veritable moral epidemic — to see magicians everywhere.

Many others were told of Agrippa; we shall not encumber these pages with such a farrago. Let us listen rather to Naudé: after recalling a number of particulars to the praise of him who was then branded with the name of arch-sorcerer, notably « that he was chosen by the cardinal of Sainte-Croix to assist him at the Council... that the Pope wrote him a letter to exhort him to continue to doe well, as he had begun; that the Cardinal of Lorraine would be godfather to one of his sons in France... etc... and fina¬ lly that he was a singular friend of foure cardinals, fiue Bishops and of all the learned men of his time.that Paulus Iouius calls him portentosum ingenium, that lacques Gohory sets him inter clarissima sui sæculi lumina; that Lud Vvigius names him Venerandum Dominum Agrippam, litterarumque omnium miraculum et amorem honorum, etc... ^ »; Gabriel Naudé, who does not want for logic, « would willingly aske Delrio... why the iudgement of the Pope, the authoritie of so many Cardinals and Bishops, the fauour of two Emperours and as many Kings, are not

^ Apologie, page 3o0.

2 Naudé, Apologie for great men, etc., page 294.

148

THE TEMPLE OF SATAN

proofes as good and legitimate to demonstrate his innocence... * »

All these citations have no other aim than to make the reader feel by what accusations men then tried to tarnish, and by what arguments they strove to defend, the memory of a scholar such as Henry Cor¬ nelius Agrippa. And these things were debated at the

end of the XVII century!

One last trait, well fitted to reveal the state of minds towards that epoch: « Nicolas Remigius, criminal judge in Lorraine, who had eight hundred women burned alive, saw magic everywhere; it was his fixed idea, his madness. 11 wished to preach a crusade against the sorcerers with whom he saw Europe filled. In despair at not being believed on his word when he affirmed that almost all the world was guilty of magic, he ended by denouncing himself and was burned upon his own avowals »

Such facts may pass for typical; their eloquence is repugnant to any commentary. If Ferdinand Denis is to be believed, an intelligent compiler of all the ancient chroniclers, there were counted at Paris, under the reign of Charles IX, more than thirty thousand sorcerers.

To be impartial (and even making a large allowance for the exaggeration of contemporaries, motivated by the

< Ibid., page 296.

2 Eliphas Lévi, Ritual of High Magic, page 290.

8 Historical and philosophical survey of the occult Sciences. Paris, 1842, in-32, page 159.

THE SORCERER

149

common mania of seeing legates of hell everywhere), one must indeed grant one thing: sorcerers were then swarming and one conceives the panic of the populace; there is not even the blindness of the magistrates that one does not comprehend while deploring it. For — we could not repeat it too often — sorcery is not a vain word; maleficences, spellbindings, castings of lots have had at all times and still have a formidable reality... That the accusation of black magic was abused is not doubtful and we have just produced astonishing examples of it; but truly, is that a plausible motive for affirming that sorce¬ ry was never anything but a dream; the enchanters all miserable jugglers without power; the bewitched always poor victims of their sick imagination?

To the blind man who should maintain such a thesis, modern Science — yes, the Science of the Univer¬ sities themselves — would come and inflict daily contradictions. Without invoking here the undeniable reality of occult phenomena at which the doctors of spiritism would be appal¬ led (they who claim to be astonished at nothing!), I beg the incredulous public simply to turn to the experiments of doctors Liébeault, Bernheim, Beaunis, Charcot, Luys and other coryphaei of universi¬ ty teaching.

I declare it without evasion: — Whoever, having taken cognisance of the facts scientifically registered by these masters of hypnotism, and reflected somewhat upon the essence of these phenomena, still denies the

150

THE TEMPLE OF SATAN

Commentary
page 43 ·

No commentary for this page under the selected tracks.

There is commentary on page 1.